Romain Gary : La Promesse de l'aube : Chapitre 1
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- Ce fichier contient un commentaire composé détaillé avec TROIS parties principales, une introduction et une conclusion.
- PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :
Nous allons étudier un extrait de « La Promesse de l'aube » de Romain Gary. Nous pourrions donner à ce passage le titre suivant, « visite de sa mère, rencontre d'une mère et d'un fils ». C'est un texte d'anticipation, d'engagement si l'on se réfère à la promesse que l'auteur s'est faite à lui-même, « je pensais à toutes les batailles que j'allais livrer pour elle, à la promesse que je m'étais faite à l'aube de ma vie, de lui rendre justice ». Le premier paragraphe correspond au retour, le second au début du récit marqué par le passé, il doit avoir environ 20 ans. Dans un premier temps, nous allons étudier la rencontre d'une mère et de son fils, en second lieu, la prise de conscience de Romain Gary, puis en dernier point, nous dégagerons les caractéristiques de l'autobiographie, de ce récit rétrospectif...
Texte étudié :
Je l'ai vue descendre du taxi, devant la cantine, la canne à la main, une gauloise aux lèvres et, sous le regard goguenard des troufions, elle m'ouvrit ses bras d'un geste théâtral, attendant que son fils s'y jetât, selon la meilleure tradition.
J'allai vers elle avec désinvolture, roulant un peu les épaules, la casquette sur l'oeil, les mains dans les poches de cette veste de cuir qui avait tant fait pour le recrutement de jeunes gens dans l'aviation, irrité et embarrassé par cette irruption inadmissible d'une mère dans l'univers viril où je jouissais d'une réputation péniblement acquise de « dur », de « vrai » et de « tatoué ».
Je l'embrassai avec toute la froideur amusée dont j'étais capable et tentai en vain de la manoeuvrer habilement derrière le taxi, afin de la dérober aux regards, mais elle fit simplement un pas en arrière, pour mieux m'admirer et le visage radieux, les yeux émerveillés, une main sur le coeur, aspirant bruyamment l'air par le nez, ce qui était toujours chez elle un signe d'intense satisfaction, elle s'exclama, d'une voix que tout le monde entendit, et avec un fort accent russe :
- Guynemer ! Tu seras un second Guynemer ! Tu verras, ta mère a toujours raison !
Je sentis le sang me brûler la figure, j'entendis les rires derrière mon dos, et déjà, avec un geste menaçant de la canne vers la soldatesque hilare étalée devant le café, elle proclamait, sur le mode inspiré :
- Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d'Annunzio, Ambassadeur de France- tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'armée de l'air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
- Alors, tu as honte de ta vieille mère ?
D'un seul coup, tous les oripeaux de fausse virilité, de vanité, de dureté, dont je m'étais si laborieusement paré, tombèrent à mes pieds ; j'entourai ses épaules de mon bras, cependant que, de ma main libre, j'esquissais, à l'intention de mes camarades, ce geste expressif, le médius soutenu par le pouce et animé d'un mouvement vertical de va-et-vient, dont le sens, je le sus par la suite, était connu des soldats du monde entier, avec cette différence qu'en Angleterre, deux doigts étaient requis là où un seul suffisait, dans les pays latins - c'est une question de tempérament.
Je n'entendais plus les rires, je ne voyais plus les regards moqueurs, j'entourais ses épaules de mon bras et je pensais à toutes les batailles que j'allais livrer pour elle à la promesse que je m'étais faite, à l'aube de ma vie, de lui rendre justice, de donner un sens à son sacrifice et de revenir un jour à la maison, après avoir disputé victorieusement la possession du monde à ceux dont j'avais si bien appris à connaître, dès mes premiers pas, la puissance et la cruauté.
Nous allons étudier un extrait de « La Promesse de l'aube » de Romain Gary. Nous pourrions donner à ce passage le titre suivant, « visite de sa mère, rencontre d'une mère et d'un fils ». C'est un texte d'anticipation, d'engagement si l'on se réfère à la promesse que l'auteur s'est faite à lui-même, « je pensais à toutes les batailles que j'allais livrer pour elle, à la promesse que je m'étais faite à l'aube de ma vie, de lui rendre justice ». Le premier paragraphe correspond au retour, le second au début du récit marqué par le passé, il doit avoir environ 20 ans. Dans un premier temps, nous allons étudier la rencontre d'une mère et de son fils, en second lieu, la prise de conscience de Romain Gary, puis en dernier point, nous dégagerons les caractéristiques de l'autobiographie, de ce récit rétrospectif...
Texte étudié :
Je l'ai vue descendre du taxi, devant la cantine, la canne à la main, une gauloise aux lèvres et, sous le regard goguenard des troufions, elle m'ouvrit ses bras d'un geste théâtral, attendant que son fils s'y jetât, selon la meilleure tradition.
J'allai vers elle avec désinvolture, roulant un peu les épaules, la casquette sur l'oeil, les mains dans les poches de cette veste de cuir qui avait tant fait pour le recrutement de jeunes gens dans l'aviation, irrité et embarrassé par cette irruption inadmissible d'une mère dans l'univers viril où je jouissais d'une réputation péniblement acquise de « dur », de « vrai » et de « tatoué ».
Je l'embrassai avec toute la froideur amusée dont j'étais capable et tentai en vain de la manoeuvrer habilement derrière le taxi, afin de la dérober aux regards, mais elle fit simplement un pas en arrière, pour mieux m'admirer et le visage radieux, les yeux émerveillés, une main sur le coeur, aspirant bruyamment l'air par le nez, ce qui était toujours chez elle un signe d'intense satisfaction, elle s'exclama, d'une voix que tout le monde entendit, et avec un fort accent russe :
- Guynemer ! Tu seras un second Guynemer ! Tu verras, ta mère a toujours raison !
Je sentis le sang me brûler la figure, j'entendis les rires derrière mon dos, et déjà, avec un geste menaçant de la canne vers la soldatesque hilare étalée devant le café, elle proclamait, sur le mode inspiré :
- Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d'Annunzio, Ambassadeur de France- tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'armée de l'air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
- Alors, tu as honte de ta vieille mère ?
D'un seul coup, tous les oripeaux de fausse virilité, de vanité, de dureté, dont je m'étais si laborieusement paré, tombèrent à mes pieds ; j'entourai ses épaules de mon bras, cependant que, de ma main libre, j'esquissais, à l'intention de mes camarades, ce geste expressif, le médius soutenu par le pouce et animé d'un mouvement vertical de va-et-vient, dont le sens, je le sus par la suite, était connu des soldats du monde entier, avec cette différence qu'en Angleterre, deux doigts étaient requis là où un seul suffisait, dans les pays latins - c'est une question de tempérament.
Je n'entendais plus les rires, je ne voyais plus les regards moqueurs, j'entourais ses épaules de mon bras et je pensais à toutes les batailles que j'allais livrer pour elle à la promesse que je m'étais faite, à l'aube de ma vie, de lui rendre justice, de donner un sens à son sacrifice et de revenir un jour à la maison, après avoir disputé victorieusement la possession du monde à ceux dont j'avais si bien appris à connaître, dès mes premiers pas, la puissance et la cruauté.
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