Britannicus – Acte V scène 5

Racine, Britannicus – Acte V scène 5 (Commentaire composé)

 

Introduction :

 

La tragédie classique française se caractérise par le respect strict de règles parmi lesquelles la règle de bienséance qui exclut de représenter la violence sur scène ainsi que la scène d'unité de lieu. Par conséquent, pour rendre compte d'une action, le dramaturge a recours à la technique du récit : un des personnages vient raconter la scène en question. C'est le cas de l'extrait que nous étudions : il s'agit de la scène 5 de l'acte V de Britannicus qui a pour sujet le meurtre par Néron de son demi-frère. C'est Burrhus, précepteur de Néron qui vient annoncer à sa mère Agrippine l'assassinat du jeune prince. Comment Racine parvient-il à donner au récit une tension dramatique ? Nous étudierons tout d'abord les deux interlocuteurs de la scène puis nous verrons le rythme que Racine donne au récit et enfin nous nous intéresserons à l'emploi du discours direct et son effet dramatique.

 

I). Les deux interlocuteurs.

 

Dans cette scène, Burrhus fait le récit à Agrippine.

 

            1). Agrippine.

 

Présente dans la tirade « Madame » (v.13), Jugez (v.15), elle est ainsi accablée par cette nouvelle. Il s'agit de son propre fils qui lui échappe, en effet elle soutenait les intérêts de Britannicus. Pendant la représentation l'actrice présente sur scène manifeste son émotion.

 

            2). Burrhus.

 

Il a été le témoin de la scène. Il est encore sous le choc de ce qu'il vient de voir. En tant que précepteur de Néron, cet assassinat l'affecte. C'est la ruine de ses efforts, pour maintenir Néron dans le chemin de la vertu en limitant l'influence de Narcisse.
Egalement, son récit révèle son émotion : au vers 2, il ne nomme pas Britannicus par son nom mais par son lien de parenté avec Néron. Il insiste aussi sur le rôle de Narcisse alors que lui-même n'est que le témoin muet et impuissant du drame. Narcisse joue un rôle de premier plan : il remplit la coupe. Il triomphe à la fin du texte (antithèse avec l'accablement de Burrhus).

Il comprend qu'il n'a plus sa place dans une « odieuse cour » qui calque son attitude sur celle de l'empereur. Il pleure donc le prince mort mais aussi l'écroulement de son projet politique. Un Néron vertueux dans un Etat bien gouverné (v.28).

 

II). Le rythme du récit.

 

La tension dramatique vient aussi de la rapidité de ce récit. Burrhus relate des faits qui viennent de se produire sous la forme d'un coup de théâtre : le Banquet était officiellement celui de la réconciliation des deux frères (v.8).

Le choix du présent de narration  permet de revivre la scène comme en direct, pour Agrippine mais aussi pour le spectateur.

Le rythme est rapide, la plupart des phrases tiennent en un alexandrin et son des indépendants (v.4, 9, 10, 13, 14, 16). Tout va très vite : le récit démarre avec «  à peine ».

 

Le vers suivant contient deux verbes de mouvement indiquant les gestes et attitudes de Néron, pressé d'en finir.

Le même adverbe « à peine » est réemployé pour relater la mort brutale de Britannicus, l'effet dramatique vient de la soudaineté : il boit sa coupe, tombe, meurt ! La comparaison avec le fer intensifie la violence sur la scène.

 

III). L'emploi du discours direct : produit aussi un effet puissamment dramatique.

 

Alors que Britannicus a à peine la parole (v.9), Burrhus cite au discours direct les propos de Néron qui révèle la noirceur du personnage. Après avoir donné à voir les gestes (v.3), il donne à en entendre les paroles échangées.

Les deux passages sont introduits sans verbes introducteurs, la même incise (dit-il) très rapide permet de comprendre que Burrhus cite Néron. Les propos de Néron sont choquants : il double ce fratricide d'une offense aux Dieux qu'il invoque solennellement.

L'expression « pour achever ce jour sous de meilleurs auspices » est pleine d'ironie tragique. Elle révèle la perversité du personnage. Par contraste, le vers a montré que Britannicus n'a aucune idée de ce qui l'attend : ses serments sont sincères.

Le discours de Néron est faux et apprêté comme le révèle les diérèses : effusi-on, réuni-on, vi-o-lence.

Il maîtrise parfaitement son discours, c'est un monstre froid, comme le souligne le vers 20 et sa deuxième prise de parole, destinée à faire passer l'assassinat pour un malaise passager.

 

Conclusion :

 

A la fin de cette tirade, le spectateur a l'impression d'avoir assisté à la scène ; l'émotion de Burrhus se communique au spectateur en proie à deux émotions contradictoires mais constitutives selon Aristote au spectacle tragique : l'émotion pour le malheureux Britannicus (la pitié) et l'horreur pour la monstruosité et cynisme de Narcisse et Néron.