Romain Gary : La Promesse de l'aube : Chapitre 6

  • Vous allez pouvoir accéder au commentaire d'un extrait du "Chapitre 6" de "La Promesse de l'aube" de "Romain Gary".
  • Ce fichier contient un commentaire composé détaillé avec TROIS parties principales, une introduction et une conclusion.
  • PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :

Nous allons étudier un extrait de « La Promesse de l'aube » de Romain Gary tiré du chapitre VI. Ce texte est organisé en trois parties dont la première se passe en Pologne. C'est un passage du récit où il y a une prise en compte au moment de l'écriture, « il vaut mieux », montre le travail de l'écrivain. L'autobiographe s'inquiète et travaille son récit. Il parle avec le lecteur, il revit son passé. C'est un hommage rendu à sa mère. On a une double impression à propos de l'épisode, c'est mitigé. On peut penser que c'est une tragi-comédie, car cela ne se finit pas mal et il y a des émotions dominantes tout au long de l'extrait. C'est tragique pour la cruauté d'accusation non fondée, il y a cependant une tonalité comique par la réaction de la mère, elle ne prend pas une position de victime. Son sanglot est assez spectaculaire, surtout après l'agressivité. Elle défend son idée. Dans le but d'étudier ce passage, nous verrons dans un premier temps la scène tragi-comique, dans un second temps, nous analyserons la préfiguration de son destin, enfin la présence marquée de l'auteur narrateur, c'est-à-dire, le travail autobiographique...

Texte étudié :

Nous avions des voisins et ces voisins n'aimaient pas ma mère. La petite bourgeoise de Wilno n'avait rien à envier à celle d'ailleurs, et les allées et venues de cette étrangère avec ses valises et ses cartons, jugées mystérieuses et louches, eurent vite fait d'être signalées à la police polonaise, très soupçonneuse, à cette époque, à l'égard des Russes réfugiés. Ma mère fut accusée de recel d'objets volés. Mais n'eut aucune peine à confondre ses détracteurs, mais la honte, le chagrin, l'indignation, comme toujours, chez elle, prirent une forme violemment agressive. Après avoir sangloté quelques heures, parmi ses chapeaux bouleversés - les chapeaux de femmes sont restés jusqu'à ce jour une de mes petites phobies - elle me prit par la main et, après m'avoir annoncé (qu'ils ne savent pas à qui ils ont affaire), elle me traîna hors de l'appartement, dans l'escalier. Ce qui suivit fut pour moi un des moments les plus pénibles de mon existence - et j'en connus quelques uns.
Ma mère allait de porte en porte, sonnant, frappant et invitant tous les locataires à sortir sur le palier. Les premières insultes à peine échangées - là, ma mère avait toujours et incontestablement le dessus - elle m'attira contre elle et, me désignant à l'assistance, elle m'annonça, hautement et fièrement, d'une voix qui retentit encore en ce moment à mes oreilles :
- Sales petites punaises bourgeoises ! Vous savez à qui vous avez l'honneur de parler ! Mon fils sera ambassadeur de France, chevalier de la Légion d'honneur, grand auteur dramatique, Ibsen, Gabriele d'Annunzio ! Il...
Il s'habillera à Londres !
J'entends encore le bon gros rire des (punaises bourgeoises) à mes oreilles. Je rougis encore, en écrivant ces lignes. Je les entends clairement et je vois les visages moqueurs, haineux, méprisants - je les vois sans haine : ce sont des visages humains, on connaît ça. Il vaut mieux dire tout de suite, pour la clarté de ce récit, que je suis aujourd'hui Consul Général de France, compagnon de la Libération, officier de la Légion d'honneur et que je suis ni devenu Ibsen, ni d'Annunzio, ce n'est pas faute d'avoir essayé.
Et qu'on ne s'y trompe pas : je m'habille à Londres, mais je n'ai pas le choix.
Je crois qu'aucun événement n'a joué un rôle plus important dans ma vie que cet éclat de rire qui vint se jeter sur moi, dans l'escalier d'un vieil immeuble de Wilno, au n°16 de la Grande-Pahulanka. Je lui dois ce que je suis ; pour le meilleur comme pour le pire, ce rire est devenu roi.
Ma mère se tenait debout sous la bourrasque, la tête haute, me serrant contre elle.
Il n'y avait en elle ni trace de gêne ou d'humiliation. Elle savait.
  • Pour accéder au document,
  • CLIQUEZ sur le drapeau correspondant à votre pays en bas de page.
  • Une fenêtre s'ouvre, appelez ensuite le numéro de téléphone qui s'affiche (vous pouvez appeler à partir de n'importe quel poste, cet appel vous est facturé 1.80EUR).
  • Suivez bien les instructions qui vont vous être indiquées au téléphone. Notez bien le CODE que l'on va vous communiquer sur un morceau de papier par exemple.
  • Entrez ensuite ce code dans le CHAMP en bas de page (en dessous des drapeaux) puis cliquez sur le bouton "Envoyer".
  • Vous accédez alors au document souhaité. Si vous rencontrez des problèmes, contactez-nous.


Autres Pays
&