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MOLIERE : DOM JUAN : ACTE V SCENES 4, 5 ET 6 : LE DENOUEMENT (COMMENTAIRE COMPOSE)

Introduction :

Molière, de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, dramaturge, a écrit toutes sortes de pièces, mais il excelle dans la mise en scène de comédies grinçantes et féroces, dans lesquelles il épingle les travers de la société. Molière utilise en effet le rire comme une arme avec laquelle il foudroie nombre de ses contemporains. Malgré le génie et la protection du roi, "Tartuffe" et "Dom Juan" sont interdites de représentation. S'il résiste aux cabales, sa santé défaillante a finalement raison de lui ; il meurt quasiment sur scène. Sept and plus tard, la troupe de Molière donnera naissance à la Comédie Française.

Problématique : Quelle est la singularité spectaculaire de ce dénouement ?

Texte étudié :

Scène IV
DOM JUAN, SGANARELLE.

SGANARELLE  Monsieur, quel diable de style prenez-vous là ? Ceci est bien pis que le reste, et je vous aimerais bien mieux encore comme vous étiez auparavant. J'espérais toujours de votre salut ; mais c'est maintenant que j'en désespère ; et je crois que le Ciel, qui vous a souffert jusqu'ici, ne pourra souffrir du tout cette dernière horreur.

DOM JUAN  Va, va, le Ciel n'est pas si exact que tu penses ; et si toutes les fois que les hommes…

SGANARELLE  Ah ! Monsieur, c'est le Ciel qui vous parle, et c'est un avis qu'il vous donne.

DOM JUAN  Si le Ciel me donne un avis, il faut qu'il parle un peu plus clairement, s'il eut que je l'entende.

Scène V
DOM JUAN, UN SPECTRE en femme voilée, SGANARELLE.

LE SPECTRE
, en femme voilée
Dom Juan n'a plus qu'un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel ; et s'il ne se repent ici, sa perte est résolue.

SGANARELLE  Entendez-vous, Monsieur ?

DOM JUAN  Qui ose tenir ces paroles ? Je crois connaître cette voix.

SGANARELLE  Ah ! Monsieur, c'est un spectre : je le reconnais au marcher.

DOM JUAN  Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c'est.

Le Spectre change de figure, et représente le temps avec sa faux à la main.

SGANARELLE  O Ciel ! voyez-vous, Monsieur, ce changement de figure ?

DOM JUAN  Non, non, rien n'est capable de m'imprimer de la terreur, et je veux éprouver avec mon épée si c'est un corps ou un esprit.

Le Spectre s'envole dans le temps que Dom Juan le veut frapper.

SGANARELLE  Ah ! Monsieur, rendez-vous à tant de preuves, et jetez-vous vite dans le repentir.

DOM JUAN  Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu'il arrive, que je sois capable de me repentir. Allons, suis-moi.

Scène VI
LA STATUE, DOM JUAN, SGANARELLE.

LA STATUE  Arrêtez, Dom Juan : vous m'avez hier donné parole de venir manger avec moi.

DOM JUAN  Oui. Où faut-il aller ?

LA STATUE  Donnez-moi la main.

DOM JUAN  La voilà.

LA STATUE  Dom Juan, l'endurcissement au péché traîne une mort funeste, et les grâces du Ciel que l'on renvoie ouvrent un chemin à sa foudre.

DOM JUAN  O Ciel ! que sens-je ? Un feu invisible me brûle, je n'en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah !

Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan ; la terre s'ouvre et l'abîme ; et il sort de grands feux de l'endroit où il est tombé.

SGANARELLE  Ah ! mes gages ! mes gages !  Voilà par sa mort un chacun satisfait : Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content. Il n'y a que moi seul de malheureux. Mes gages ! Mes gages ! Mes gages !

Analyse :

I) Situation du passage

Des avertissements ont déjà menacé le libertin Dom Juan, "grand seigneur méchant homme", sous la forme d'interventions surnaturelles : Statue lui faisant signe à la fin de l'acte III de la pièce, et l'invitant elle-même, à la fin de l'acte IV.

Les trois dernières scènes de la pièce mettent en évidence ce châtiment du Ciel - deus ex machina - qu'est la Statue du Commandeur tué apr Dom Juan et revenant le chercher. Par là-même, Molière sacrifie aussi à un goût de son époque - celui des pièces à machines - grand spectacle sonore et visuel sur scène, qu'on peut faire sentir dans la lecture des répliques très intenses et des didascalies particulièrement nombreuses ici.

II) Projet de lecture

Catastrophe et dénouement : l'action et son commentaire

On peut distinguer deux moments de la fin : la fin de l'action (la fin dramatique) et la fin de la pièce (la fin dramaturgique). On distingue traditionnellement la "catastrophe", dernière péripétie de la pièce, et le "dénouement", qui est l'achèvement de la pièce - et qui comprend la leçon de la pièce. Ici catastrophe et dénouement, "fin du héros" et "fin de la représentation" sont presque simultanés, dans un crescendo de menaces :

- Danger de pousser jusqu'au bout la provocation dans le numéro de l'hypocrite, commenté à la scène 4, avertissement d'un spectre, femme voilée, à la scène 5, arrivée enfin de la Statue du Commandeur entraînant Dom Juan en enfer à la scène 6.

La dernière heure du personnage est venue et les signes se multiplient avant que la disparition ne soit scellée. Chaque signe fait donc l'objet d'un commentaire sur scène, notamment par Sganarelle. Cette fin entend respecter des critères théâtraux du XVIIème siècle.

Quels sont les critères de réussite du dénouement ?

Un dénouement doit satisfaire, au XVIIème siècle, à trois critères explicites : il doit être rapide, complet et nécessaire.

A. La rapidité

Ici la rapidité est l'accélération vertigineuse. Ce dénouement, à tous les sens du mot, est foudroyant. C'est un ballet étourdissant d'entrées et de sorties, qui laisse finalement Sganarelle seul sur scène : on assiste à une entrée et à une sortie éclaires (dernier avertissement de la femme voilée), puis à une entrée terrible suivie de deux disparitions fulgurantes dans les profondeurs (Statue entraînant Dom Juan en enfer). Des signes visuels et sonores amplifiés (tonnerre, éclair, feux d'artifice, abîme) soulignent ce coup de théâtre et cette accélération très spectaculaire.

B. L'exhaustivité

Le critère semble satisfait ici - ce que récapitule la dernière tirade de Sganarelle : Dom Juan a eu ce qu'il méritait et tout le monde est vengé. Le sort de chacun est réglé et le héros trouve un châtiment exemplaire. Une exception cependant : le valet lui-même, qui n'a pas reçu ce qui lui était dû ("Mes gages"). Dans la comédie traditionnelle, le règlement final du sort de chacun se lit par la présence de tous sur scène à la fin (pour que tous les comédiens puissent alors saluer le public). Or ici, paradoxalement, il n'y a plus qu'un personnage sur scène, Sganarelle, et c'est le personnage qui n'aurait pas obtenu son dû.

C. La nécessité

Le crescendo de menaces puis leur exécution traduisent une logique implacable, celle du châtiment : la présence de plus en plus menaçante, mobile et éloquente de la statue de pierre à la fin des actes III, IV et V manifeste cette progression inéluctable de la mort. La fin de la pièce constitue elle-même une gradation d'avertissements que le héros refuse d'entendre (Sganarelle, puis la présence plus inquiétante d'une femme voilée, celle de la Statue). Cette ultime intervention du surnaturel relève de l'usage des "machines", d'une technique théâtrale prisée au XVIIème siècle, mais qui semble faire surgir des éléments jusque là inconnus comme la terre qui s'ouvre sur la scène, dans le tonnerre et les fumées. Éléments spectaculaires qui ont toujours eu un immense succès, mais qui, en même temps, relèvent d'une forme de graduité, goût de l'impression grandiose qu'on nomme communément "baroque". Les interprètes du XXème siècle, comme Louis Jouvet, ont avoué avoir été gênés par ces artifices qui nous renvoient plutôt aux mises en scène d'opéras. Molière a pourtant limité la part de ce spectacle attendu, à la différence de ses devanciers.

Les trois scènes, rapides, complètes et nécessaires, sont simultanément chaotiques et arbitraires dans leur recherche de l'"effet" final. On assiste ainsi à une série de duos, de plus en plus terribles, Dom Juan et Sganarelle, Dom Juan et le Spectre, Dom Juan et la Statue.

III) Composition de ce passage

Première mise en garde, par Sganarelle : scène 4.
Seconde mise en garde, par le Spectre : scène 5.
Dernière mise en garde et exécution de la sentence, par la Statue, scène 6.

IV) Analyse précise du passage

A. Première mise en garde, par Sganarelle

Exceptionnellement le valet joue un rôle peu comique ici. Il lance un avertissement répété à son maître. Il respecte les convenances, avec l'attaque déférente : "Monsieur" ; il use d'une question rhétorique - à valeur de constat exclamatif -, et joue sur l'expression "diable de style" - ce "diable de style" est le "style du diable", l'hypocrisie irrémédiable, et la présence diabolique n'est pas une clause de style. Tout en soulignant le jeu, il s'inquiète. Le valet souligne le paroxysme de la provocation et prend personnellement position en faveur du cynisme plutôt que de la fausse piété, en regrettant le passé. Cette réplique de mise en garde se clôt sur deux effets pour une fois réussis chez Sganarelle : passage d'"espérer" à "désespérer", et prédiction sur le Ciel dans un autre effet de répétition "qui a souffert", "ne pourra souffrir du tout cette dernière horreur". L'indignation du valet ici ne fait pas rire - et paraît même plutôt éloquente, comme si Sganarelle était un premier porte-parole de l'au-delà.

La mise en garde est balayée par le héros, coutumier des expressions négligentes ("Va, va...") et de l'ironie sur le Ciel ("pas si exact que tu penses..."). L'argument de Dom Juan ("Et si toutes les fois que les hommes") est, pour une fois, interrompu par le valet, preuve que Dom Juan ne maîtrise plus tout à fait sa supériorité verbale sur son valet. C'est le cri du coeur en effet de Sganarelle : "Ah, Monsieur, c'est le Ciel qui vous parle..." - et le mot "avis" a bien sa valeur d'"avertissement".

La dernière objection de Dom Juan n'est donc plus si ferme mais hypothétique : il formule simplement une demande de clarté, par une reprise du mot "Ciel" qui souligne son importance. Le langage est passé de l'assertion à la conjecture : "si le Ciel me donne un avis, il faut qu'il me parle un peu plus clairement...". L'ironie est là mais le doute aussi, et la demande implicite de confirmation qui va suivre.

B. Deuxième mise en garde par le Spectre

Apparition immédiate et comme sollicitée par le défi de Dom Juan, une créature tirée d'autres représentations, médiévales, le Spectre, intervient - en résonance avec la peinture allégorique du XVIIème siècle. Et la scène se fait le lieu d'un espace visuel. Le dernier avertissement est solennel, à la troisième personne - dernière chance donnée au pécheur, contre son impénitence : "Dom Juan n'a plus qu'un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel...". C'est l'appel au repentir, à la demande d'absolution, dans une tradition chrétienne - la confession finale de ses péchés avant de mourir, pour obtenir le pardon - parole appuyée par l'intervention de Sganarelle : "Entendez-vous, Monsieur..". L'incrédulité de Dom Juan se manifeste pas ses interrogations, l'impression d'une reconnaissance ("je crois connaître cette voix" - le retour du passé, l'image d'une femme voilée, figure du temps, mais qui pourrait suggérer aussi le souvenir d'une femme connu, de Done Elvire ?). Le dialogue oppose ensuite la terreur, les supplications du valet et la protestation véhémente, extrémiste du héros, par ses mots ("Non, non..."), par ses actes (l'épée). Cette épée tirée est une des constantes du mythe et montre la bravoure, mais aussi l'impuissance du héros. L'emblème viril ne lui est plus désormais d'aucun secours. On assiste au grand spectacle des métamorphoses. La figure de femme se fait figure de mort. La figuration érotique se fait funèbre. La scène montre au présent l'art baroque de toutes les transformations instantanées.

C. Dernière mise en garde et châtiment

1. Dom Juan et la Statue

Le héros ne se rend qu'au dernier appel, en homme d'honneur - c'est en homme d'honneur qu'il tirait son épée. Trois appels : le chiffre a un sens à la fois religieux et magique (triple reniement de Saint Pierre, triple voeu des contes...). Pour la troisième fois la Statue apparaît - et c'est donc la dernière fois. L'engagement du repas est respecté dans la dernière scène. Dom Juan, en gentilhomme, respecte les usages et son Invité. Comme le dit avec humour Jean Massin, "une statue comme celle-là est trop bien élevée pour venir souper chez quelqu'un sans une invitation en règle". Dom Juan accepte de donner la main, et la main donnée est le signe de cet engagement dont, par fierté, on ne se défait pas. Cette main donnée à la statue de pierre, avec l'épée tirée et brandie, est l'une des autres constantes du mythe.

Le dernier jeu de scène est suggéré par les didascalies, jusqu'à la mort du héros que le personnage formule, pour la faire ressentir au public (les "brûlures", dans la logique de la passion qui l'a brûlé). Les flammes sont conformes à l'image attendue de l'enfer. La figure du damné gémissant et ses convulsions dans les flammes infernales appartient à une iconographie reconnaissable et à sa représentation finale du châtiment du héros. Elle est la sanction implacable de son "endurcissement" au péché, de son impénitence, du refus de toutes ses dernières chances de "grâce". Ce langage relève du message théologique obligé. Il faut se repentir avant de mourir ; Dom Juan a refusé son statut. La représentation du châtiment passe ici par les mots, pour faire ressentir au public une agonie qu'il faut formuler comme à l'opéra : la mort sur scène se trouve dans les mots, dans le jeu des signes de théâtre dans l'instant qui est le temps du théâtre, mais aussi de la vie de Dom Juan. On note l'interjection, l'invocation, les exclamations, le langage émotif et l'expression pathétique d'une douleur foudroyante. Dom Juan est l'action d'un héros pris entre des coups de foudre et le coup final de la foudre infernale. La longue didascalie souligne l'usage nécessaire de l'espace et des machines, ouverture du sol, bruitage, éclairage très lumineux, feux de Bengale, de nature à fasciner le public au XVIIème siècle.

2. Les commentaires de Sganarelle

Le mot de la fin est confié à Sganarelle. A l'image du coryphée antique, celui-ci ne laisse pas le public sous l'effet de l'émotion et veut le ramener rationnellement au bilan de l'action, au verdict final. Il s'agit de rappeler au spectateur qu'il vient bien d'assister à un spectacle. D'où l'énumération d'une série de substantifs et de participes adjectivés qui montrent l'ampleur du préjudice passé et donc la nécessité de la réparation qui vient d'avoir lieu : ""Ciel offensé, lois violées...". Le son "é" répété à la fin martèle les infractions punies de Dom Juan, pour arriver à la réparation des outrages : "Tout le monde est content" (satisfait). On remarquera que Sganarelle récapitule les infractions à toutes les lois, divines - "Ciel offensé" - et humaines - "lois violées". Dom Juan est puni pour avoir été à la fois pécheur, profanateur et hors-la-loi, danger public. La Statue de pierre du Commandeur vient venger le double manquement à la justice des hommes et à la justice de Dieu. Le Commande apparaît ainsi, dans le récapitulatif de Sganarelle, comme le juste vengeur de toutes les causes, familiales, morales et religieuses. la gravité de la pierre - d'un père suprême, moins clément que Dom Louis - punit la légèreté de l'inconstance du fils indigne.

Le dernier mot de comédie (censuré à cause de son inconvenance) redonne ses droits au rire. "Mes gages !", exclamation incongrue dans sa répétition elle-même. Les destinataires mêmes sont incertains : Dom Juan ? Le Ciel ? Le public ? Molière, dans la pièce, refuse de laisser le dernier mot au sacré et veut revenir à un langage de comédie. Mais la préoccupation pour une récompense matérielle escamotée apparaît comme totalement décalée par rapport à ce qui vient de se produire, la mort dans un contexte surnaturel. La censure du mot final indique qu'on ne peut mettre en parallèle, au XVIIème siècle, la plus terrible des punitions (la mort et la damnation en enfer) et une petite spoliation matérielle, jugée plus importante par un valet.

V) Conclusion

Sur le plan théâtral ce dénouement sacrifie à des exigences de son temps : réalisant les critères de réussite du dénouement (très rapide, complet et nécessaire), il est spectaculaire et laisse la part belle aux machines qu'aimait le public de l'époque (machine bien visuelle, par opposition au deus ex machina verbal et un peu long, cf. "Tartuffe"). Et pourtant ce dénouement ne laisse pas d'étonner, pour trois raisons :

1. Une fin atypique

Une comédie se termine, en principe, par le mariage : c'est ici un curieux mariage que cette ultime rencontre avec une femme voilée, dans cette main donnée à la Statue qui entraîne la mort violente. Dom Juan est une comédie atypique, de cinq actes en prose, et qui ne se termine pas comme les autres comédies de Molière. Au rebours d'une justice distributive finale, gaie et légère, elle a des résonances judiciaires graves et lourdes. C'est le réprouvé qui comparaît devant la justice divine, et qui est châtié de manière grandiose. Pourtant Molière, par rapport à ses prédécesseurs, a délibérément expédié ce dénouement. Tout se passe comme s'il fallait y sacrifier. De Louis Jouvet à Patrice Chéreau (voir "L'oeuvre et ses représentations"), toute une tradition théâtrale a voulu en montrer le caractère un peu obligé et ambigu : le héros n'y est pas plus ridicule qu'au début de la pièce, et laisse la dérision à son valet (il affronte en impie le sacré, alors que son valet prétendument pieux désacralise la scène...).

2. L'allègement final

Le rire veut reprendre en effet ses droits avec les derniers mots incongrus de Sganarelle. On ne peut laisser le public sur l'émotion et il faut commenter le spectacle qui vient d'avoir lieu - ultime clin d'oeil au spectateur. Mais c'est une autre provocation encore que de déplorer un manque à gagner quand le surnaturel et la mort viennent de se manifester - curieux retour à des préoccupations bassement matérielles, mais qui porte une symbolique de l'oeuvre jusqu'au bout, Dom Juan est celui qui ne paie pas ses gages, qui ne veut pas honorer ses dettes, sauf ses dettes d'honneur (ici avec le Commandeur ; pour le reste, le passé n'existe plus).

3. Le refus définitif

La mise en scène spectaculaire de la mort du héros montre un méchant puni, mais qui reste fidèle à lui-même et à sa révolte. Le romantisme, après Mozart, fera de ce défi la gloire de Dom Juan, l'homme qui, jusqu'à la mort, entend dire "non", et refuse de se soumettre. Ce qui se formule en termes de "péché" au XVIIème siècle va devenir la revendication haute et individuelle d'une liberté. Le Dom Juan de Molière reste ferme, jusque dans les convulsions de sa mort - là où le héros de Tirso de Molina implorait un confesseur. L'ambiguïté du Dom Juan de Molière est posée, dans la violence de sa disparition théâtrale.