Romain Gary : La Promesse de l'aube : Chapitre 34
- Vous allez pouvoir accéder au commentaire d'un extrait du "Chapitre 34" de "La Promesse de l'aube" de "Romain Gary".
- Ce fichier contient un commentaire composé détaillé avec DEUX parties principales, une introduction et une conclusion.
- PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :
Nous allons étudier un extrait de « La Promesse de l'aube » de Romain Gary tiré du chapitre XXXIV. L'auteur refuse de rester sur un bateau anglais, il saute dans l'eau pour rejoindre le bateau français. Il est toujours comédien dans son écriture. Nous n'avons pas vraiment d'unité dans le passage, en revanche il y a une rupture du ton nostalgique sur la fin. Dans le but d'étudier cet extrait, nous étudierons dans un premier temps le souvenir personnel, puis en second lieu, nous verrons en quoi et comment il tente de rendre hommage à ses frères...
Texte étudié :
Il y avait deux kilomètres à parcourir, et la fraîcheur de l'eau aidant, je me calmai un peu ; Après tout, je n'allais pas me battre pour L'Angleterre. Le coup bas qu'il nous avait porté était inexcusable, mais il prouvait au moins qu'elle avait la volonté bien arrêtée de continuer la guerre. Je décidai qu'il n'y avait pas lieu de changer mes plans et que je devais me rendre en Angleterre, malgré les anglais. J'étais cependant déjà à deux cents mètres du bateau français et j'avais besoin de souffler un peu avant de refaire les deux kilomètres en sens inverse.
Je crachai donc en l'air - je nage toujours sur le dos - et m'étant ainsi débarrassé de l'amiral britannique, Lord de Mers e-Kébir, je continuai à faire route vers l'aviso. Je nageai jusqu'à l'échelle et grimpai à bord. Un sergent aviateur était assis sur le pont et épluchait des patates ; Il me regarda sortir tout nu de l'eau sans manifester la moindre surprise. Lorsqu'on a vu la France perdre la guerre et la Grande-Bretagne couler la flotte de son alliée, rien ne doit plus vous surprendre.
- Ça va ? Me demanda-t-il poliment.
Je lui expliquai ma situation et appris à mon tour que l'aviso se rendait en Angleterre, avec douze sergents aviateurs à bord, rejoignant le général de Gaulle. Nous fûmes d'accord pour condamner l'attitude de la flotte britannique et d'accord également pour en tirer la conclusion que les anglais allaient continuer la guerre et refuser de signer l'armistice avec les Allemands, ce qui était, après tout, la seule chose qui comptait.
Le sergent Caneppa - le lieutenant colonel Caneppa, compagnon de la libération, commandeur de la Légion d'honneur, douze fois cité, devait tomber au combat dix-huit ans plus tard, en Algérie, après s'être battu, sans interruption sur tous les fronts où la France a perdu son sang - le sergent Caneppa me proposa donc de rester à bord, pour m'éviter de naviguer sous pavillon britannique, se déclarant d'autant plus enchanté de ma présence que cela faisait une recrue de plus pour la corvée de patates. Je méditai avec la gravité qui convenait sur ce facteur nouveau et imprévu et décidai que, quelle que fût mon indignation contre les Anglais, je préférais effectuer la traversée sous leur pavillon plutôt que d'avoir à me livrer à des travaux ménagers, si contraires à ma nature inspirée. Je lui fis donc un petit geste amical et me replongeai dans les flots.
Le voyage de Gibraltar à Glasgow dura dix-sept jours et je découvris que le bateau transportait d'autres « déserteurs » français ; Nous fîmes connaissance ; Il y avait là Chatoux, abattu depuis au dessus de la mer du Nord ; Gentil, qui devait tomber avec son Hurricane dans un combat à un contre dix ; Loustreau, tombé en Crète ; les deux frères Langer, dont le cadet fut mon pilote, avant d'être tué par la foudre en plein vol, dans le ciel africain, et dont l'aîné vit toujours Mylski-Latour, qui devait changer son nom en Latour-Prendsgarde, et qui devait tomber avec son Beaufighter, je crois, au large de la Norvège ; il y avait le Marseillais Rabinovith, dit Olive tué à l'entraînement ; Carnac, qui a sauté avec ses bombes sur la Ruhr ; Stone, l'imperturbable, qui vole toujours ; d'autres encore, aux noms plus ou moins fictifs, inventés pour protéger leurs familles restées en France, ou simplement pour tourner la page sur le passé, mais parmi tous les insoumis présents à bord de l'Oakrest, il y en avait un, surtout dont le nom ne cessera jamais de répondre dans mon coeur à toutes les questions, à tous les doutes et à tous les découragements.
Il s'appelait Bouquillard et à trente-cinq ans, était de loin notre aîné. Plutôt petit, un peu voûté, coiffé d'un éternel béret, avec des yeux bruns dans un long visage amical, son calme et sa douceur cachaient un de ces flammes qui font parfois de la France l'endroit du monde le mieux éclairé.
Il devint le premier « as » français de la bataille d'Angleterre, avant de tomber après sa sixième victoire, et vingt pilotes debout dans la salle d'opérations, les yeux rivés à la gueule noir du haut-parleur, l'entendirent chanter jusqu'à l'explosion finale le grand refrain français, et alors que je griffonne ces lignes, face à l'océan, dont le tumulte a couvert tant d' appels, tant d'autres défis, voilà que le chant monte tout seul à mes lèvres et que j'essaye de faire renaître ainsi un passé, une voix, un ami, et le voilà qui se lève à nouveau vivant et souriant à côté de moi et il me faut toute la solitude de Big Sur pour lui faire de la place.
Il n'a pas sa rue à Paris, mais pour moi toutes les rues de France portent son nom.
Nous allons étudier un extrait de « La Promesse de l'aube » de Romain Gary tiré du chapitre XXXIV. L'auteur refuse de rester sur un bateau anglais, il saute dans l'eau pour rejoindre le bateau français. Il est toujours comédien dans son écriture. Nous n'avons pas vraiment d'unité dans le passage, en revanche il y a une rupture du ton nostalgique sur la fin. Dans le but d'étudier cet extrait, nous étudierons dans un premier temps le souvenir personnel, puis en second lieu, nous verrons en quoi et comment il tente de rendre hommage à ses frères...
Texte étudié :
Il y avait deux kilomètres à parcourir, et la fraîcheur de l'eau aidant, je me calmai un peu ; Après tout, je n'allais pas me battre pour L'Angleterre. Le coup bas qu'il nous avait porté était inexcusable, mais il prouvait au moins qu'elle avait la volonté bien arrêtée de continuer la guerre. Je décidai qu'il n'y avait pas lieu de changer mes plans et que je devais me rendre en Angleterre, malgré les anglais. J'étais cependant déjà à deux cents mètres du bateau français et j'avais besoin de souffler un peu avant de refaire les deux kilomètres en sens inverse.
Je crachai donc en l'air - je nage toujours sur le dos - et m'étant ainsi débarrassé de l'amiral britannique, Lord de Mers e-Kébir, je continuai à faire route vers l'aviso. Je nageai jusqu'à l'échelle et grimpai à bord. Un sergent aviateur était assis sur le pont et épluchait des patates ; Il me regarda sortir tout nu de l'eau sans manifester la moindre surprise. Lorsqu'on a vu la France perdre la guerre et la Grande-Bretagne couler la flotte de son alliée, rien ne doit plus vous surprendre.
- Ça va ? Me demanda-t-il poliment.
Je lui expliquai ma situation et appris à mon tour que l'aviso se rendait en Angleterre, avec douze sergents aviateurs à bord, rejoignant le général de Gaulle. Nous fûmes d'accord pour condamner l'attitude de la flotte britannique et d'accord également pour en tirer la conclusion que les anglais allaient continuer la guerre et refuser de signer l'armistice avec les Allemands, ce qui était, après tout, la seule chose qui comptait.
Le sergent Caneppa - le lieutenant colonel Caneppa, compagnon de la libération, commandeur de la Légion d'honneur, douze fois cité, devait tomber au combat dix-huit ans plus tard, en Algérie, après s'être battu, sans interruption sur tous les fronts où la France a perdu son sang - le sergent Caneppa me proposa donc de rester à bord, pour m'éviter de naviguer sous pavillon britannique, se déclarant d'autant plus enchanté de ma présence que cela faisait une recrue de plus pour la corvée de patates. Je méditai avec la gravité qui convenait sur ce facteur nouveau et imprévu et décidai que, quelle que fût mon indignation contre les Anglais, je préférais effectuer la traversée sous leur pavillon plutôt que d'avoir à me livrer à des travaux ménagers, si contraires à ma nature inspirée. Je lui fis donc un petit geste amical et me replongeai dans les flots.
Le voyage de Gibraltar à Glasgow dura dix-sept jours et je découvris que le bateau transportait d'autres « déserteurs » français ; Nous fîmes connaissance ; Il y avait là Chatoux, abattu depuis au dessus de la mer du Nord ; Gentil, qui devait tomber avec son Hurricane dans un combat à un contre dix ; Loustreau, tombé en Crète ; les deux frères Langer, dont le cadet fut mon pilote, avant d'être tué par la foudre en plein vol, dans le ciel africain, et dont l'aîné vit toujours Mylski-Latour, qui devait changer son nom en Latour-Prendsgarde, et qui devait tomber avec son Beaufighter, je crois, au large de la Norvège ; il y avait le Marseillais Rabinovith, dit Olive tué à l'entraînement ; Carnac, qui a sauté avec ses bombes sur la Ruhr ; Stone, l'imperturbable, qui vole toujours ; d'autres encore, aux noms plus ou moins fictifs, inventés pour protéger leurs familles restées en France, ou simplement pour tourner la page sur le passé, mais parmi tous les insoumis présents à bord de l'Oakrest, il y en avait un, surtout dont le nom ne cessera jamais de répondre dans mon coeur à toutes les questions, à tous les doutes et à tous les découragements.
Il s'appelait Bouquillard et à trente-cinq ans, était de loin notre aîné. Plutôt petit, un peu voûté, coiffé d'un éternel béret, avec des yeux bruns dans un long visage amical, son calme et sa douceur cachaient un de ces flammes qui font parfois de la France l'endroit du monde le mieux éclairé.
Il devint le premier « as » français de la bataille d'Angleterre, avant de tomber après sa sixième victoire, et vingt pilotes debout dans la salle d'opérations, les yeux rivés à la gueule noir du haut-parleur, l'entendirent chanter jusqu'à l'explosion finale le grand refrain français, et alors que je griffonne ces lignes, face à l'océan, dont le tumulte a couvert tant d' appels, tant d'autres défis, voilà que le chant monte tout seul à mes lèvres et que j'essaye de faire renaître ainsi un passé, une voix, un ami, et le voilà qui se lève à nouveau vivant et souriant à côté de moi et il me faut toute la solitude de Big Sur pour lui faire de la place.
Il n'a pas sa rue à Paris, mais pour moi toutes les rues de France portent son nom.
- Pour accéder au document,
- CLIQUEZ sur le drapeau correspondant à votre pays en bas de page.
- Une fenêtre s'ouvre, appelez ensuite le numéro de téléphone qui s'affiche (vous pouvez appeler à partir de n'importe quel poste, cet appel vous est facturé 1.80EUR).
- Suivez bien les instructions qui vont vous être indiquées au téléphone. Notez bien le CODE que l'on va vous communiquer sur un morceau de papier par exemple.
- Entrez ensuite ce code dans le CHAMP en bas de page (en dessous des drapeaux) puis cliquez sur le bouton "Envoyer".
- Vous accédez alors au document souhaité. Si vous rencontrez des problèmes, contactez-nous.