La grive de Montboissier – Mémoires d’outre-tombe

Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe - La grive de Montboissier (Commentaire composé)

 

Introduction :

 

Rédigées par Chateaubriand au long des quarante dernières années de sa vie, les Mémoires d'outre tombe constituent un vaste projet. Dans une tradition classique des mémoires, l'auteur se fait le témoin de son temps, au confluent des deux siècles où il a vécu, mais il s'agit aussi dans la lignée des Confessions de Rousseau d'une autobiographie qui relate l'histoire de la formation d'une personnalité. Situé au début des mémoires, ce passage témoigne d'un phénomène violent semblable à ce que Proust appellera la mémoire involontaire. Dans ce passage, nous étudierons la remontée involontaire du souvenir, puis nous nous intéresserons à la visée autobiographique du texte, et enfin nous nous intéresserons à une autobiographie sous le signe du romantisme.

 

I). La remontée involontaire du souvenir.

           

1). Processus de l'anamnèse.

 

Anamnèse : rétablissement de la mémoire.

Ce processus consiste à retrouver un souvenir qui revient à la conscience par un sens : ici le souvenir revient à Chateaubriand par l'ouïe : « ce son magique fit réapparaître à mes yeux.. ». D'ailleurs, l'adjectif « magique » met en valeur ce processus étonnant. L'anamnèse est donc hors de contrôle de l'homme. En outre, celle ci se permet de prendre conscience d'une mémoire involontaire et de retrouver ce qui est difficile à retrouver. Elle répond donc à un obstacle autobiographique majeur : l'oubli.

 

            2). Le double « je » (décalage et fusion du temps).

 

On remarque l'invocation de deux sortes de passé : le passé immédiat « je venais d'être » et un passé plus lointain «  je l'écoutais alors ». On note l'opposition présent-passé : « cette première tristesse était celle qui naît du désir.. ». Il s'agit donc d'un aller retour entre le présent et le passé.

On dénote la présence du double « je » : le « je » de l'adulte et celui plus lointain du personnage. Ceci met donc en place le pacte autobiographique de Chateaubriand : le « je » du narrateur et du personnage principal est identique, il en découle donc l'acte de sincérité établit avec le lecteur.

 

II). Visée autobiographique.

           

1). L'écriture comme moyen de se souvenir.

 

L'écriture apparaît comme moyen de se souvenir : en écrivant, les souvenirs se réinvestissent provoquant chez l'écrivain une hâte d'écrire : « hâtons-nous de peindre ma jeunesse ».

 

            2). Faire revivre des périodes échappées au temps.

 

Effectivement, l'autobiographie permet d'échapper au temps et de faire revivre les souvenirs. La métaphore du navigateur permet de considérer le journal comme ce qui va rester : « le navigateur abandonnant par jamais un rivage enchanté, écrit sont Journal à la vue de la Terre qui s'éloigne et qui va bientôt disparaître ».

 

III). L'autobiographie romantique.

           

1). Le lyrisme.

 

On remarque l'omniprésence de ce registre dans le texte, caractérisé par l'évocation de la nature : « branche », « parc », « les bois ». On remarque également la présence d'éléments naturels : le vent, l'automne, le ciel.

On peut noter que ces éléments reflètent ici les états d'âme de l'autobiographie. De la même façon qu'on a la vitesse opposée au bonheur, on a l'apparition entre le soleil et le froid.

 

            2). Les questions existentielles.

 

Tout comme Lamartine qui s'exclamait : « Ô ! temps, suspend ton vol », Chateaubriand s'exclame ici : « combien de temps me promènerais-je ? ». La question du temps est donc omniprésente, l'autobiographie comme échappatoire au temps.

 

Conclusion :

 

Chateaubriand est pris de phénomène d'anamnèse. Ce processus a été repris par Proust, notamment dans l'épisode de la madeleine extrait de Chez Swann. On retrouve aussi l'angoisse de l'écrivain liée au temps dans l'Horloge de Baudelaire. Thème récurrent de la littérature française.