Le Clézio : L'Africain : Les fourmis
- Vous allez pouvoir accéder au commentaire composé du passage des "Fourmis" de l'oeuvre "L'Africain" de "Le Clézio".
- Ce fichier contient un commentaire entièrement rédigé avec TROIS parties principales, une introduction, une conclusion, et les transitions entre les parties.
- PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :
Court récit autobiographique, L'Africain tire son éclat de la double rencontre de Jean-Marie Le Clézio : avec l'Afrique et surtout avec son père. Publié en 2004, près de 20 vingt ans après la mort de ce dernier, ce livre lui rend hommage. Homme "pessimiste et ombrageux et autoritaire", ce père restera, malgré leurs retrouvailles, un étranger pour le jeune Le Clézio. Cet ouvrage débute en 1948 : alors qu'il est seulement âgé de huit ans, Le Clézio quitte Nice avec sa mère et son frère pour rejoindre son père médecin au Nigeria, dont il fut longtemps séparé. Notre extrait se situe seulement quelques jours après son arrivée à Ogoja.
Appartenant au genre (auto)biographique, cet extrait peut se rapprocher de l'autoportrait par le fait que l'auteur se cherche, dessinant peu à peu sa personnalité au travers d'une expérience personnelle.
Mon commentaire sera axé sur trois grandes idées, gravitant autour du thème du souvenir de l'attaque. Tout d'abord je m'intéresserai à l'opposition fourmis/enfant, cause du conflit de territoire donc de l'attaque. Ensuite je me pencherai sur le thème de la peur, omniprésent dans ce texte. Pour finir je m'intéresserai à l'évocation du souvenir, et sa place dans la personnalité de Le Clézio...
Texte étudié :
Les fourmis, à Ogoja, étaient des insectes monstrueux de la variété exectoïde, qui creusaient leurs nids à dix mètres de profondeur sous la pelouse du jardin, où devaient vivre des centaines de milliers d'individus. Au contraire des termites, doux et sans défense, incapables dans leur cécité de causer le moindre mal, sauf celui de ronger le bois vermoulu des habitations et les troncs des arbres déchus, les fourmis étaient rouges, féroces, dotées d'yeux et de mandibules, capables de sécréter du poison et d'attaquer quiconque se trouvait sur leur chemin. C'étaient elles les véritables maîtresses d'Ogoja.
Je garde le souvenir cuisant de ma première rencontre avec les fourmis, dans les jours qui ont suivi mon arrivée. Je suis dans le jardin, non loin de la maison. Je n'ai pas remarqué le cratère qui signale l'entrée de la fourmilière. Tout d'un coup, sans que je m'en sois rendu compte, je suis entouré par des milliers d'insectes. D'où viennent-ils ? J'ai dû pénétrer dans la zone dénudée qui entoure l'orifice de leurs galeries. Ce n'est pas tant des fourmis que je me souviens, que de la peur que je ressens. Je reste immobile, incapable de fuir, incapable de penser, sur le sol tout à coup mouvant, formant un tapis de carapaces, de pattes et d'antennes qui tourne autour de moi et resserre son tourbillon, je vois les fourmis qui ont commencé à monter sur mes chaussures, qui s'enfoncent entre les mailles de ces fameuses chaussettes de laine imposées par mon père. Au même instant je ressens la brûlure des premières morsures, sur mes chevilles, le long de mes jambes. L'affreuse impression, la hantise d'être mangé vivant. Cela dure quelques secondes, des minutes, un temps aussi long qu'un cauchemar. Je ne m'en souviens pas, mais j'ai dû crier, hurler même, parce que, l'instant d'après, je suis secouru par ma mère qui m'emporte dans ses bras et, autour de moi, devant la terrasse de la maison, il y a mon frère, les garçons du voisinage, ils regardent en silence, est-ce qu'ils rient ? Est-ce qu'ils disent : Small boy him cry ? Ma mère ôte mes chaussettes, retournées délicatement comme on enlèverait une peau morte, comme si j'avais été fouetté par des branches épineuses, je vois mes jambes couvertes de points sombres où perle une goutte de sang, ce sont les têtes des fourmis accrochées à la peau, leurs corps ont été arrachés au moment où ma mère retirait mes chaussettes. Leurs mandibules sont enfoncées profondément, il faut les extraire une par une avec une aiguille trempée dans l'alcool.
Une anecdote, une simple anecdote. D'où vient que j'en garde la marque, comme si les morsures des fourmis guerrières étaient encore sensibles, que tout cela s'était passé hier ? Sans doute est-ce mêlé de légende, de rêve.
Jean-Marie Gustave Le Clézio, L'Africain
Court récit autobiographique, L'Africain tire son éclat de la double rencontre de Jean-Marie Le Clézio : avec l'Afrique et surtout avec son père. Publié en 2004, près de 20 vingt ans après la mort de ce dernier, ce livre lui rend hommage. Homme "pessimiste et ombrageux et autoritaire", ce père restera, malgré leurs retrouvailles, un étranger pour le jeune Le Clézio. Cet ouvrage débute en 1948 : alors qu'il est seulement âgé de huit ans, Le Clézio quitte Nice avec sa mère et son frère pour rejoindre son père médecin au Nigeria, dont il fut longtemps séparé. Notre extrait se situe seulement quelques jours après son arrivée à Ogoja.
Appartenant au genre (auto)biographique, cet extrait peut se rapprocher de l'autoportrait par le fait que l'auteur se cherche, dessinant peu à peu sa personnalité au travers d'une expérience personnelle.
Mon commentaire sera axé sur trois grandes idées, gravitant autour du thème du souvenir de l'attaque. Tout d'abord je m'intéresserai à l'opposition fourmis/enfant, cause du conflit de territoire donc de l'attaque. Ensuite je me pencherai sur le thème de la peur, omniprésent dans ce texte. Pour finir je m'intéresserai à l'évocation du souvenir, et sa place dans la personnalité de Le Clézio...
Texte étudié :
Les fourmis, à Ogoja, étaient des insectes monstrueux de la variété exectoïde, qui creusaient leurs nids à dix mètres de profondeur sous la pelouse du jardin, où devaient vivre des centaines de milliers d'individus. Au contraire des termites, doux et sans défense, incapables dans leur cécité de causer le moindre mal, sauf celui de ronger le bois vermoulu des habitations et les troncs des arbres déchus, les fourmis étaient rouges, féroces, dotées d'yeux et de mandibules, capables de sécréter du poison et d'attaquer quiconque se trouvait sur leur chemin. C'étaient elles les véritables maîtresses d'Ogoja.
Je garde le souvenir cuisant de ma première rencontre avec les fourmis, dans les jours qui ont suivi mon arrivée. Je suis dans le jardin, non loin de la maison. Je n'ai pas remarqué le cratère qui signale l'entrée de la fourmilière. Tout d'un coup, sans que je m'en sois rendu compte, je suis entouré par des milliers d'insectes. D'où viennent-ils ? J'ai dû pénétrer dans la zone dénudée qui entoure l'orifice de leurs galeries. Ce n'est pas tant des fourmis que je me souviens, que de la peur que je ressens. Je reste immobile, incapable de fuir, incapable de penser, sur le sol tout à coup mouvant, formant un tapis de carapaces, de pattes et d'antennes qui tourne autour de moi et resserre son tourbillon, je vois les fourmis qui ont commencé à monter sur mes chaussures, qui s'enfoncent entre les mailles de ces fameuses chaussettes de laine imposées par mon père. Au même instant je ressens la brûlure des premières morsures, sur mes chevilles, le long de mes jambes. L'affreuse impression, la hantise d'être mangé vivant. Cela dure quelques secondes, des minutes, un temps aussi long qu'un cauchemar. Je ne m'en souviens pas, mais j'ai dû crier, hurler même, parce que, l'instant d'après, je suis secouru par ma mère qui m'emporte dans ses bras et, autour de moi, devant la terrasse de la maison, il y a mon frère, les garçons du voisinage, ils regardent en silence, est-ce qu'ils rient ? Est-ce qu'ils disent : Small boy him cry ? Ma mère ôte mes chaussettes, retournées délicatement comme on enlèverait une peau morte, comme si j'avais été fouetté par des branches épineuses, je vois mes jambes couvertes de points sombres où perle une goutte de sang, ce sont les têtes des fourmis accrochées à la peau, leurs corps ont été arrachés au moment où ma mère retirait mes chaussettes. Leurs mandibules sont enfoncées profondément, il faut les extraire une par une avec une aiguille trempée dans l'alcool.
Une anecdote, une simple anecdote. D'où vient que j'en garde la marque, comme si les morsures des fourmis guerrières étaient encore sensibles, que tout cela s'était passé hier ? Sans doute est-ce mêlé de légende, de rêve.
Jean-Marie Gustave Le Clézio, L'Africain
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