Chateaubriand : Mémoires d'outre-tombe : Les soirées à Combourg
- Vous allez pouvoir accéder au commentaire de l'extrait intitulé "Les soirées à Combourg" tiré des "Mémoires d'outre-tombe" de "Chateaubriand".
- Ce fichier contient un commentaire composé détaillé avec TROIS parties principales, une introduction et une conclusion.
- PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :
Nous allons étudier un extrait des « Mémoires d'outre-tombe » de Chateaubriand intitulé « Soirées à Combourg ». L'auteur est un précurseur du romantisme, il a reçu une éducation étrange faite de liberté et de discipline. Il était destiné à une carrière dans la marine à laquelle il renoncera. Il se fera soldat. Jeune officier, il est présenté à la cour de Louis XIV. Dans cet ouvrage, Chateaubriand fait tout comme Montaigne et Rousseau, il décrit sa vie familiale. Les scènes sont présentées comme un rituel adapté à l'écriture, son récit d'habitudes s'apparente à un cérémonial du père despotique. Selon l'écrivain, l'écriture est là pour enrayer l'approche de la mort par la remontée des souvenirs et des pensées pour les immortaliser. Sa fonction serait donc cathartique. Dans le but d'étudier ce texte, nous analyserons dans une première partie le cérémonial immuable et répétitif, l'image effrayant du père puis, en dernier lieu, nous verrons l'écriture autobiographique...
Texte étudié :
A huit heures, la cloche annonçait le souper ; Après le souper, dans les beaux jours, on s'asseyait sur le perron ; Mon père, armé de son fusil, tirait les chouettes qui sortaient des créneaux à l'entrée de la nuit. Ma mère, Lucile et moi, nous regardions le ciel, les bois, les dernier rayons du soleil, les premières étoiles ; A dix heures, on rentrait et l'on se couchait.
Les soirées d'automne et d'hiver étaient d'une autre nature. Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée, ma mère se jetait en soupirant sur un vieux lit de jour de siamoise flambée ; on mettait devant elle un guéridon avec une bougie. Je m'asseyais auprès du feu avec Lucile ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient ; Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher. Il était vêtu d'une robe de ratine blanche, ou plutôt d'une espèce de manteau que je n'ai vu qu'à lui. Sa tête, demi chauve, était couverte d'un grand bonnet blanc qui se tenait tut droit. Lorsqu'en se promenant, il s'éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le voyait plus ; puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa figure longue et pâle. Lucile et moi, nous échangions quelques mots à voix basse, quand il était à l'autre bout de la salle ; nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. Il nous disait, en passant ; « De quoi parliez-vous ? ». Saisis de terreur, nous ne répondions rien : il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et du murmure du vent.
Dix heures sonnaient à l'horloge du château ; mon père s'arrêtait ; le même ressort, qui avait soulevé le marteau de l'horloge, semblait avoir suspendu ses pas. Il tirait sa montre, la montait, prenait un grand flambeau d'argent surmonté d'une grande bougie, entrait un moment dans la petite tour de l'ouest, puis revenait, son flambeau à la main, et s'avançait vers sa chambre à coucher, dépendante de la petite tour de l'est. Lucile et moi, nous nous tenions sur son passage ; nous l'embrassions, en lui souhaitant une bonne nuit. Il penchait vers nous sa joue sèche et creuse sans nous répondre, continuait sa route et se retirait au fond de la tour, dont nous entendions les portes se refermer sur lui.
Le talisman était brisé ; ma mère, ma sœur et moi, transformés en statues par la présence de mon père, nous recouvrions les fonctions de la vie. Le premier effet de notre désenchantement se manifestait par un débordement de paroles ; si le silence nous avait opprimés, il nous le payait cher.
Nous allons étudier un extrait des « Mémoires d'outre-tombe » de Chateaubriand intitulé « Soirées à Combourg ». L'auteur est un précurseur du romantisme, il a reçu une éducation étrange faite de liberté et de discipline. Il était destiné à une carrière dans la marine à laquelle il renoncera. Il se fera soldat. Jeune officier, il est présenté à la cour de Louis XIV. Dans cet ouvrage, Chateaubriand fait tout comme Montaigne et Rousseau, il décrit sa vie familiale. Les scènes sont présentées comme un rituel adapté à l'écriture, son récit d'habitudes s'apparente à un cérémonial du père despotique. Selon l'écrivain, l'écriture est là pour enrayer l'approche de la mort par la remontée des souvenirs et des pensées pour les immortaliser. Sa fonction serait donc cathartique. Dans le but d'étudier ce texte, nous analyserons dans une première partie le cérémonial immuable et répétitif, l'image effrayant du père puis, en dernier lieu, nous verrons l'écriture autobiographique...
Texte étudié :
A huit heures, la cloche annonçait le souper ; Après le souper, dans les beaux jours, on s'asseyait sur le perron ; Mon père, armé de son fusil, tirait les chouettes qui sortaient des créneaux à l'entrée de la nuit. Ma mère, Lucile et moi, nous regardions le ciel, les bois, les dernier rayons du soleil, les premières étoiles ; A dix heures, on rentrait et l'on se couchait.
Les soirées d'automne et d'hiver étaient d'une autre nature. Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée, ma mère se jetait en soupirant sur un vieux lit de jour de siamoise flambée ; on mettait devant elle un guéridon avec une bougie. Je m'asseyais auprès du feu avec Lucile ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient ; Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher. Il était vêtu d'une robe de ratine blanche, ou plutôt d'une espèce de manteau que je n'ai vu qu'à lui. Sa tête, demi chauve, était couverte d'un grand bonnet blanc qui se tenait tut droit. Lorsqu'en se promenant, il s'éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le voyait plus ; puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa figure longue et pâle. Lucile et moi, nous échangions quelques mots à voix basse, quand il était à l'autre bout de la salle ; nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. Il nous disait, en passant ; « De quoi parliez-vous ? ». Saisis de terreur, nous ne répondions rien : il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et du murmure du vent.
Dix heures sonnaient à l'horloge du château ; mon père s'arrêtait ; le même ressort, qui avait soulevé le marteau de l'horloge, semblait avoir suspendu ses pas. Il tirait sa montre, la montait, prenait un grand flambeau d'argent surmonté d'une grande bougie, entrait un moment dans la petite tour de l'ouest, puis revenait, son flambeau à la main, et s'avançait vers sa chambre à coucher, dépendante de la petite tour de l'est. Lucile et moi, nous nous tenions sur son passage ; nous l'embrassions, en lui souhaitant une bonne nuit. Il penchait vers nous sa joue sèche et creuse sans nous répondre, continuait sa route et se retirait au fond de la tour, dont nous entendions les portes se refermer sur lui.
Le talisman était brisé ; ma mère, ma sœur et moi, transformés en statues par la présence de mon père, nous recouvrions les fonctions de la vie. Le premier effet de notre désenchantement se manifestait par un débordement de paroles ; si le silence nous avait opprimés, il nous le payait cher.
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