Aimé Césaire : Une saison au Congo : Scène 11
- Vous allez pouvoir accéder au commentaire d'un extrait de la "Scène 11" de l'oeuvre "Une saison au Congo" d'"Aimé Césaire".
- Ce fichier contient un commentaire composé détaillé avec DEUX parties principales, une introduction et une conclusion.
- PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :
Nous allons étudier un extrait de la scène 11 de « Une saison au Congo » de Césaire. Après l'indépendance, Lumumba, qui a pourtant été premier ministre, a été destitué. Il est aujourd'hui pour ainsi dire prisonnier et se retrouve face à face avec celui qu'il a nommé chef de l'armée et qui a pris le pouvoir. Dans le but d'étudier à quel point Lumumba dans cette scène exprime son attachement à l'Afrique, nous verrons dans un premier temps la dénonciation des maux dont l'Afrique souffre, puis, en second lieu, le personnage au sens de visionnaire et libérateur du pays...
Texte étudié :
Villa de Lumumba, investie par les paras de Mokutu.
Lumumba
Merci d'être venu, merci d'avoir pensé comme moi que j'avais droit à une explication.
Mokutu
Je m'étonne d'avoir à expliquer l'évidence ! Guerre civile, guerre étrangère, anarchie, j'estimais que tu coûtais trop cher au Congo, Patrice !
Lumumba
Es-tu sincère ? Crois-tu vraiment sauver le Congo ? Et il ne te vient pas à l'esprit qu'en sapant ses institutions, en ruinant sa légalité, au moment même où le pays se constitue en État, tu lui fais courir le plus mortel danger !
Mokutu
Il est certain que tu aurais pu, en t'en allant de toi-même, nous faciliter la tâche. Mais il y a des choses que l'on ne peut attendre d'un politicien ; Alors, je t'écarte! J'ai décidé de neutraliser le pouvoir !
Lumumba
Excuse-moi ! En politique, quand j'entends un de ces grands mots techniques, je me braque, et je cherche toujours quelle infamie ça cache. Concrètement, où veux-tu en venir ?
Mokutu
Rien de plus simple. Le président de la République démet le Premier ministre. Le Premier ministre riposte en démettant le président de la République. Moi, je les démets tous les deux ! J'écarte les politiciens !
Lumumba
En bref, tu prends le pouvoir ! Après tout tu n'auras pas été le premier colonel à faire un coup d'État. Mais attention, Mokutu ! Le jour où n'importe quel traîneur de sabre, n'importe quel porteur de galons, n'importe quel manieur de stick se croira le droit de faire main basse sur le pouvoir, ce jour-là, c'en sera fait de la patrie.
Un État ? Non ! Une foire d'empoigne ! Cette responsabilité, es-tu prêt à l'assumer ?
Je ne permets à personne de mettre en doute mon honnêteté. Militaire je suis, militaire je resterai. Je confie le pouvoir à un collège de commissaires, jusqu'au retour de l'ordre. Pair ailleurs je sonne l'ordre à l'armée de stopper toute avance vers le Kasaï, et de rentrer dans ses cantonnements. Nous aurons assez de travail à Léopoldville.
Lumumba
Mokutu, je n'évoquerai pas notre amitié, nos luttes communes, mais...
Mokutu
Oh ! Ne me parle pas du passé ! C'est vrai ! Je t'ai aidé à sortir de prison. J'ai été à tes côtés à la Table Ronde de Bruxelles. Nuit et jour, j'ai alerté l'opinion publique en ta faveur. Cinq ans d'amitié, de camaraderie, mais à présent, nos voies divergent. Ce que j'appelle ta « neutralisation », signifie que sans sacrifier notre amitié, j'entends qu'elle n'empêche pas que j'accomplisse mon devoir de citoyen et de patriote congolais.
Lumumba
Tu as raison, l'heure n'est pas aux effusions sentimentales. Quant au mot neutralisation, j'en sais mieux que toi, en tout cas, j'en mesure mieux que toi le sens et la portée. Tu y penses à L'Afrique, quelquefois ? Tiens, regarde là ! Pas besoin de carte épinglée au mur. Elle est gravée sur la paume de mes mains.
Ici, la Rhodésie du Nord, son cœur le Copper belt, la Ceinture de Cuivre, terre silencieuse, sauf de temps en temps, un juron de contremaître un aboi de chien policier, le gargouillement du colt, c'est un nègre qu'on abat, et qui tombe sans mot dire. Regarde, à côté, la Rhodésie du Sud, je veux dire des millions de nègres spoliés, dépossédés, parqués dans les townships.
Là l'Angola ! Principale exportation ; ni le sucre ni le café, mais des esclaves ! Oui, mon colonel des esclaves ! Deux cent mille hommes livrés chaque année aux mines de l'Afrique du Sud contre du bon argent qui tombe tout frais dans les caisses vides de papa Salazar ! Y pendant comme un haillon, cet îlot, ce rocher, San Tomé sa petitesse bouffe du nègre que c'en est incroyable ! Par millier ! Par millions ! C'est le bagne de l'Afrique !
Nous allons étudier un extrait de la scène 11 de « Une saison au Congo » de Césaire. Après l'indépendance, Lumumba, qui a pourtant été premier ministre, a été destitué. Il est aujourd'hui pour ainsi dire prisonnier et se retrouve face à face avec celui qu'il a nommé chef de l'armée et qui a pris le pouvoir. Dans le but d'étudier à quel point Lumumba dans cette scène exprime son attachement à l'Afrique, nous verrons dans un premier temps la dénonciation des maux dont l'Afrique souffre, puis, en second lieu, le personnage au sens de visionnaire et libérateur du pays...
Texte étudié :
Villa de Lumumba, investie par les paras de Mokutu.
Lumumba
Merci d'être venu, merci d'avoir pensé comme moi que j'avais droit à une explication.
Mokutu
Je m'étonne d'avoir à expliquer l'évidence ! Guerre civile, guerre étrangère, anarchie, j'estimais que tu coûtais trop cher au Congo, Patrice !
Lumumba
Es-tu sincère ? Crois-tu vraiment sauver le Congo ? Et il ne te vient pas à l'esprit qu'en sapant ses institutions, en ruinant sa légalité, au moment même où le pays se constitue en État, tu lui fais courir le plus mortel danger !
Mokutu
Il est certain que tu aurais pu, en t'en allant de toi-même, nous faciliter la tâche. Mais il y a des choses que l'on ne peut attendre d'un politicien ; Alors, je t'écarte! J'ai décidé de neutraliser le pouvoir !
Lumumba
Excuse-moi ! En politique, quand j'entends un de ces grands mots techniques, je me braque, et je cherche toujours quelle infamie ça cache. Concrètement, où veux-tu en venir ?
Mokutu
Rien de plus simple. Le président de la République démet le Premier ministre. Le Premier ministre riposte en démettant le président de la République. Moi, je les démets tous les deux ! J'écarte les politiciens !
Lumumba
En bref, tu prends le pouvoir ! Après tout tu n'auras pas été le premier colonel à faire un coup d'État. Mais attention, Mokutu ! Le jour où n'importe quel traîneur de sabre, n'importe quel porteur de galons, n'importe quel manieur de stick se croira le droit de faire main basse sur le pouvoir, ce jour-là, c'en sera fait de la patrie.
Un État ? Non ! Une foire d'empoigne ! Cette responsabilité, es-tu prêt à l'assumer ?
Je ne permets à personne de mettre en doute mon honnêteté. Militaire je suis, militaire je resterai. Je confie le pouvoir à un collège de commissaires, jusqu'au retour de l'ordre. Pair ailleurs je sonne l'ordre à l'armée de stopper toute avance vers le Kasaï, et de rentrer dans ses cantonnements. Nous aurons assez de travail à Léopoldville.
Lumumba
Mokutu, je n'évoquerai pas notre amitié, nos luttes communes, mais...
Mokutu
Oh ! Ne me parle pas du passé ! C'est vrai ! Je t'ai aidé à sortir de prison. J'ai été à tes côtés à la Table Ronde de Bruxelles. Nuit et jour, j'ai alerté l'opinion publique en ta faveur. Cinq ans d'amitié, de camaraderie, mais à présent, nos voies divergent. Ce que j'appelle ta « neutralisation », signifie que sans sacrifier notre amitié, j'entends qu'elle n'empêche pas que j'accomplisse mon devoir de citoyen et de patriote congolais.
Lumumba
Tu as raison, l'heure n'est pas aux effusions sentimentales. Quant au mot neutralisation, j'en sais mieux que toi, en tout cas, j'en mesure mieux que toi le sens et la portée. Tu y penses à L'Afrique, quelquefois ? Tiens, regarde là ! Pas besoin de carte épinglée au mur. Elle est gravée sur la paume de mes mains.
Ici, la Rhodésie du Nord, son cœur le Copper belt, la Ceinture de Cuivre, terre silencieuse, sauf de temps en temps, un juron de contremaître un aboi de chien policier, le gargouillement du colt, c'est un nègre qu'on abat, et qui tombe sans mot dire. Regarde, à côté, la Rhodésie du Sud, je veux dire des millions de nègres spoliés, dépossédés, parqués dans les townships.
Là l'Angola ! Principale exportation ; ni le sucre ni le café, mais des esclaves ! Oui, mon colonel des esclaves ! Deux cent mille hommes livrés chaque année aux mines de l'Afrique du Sud contre du bon argent qui tombe tout frais dans les caisses vides de papa Salazar ! Y pendant comme un haillon, cet îlot, ce rocher, San Tomé sa petitesse bouffe du nègre que c'en est incroyable ! Par millier ! Par millions ! C'est le bagne de l'Afrique !
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