Raymond Queneau

Queneau, Si tu t’imagines

Poème étudié

Si tu t’imagines
si tu t’imagines
fillette fillette
si tu t’imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Si tu crois petite
si tu crois ah ah
que ton teint de rose
ta taille de guêpe
tes mignons biceps
tes ongles d’émail
ta cuisse de nymphe
et ton pied léger
si tu crois petite
xa va xa va xa va
va durer toujours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

les beaux jours s’en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s’approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Queneau, L’instant fatal

Introduction

Né en 1903, Raymond Queneau a participé au mouvement surréaliste avant de s’orienter vers la recherche d’un langage romanesque libéré des conventions de l’écrit. Ses plus grands écrits sont Exercices de style et Zazie dans le métro paru en 1947 et 1959.

La problématique de ce poème est comment Queneau revisite-t-il un thème traditionnel ?

Nous verrons tout d’abord en quoi c’est un poème inscrit dans la tradition philosophique et littéraire puis nous étudierons la comparaison avec A Cassandre de Ronsard et enfin nous verrons comment Queneau tourne le dos à la tradition en adoptant un ton plus cru et une langue populaire.

I. Un poème dans la tradition philosophique et littéraire.

1. Le thème épicurien.

Le poème reprend un lien commun très ancien, emprunté au philosophe grec Epicure (IVème siècle avant J.C.) puis repris par le philosophe latin Lucrèce : il s’agit d’une réflexion sur la brièveté de la vie humaine avec pour conséquence le conseil de profiter de l’instant présent. Les Humanistes de la Renaissance ont à leur tour adopté la devise : « Carpe Diem », c’est à dire savoir profiter des moments fugaces de la vie.
Dans le poème, on retrouve le thème du temps qui passe trop vite, évoqué par la reprise insistante de la formule : « si tu crois qu’xa va durer durer toujours » (v.6 et 22). La fuite du temps est également au vers 27, « les beaux jours s’en vont ». Les vers suivants opposent en antithèse la permanence du temps cosmique (il est cyclique) à la finitude du temps humain (il est linéaire), « tu marches tout droit vers que tu ne vois pas », à savoir la vieillesse. Enfin, la phrase célèbre « Carpe Diem » est ici reprise par l’injonction : « cueille les roses de la vie ».

2. L’imitation de Ronsard.

A Cassandre est un des poèmes les plus connus en France ; il est étudié par pratiquement tous les collégiens ou lycéens. Une comparaison entre Ronsard et Queneau permet de mettre en évidence l’hommage rendu à l’illustre modèle.

L’émancipation est la même dans les deux poèmes : le poète s’adresse à une jeune femme inexpérimentée, en prenant la figure de l’homme sage qui conseille et avertit : « si vous me croyez » avec « ce que tu te goures » et mignonne avec fillette. Le conseil final reprend les mêmes mots : « cueillez, cueillez » et « cueille, cueille ».

Les métaphores sont conservées : « votre âge fleuronne en sa plus verte nouveauté » qui se compare avec « la saison des amours, les beaux jours ».

II. Un ton plus cru et une langue populaire. Contraire à la tradition.

1. Le changement de ton.

Le ton de Ronsard est précieux ; la vieillesse est évoqué par le détour de la rose qui se fane ; chez Queneau, elle est détaillée de façon très explicite (v.35 à 38). La beauté de la jeune femme est évoquée par Queneau avec plus d’audace ; il détaille son anatomie avec les parties de son corps : taille, ses biceps, sa cuisse.

2. Queneau réinvente une langue qui lui est propre.

Il n’y a plus de ponctuation, mais également des rimes de fantaisies ou absentes (v.1-2 ou 7-8). L’orthographe phonétique : « la saison des zamours » ou encore « xa va » et « sque ». On peut voir également une syntaxe incorrecte : abandon de la double négation (v.33 et v.46).

Une métrique obtenue en trichant : cinq syllabes aux vers 5, 7 et 14.

Un lexique familier : « se gourer », « biceps », « cuisse » et également des expressions populaires : « taille de guêpe », « cuisse de nymphe ».

Conclusion

Les Surréalistes avaient osé mettre des moustaches à la Joconde. Picasso revisite les Ménines de Velasquez. Queneau ici s’amuse avec la tradition : rejet de l’académisme, liberté de ton et d’écriture, choix de la forme « chanson » ; interprété par J. Gréco, la chanson sera largement diffusée.

Du même auteur Queneau, Le Chiendent, Résumé Queneau, Les Fleurs bleues, Résumé chapitre par chapitre

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