Léopold Senghor

Senghor, Ethiopique, Épitres à la Princesse, Comme rosée du soir

I. Une lettre d’éloges, d’amour, de reconnaissance, de promesse

Épitre désigné une lettre nombre.

Énonciation : « je » : le poète, l’auteur.

Destinataire de la lettre : la princesse, « mon cœur ».

Son portrait : peut-être un chef ou le président du Sénégal, le chef de la décolonisation.

Sa mère est africaine, il est lié aux rites africains (tam-tam).

Les noms africains : Almany, Dyor du Saloun.

La végétation : cactées et khakham.

Il a vécu les guerres, l’exil dans la douleur car il a perdu sa culture.

C’est un être d’énergie, il se compare a un poulain qui a le sang chaud, impatient il parle de danse et se présente comme un poète.

Le destinataire est beaucoup impliqué par le biais de la lettre. Elle lui a écrit. Il évoque leur correspondance (épître). Le portrait est décliné tout au long de la lettre. Les désignations : « princesse », « coeur ».

Les qualifications : « bonté, prudence, présences de la douleurs ».
Dans le dernier paragraphe, il fait un blason poétique, il énumère les parties du corps qu’il compare : esprit, coeur, visage, corps, yeux, oreilles, poignets, nez, reins, démarches : c’est élogieux (orfèvrerie, chef-d’oeuvre).

Une relation implicite : séparation géographique et temporelle : « ton pays, mon pays ».

Dimension publique, lettre qui est lue aux autres.

La place de cette femme pour lui : « mon univers ».

La lettre repose sur une connivence : « mais garde moi princesse de la tempête de tes narines qui barrissent comme des phoques ».

Peur de ses colères. Mention de secrets. Il ne dit pas tout de sa lettre « réservant pour la veille ceux qui sont plus délicats, comme la bosse du grand mâle ».

Il écrit pour combler la séparation :

Abolir une distance en exprimant ses sentiments.

Le plan semble discontinu et libre :

– 1ère strophe : la réception de la lettre.
– 2ème strophe : l’histoire de l’Afrique.
– 3ème strophe : espoir d’un avenir commun.
= composition libre, typique de la lettre.

Expression des sentiments

De la gratitude, reconnaissance : « grâce », « confort ».
L’action de grâce si bien qu’en disant « grâce à la princesse », elle devient une déesse.

1ère phrase : ambiguïté syntaxique : style poétique.

– Fierté : « honneur à mon nom ».
– Elle le soutient dans la « tempête, l’exil » (elle éprouve pour lui de la compassion).

Il évoque les catastrophes de l’Afrique noire.
Champ lexical qui représente la détresse du poète : « malheurs, ruine, désastre, arrachement dur à mon coeur », et l’enjambement va accentuer l’énumération (c’est une rupture affective culturelle).

Autre sentiment : la souffrance par la transposition de cet amour comme un rituel.

– L’expression de l’espoir : « résurrection du village » : cela veut dire qu’il va retrouver son origine : « les fêtes » (= les retrouvailles).

Oriflamme : signe médiéval, drapeau.

– Promesse érotique : le sang du poulain qui doit refroidir.

II. Une lettre poème

Un portrait métaphorique de la destinataire.

Senghor qui a une culture classique se réfère à la tradition.

Il identifie la femme aimée à l’univers.

– Variété des images : « cosmique, ciel, mer, nuit, soleil ».
– Esthétique : orfèvrerie.
– Animal ? aigle.
– Technique ? navires, voiles.
– La femme blanche devient son interprétation du monde.
C’est elle qui nomme le signe et le sens : c’est une initiatrice.

On passe d’un lien affectif à un lieu culturel, esthétique et spirituel.
Elle a la capacité de la faire passer de l’abstrait au concret « l’hiver que tu le rends présent ».

– Véritable échange : chacun incarne son pays. Elle est l’hiver qui incarne son pays : « Elle est l’hiver qu’elle me rend présent », « la neige qui flamboie ».

– Cette femme est l’héritier de l’Europe. Elle est la douceur, la lumière, la force et la fête de l’esprit tandis que l’Afrique est la désolation, le pays de la sécheresse, de la guerre… La princesse est donc le relais entre les poètes et le Nord.

– Complémentarité entre les deux : « et mon pays de sel et ton pays de neige » : cet union permet la résurrection de Dylor.

– Registre épique de la 3ème strophe : « guerre », « ruine », « chevalier », « hurle les loups et les lynx ». Elle apporte du soutien à tout cela. Elle est prudente, incarne la bonté, et constitue son appui, le guide du poète.

On voit que Senghor essaie de faire une parenté entre les mythes blancs et noirs : « tu m’ouvres le visage de mes frères les hommes blancs » : permet une réconciliation, une fraternité.

Conclusion

C’est à la fois une affinité de la subjectivité typique de la lettre publique mais en même temps elle contient un caractère privé : deux tonalités : le lyrisme personnel mais par l’intermédiaire du portrait des personnages très différents, elle montre le progrès collectif de l’avancée de l’humanité, l’amour est pour Senghor une force qui rassemble.

La relation multiraciale pour Senghor est la réconciliation des nations.
L’Afrique a souffert de la colonisation mais sa poésie est d’abord une esthétique du métissage. Il s’appuie sur une tradition poétique. Poésie lyrique et épique européenne qu’il mêle à la culture de son pays. On le voit avec les mentionnes africaines (tam-tam).

La poésie a trait au sacré. Elle relie les hommes entre eux.

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