Italo Calvino : Si par une nuit d'hiver un voyageur : Incipit
- Vous allez pouvoir accéder au commentaire de l'"Incipit" du roman "Si par une nuit d'hiver un voyageur" d'"Italo Calvino".
- Ce fichier contient un commentaire composé détaillé avec TROIS parties principales, une introduction et une conclusion.
- PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :
Nous allons étudier l'Incipit de « Si par une nuit d'hiver un voyageur » de Calvino. C'est un auteur italien du XXème siècle né à Santiago en 1923. Il a écrit beaucoup de contes humoristiques et fantaisistes. Ce texte nous propose un nouveau type de communication qui remet en cause le roman en tant que tel, en mettant en avant la valeur informative et constructive du signe. Dans le but d'étudier ce passage, nous verrons dans un premier temps, l'illusion référentielle et la réalité textuelle, puis, en second lieu, nous analyserons la lecture de ce début de roman et l'identifierons, enfin dans une dernière partie, nous dégagerons l'effet pastiche du texte...
Texte étudié :
Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l'ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa. Sans l'odeur de gare passe une bouffée d'odeur de buffet. Quelqu'un regarde à travers les vitres embuées, vers des yeux de myope ou que des escarbilles ont irrités. Ce sont les pages du livre qui sont embuées, comme les vitres d'un vieux train ; c'est sur les phrases que se pose le nuage de fumée. Soir pluvieux ; l'homme entre dans le bar, déboutonne son pardessus humide, un nuage de vapeur l'enveloppe ; un coup de sifflet s'éloigne le long des voies luisantes de pluie à perte de vue.
Quelque chose comme un sifflet de locomotive et un jet de vapeur sortent du percolateur que le vieil employé met sous pression comme il lancerait un signal ; c'est du moins ce qui résulte de la succession des phrases du second alinéa, où les joueurs attablés replient conte leur poitrine l'éventail de leurs cartes et se tournent vers le nouveau venu avec une triple torsion du cou, des épaules et de leur chaise, tandis que d'autres consommateurs au comptoir soulèvent leurs petites tasses et soufflent à la surface du café, les lèvres et les yeux entrouverts, ou bien aspirent le trop-plein de leurs chopes de bière avec des précautions extrêmes, pour ne rien laisser déborder. Le chat fait le gros dos, la caissière ferme la caisse enregistreuse, qui fait drin. Tous signes qui tendent à vous informer qu'il s'agit d'une de ces petites gares de province, où celui qui arrive est aussitôt remarqué.
Les gares se ressemblent toutes ; peu importe que les lampes ne parviennent pas à éclairer au-delà d'un halo imprécis ; c'est une atmosphère que tu connais par cœur, avec son odeur de train qui subsiste bien après le départ de tous les trains, l'odeur spéciale des gares après le départ du dernier train. Les lumières de la gare et les phrases que tu lis semblent avoir la tâche de dissoudre les choses plus que de les monter ; tout émerge d'un voile d'obscurité et de brouillard. Cette gare, j'y ai débarqué ce soir pour la première fois, et il me semble déjà y avoir passé toute une vie, entrant et sortant de ce bar, passant de l'odeur de la verrière à celle sciure mouillée des toilettes, le tout mélangé dans une unique odeur qui est celle de l'attente, l'odeur des cabines téléphoniques quand il ne reste plus qu'à récupérer les jetons puisque le numéro ne donne pas signe de vie.
L'homme qui va et vient entre le bar et la cabine téléphonique, c'est moi ; Ou plutôt ; cet homme s'appelle « moi », et tu ne sais rien d'autre de lui, juste comme cette gare s'appelle seulement « gare », et en dehors d'elle il n'existe rien d'autre que le signal sans réponse d'un téléphone qui sonne dans une pièce obscure d'une ville lointaine. Je raccroche, j'attends le crépitement de la ferraille qui descend à travers la gorge de métal, de nouveau je pousse la porte vitrée, je me dirige vers les tasses mises à sécher en piles dans un nuage de vapeur.
Nous allons étudier l'Incipit de « Si par une nuit d'hiver un voyageur » de Calvino. C'est un auteur italien du XXème siècle né à Santiago en 1923. Il a écrit beaucoup de contes humoristiques et fantaisistes. Ce texte nous propose un nouveau type de communication qui remet en cause le roman en tant que tel, en mettant en avant la valeur informative et constructive du signe. Dans le but d'étudier ce passage, nous verrons dans un premier temps, l'illusion référentielle et la réalité textuelle, puis, en second lieu, nous analyserons la lecture de ce début de roman et l'identifierons, enfin dans une dernière partie, nous dégagerons l'effet pastiche du texte...
Texte étudié :
Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l'ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa. Sans l'odeur de gare passe une bouffée d'odeur de buffet. Quelqu'un regarde à travers les vitres embuées, vers des yeux de myope ou que des escarbilles ont irrités. Ce sont les pages du livre qui sont embuées, comme les vitres d'un vieux train ; c'est sur les phrases que se pose le nuage de fumée. Soir pluvieux ; l'homme entre dans le bar, déboutonne son pardessus humide, un nuage de vapeur l'enveloppe ; un coup de sifflet s'éloigne le long des voies luisantes de pluie à perte de vue.
Quelque chose comme un sifflet de locomotive et un jet de vapeur sortent du percolateur que le vieil employé met sous pression comme il lancerait un signal ; c'est du moins ce qui résulte de la succession des phrases du second alinéa, où les joueurs attablés replient conte leur poitrine l'éventail de leurs cartes et se tournent vers le nouveau venu avec une triple torsion du cou, des épaules et de leur chaise, tandis que d'autres consommateurs au comptoir soulèvent leurs petites tasses et soufflent à la surface du café, les lèvres et les yeux entrouverts, ou bien aspirent le trop-plein de leurs chopes de bière avec des précautions extrêmes, pour ne rien laisser déborder. Le chat fait le gros dos, la caissière ferme la caisse enregistreuse, qui fait drin. Tous signes qui tendent à vous informer qu'il s'agit d'une de ces petites gares de province, où celui qui arrive est aussitôt remarqué.
Les gares se ressemblent toutes ; peu importe que les lampes ne parviennent pas à éclairer au-delà d'un halo imprécis ; c'est une atmosphère que tu connais par cœur, avec son odeur de train qui subsiste bien après le départ de tous les trains, l'odeur spéciale des gares après le départ du dernier train. Les lumières de la gare et les phrases que tu lis semblent avoir la tâche de dissoudre les choses plus que de les monter ; tout émerge d'un voile d'obscurité et de brouillard. Cette gare, j'y ai débarqué ce soir pour la première fois, et il me semble déjà y avoir passé toute une vie, entrant et sortant de ce bar, passant de l'odeur de la verrière à celle sciure mouillée des toilettes, le tout mélangé dans une unique odeur qui est celle de l'attente, l'odeur des cabines téléphoniques quand il ne reste plus qu'à récupérer les jetons puisque le numéro ne donne pas signe de vie.
L'homme qui va et vient entre le bar et la cabine téléphonique, c'est moi ; Ou plutôt ; cet homme s'appelle « moi », et tu ne sais rien d'autre de lui, juste comme cette gare s'appelle seulement « gare », et en dehors d'elle il n'existe rien d'autre que le signal sans réponse d'un téléphone qui sonne dans une pièce obscure d'une ville lointaine. Je raccroche, j'attends le crépitement de la ferraille qui descend à travers la gorge de métal, de nouveau je pousse la porte vitrée, je me dirige vers les tasses mises à sécher en piles dans un nuage de vapeur.
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