Romain Gary : La Promesse de l'aube : Chapitre 42
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- Ce fichier contient un commentaire composé détaillé avec TROIS parties principales, une introduction et une conclusion.
- PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :
Nous allons étudier un extrait de « La Promesse de l'aube » de Romain Gary, tiré du chapitre 42. L'objectif de l'auteur est de retrouver sa mère. Il parle de la fin de son récit qu'il va cesser d'écrire au présent d'énonciation. Cette autobiographe va s'arrêter dans le récit de sa vie à 44 ans. Cela correspond à la découverte de la mort de sa mère. Dans cet extrait, la mère lui parle par l'écriture, elle efface sa mort en quelque sorte, on a l'impression qu'elle est encore vivante ; écrire et vaincre la mort pour maintenir leur amour en vie. Romain Gary se remémore la dernière visite à sa mère. Il en fait une reconstitution. Il y a plusieurs phrases, attentes, déceptions, douleurs qui contribuent à mettre en évidence ses motivations. Les quatre pages suivantes font le bilan de ce qu'est son état d'esprit. Dans le but d'étudier ce passage, nous verrons dans un premier temps, comment l'écrivain reconstitue l'atmosphère à ce moment, puis en second lieu, la façon dont Romain Gary participe à la joie du retour à la maison, enfin, nous ferons un bilan du travail autobiographique...
Texte étudié :
Victoire, homme, victoire ! Nous reprenions enfin possession du monde et chaque tank renversé ressemblait à la carcasse d'un dieu abattu. Des goumiers accroupis, aux visages aigus et jaunes sous le turban du chèche, faisaient cuire un boeuf entier sur un feu de bois ; dans les vignes bouleversées, une queue d'avion était plantée comme une épée brisée, et, parmi les oliviers, sous les cyprès, des casemates de ciment borgnes, un canon mort pendait parfois avec son oeil bête et rond de vaincu.
Debout, dans la jeep, dans ce paysage où les oliviers, les vignes, les orangers semblaient accourus de toutes parts pour m'accueillir, et où les trains reversés, les ponts écroulés, les barbelés tordus et emmêlés comme des haines mortes étaient à chaque tournant balayés par clarté, ce fut seulement sur les pontons du Var que je cessai de voir les mains, les visages que je ne cherchai plus à reconnaître les mille coins familiers, que je ne répondis plus aux signes joyeux des femmes et des enfants, et que je demeurai là, debout accroché au pare-brise, tendu tout entier vers la ville qui approchait, vers le quartier, la maison, la silhouette aux bras ouverts qui devait m'attendre déjà sous le drapeau victorieux.
Je devrais interrompre ici ce récit. Je n'écris pas pour jeter une ombre plus grande sur la terre. Il m'en coûte de continuer et je vais le faire le plus rapidement possible, en ajoutant vite ces quelques mots, pour que tout soit fini et pour que je puisse laisser retomber ma tête sur le sable, au bord de l'océan, dans la solitude de Big Sur où j'ai essayé en vain de fuir la promesse de finir ce récit.
A l'hôtel-pension Mermonts où je fis arrêter la jeep, il n'y avait personne pour m'accueillir. On y avait vaguement entendu parler de ma mère, mais on ne la connaissait pas. Mes amis étaient dispersés. Il me fallut plusieurs heures pour connaître la vérité. Ma mère était morte trois ans et demi auparavant, quelques mois après mon départ pour l'Angleterre.
Mais elle savait bien que je ne pouvais pas tenir debout sans me sentir soutenu par elle et elle avait pris ses précautions.
Au cours des derniers jours qui avaient précédé sa mort, elle avait écrit près de deux cent cinquante lettres, qu'elle avait fait parvenir à son amie en Suisse. Je ne devais pas savoir - les lettres devaient m'être expédiées régulièrement - c'était cela, sans doute, qu'elle combinait avec amour, lorsque j'avais saisi cette expression de ruse dans son regard, à la clinique Saint-Antoine, où j'étais venu la voir pour la dernière fois.
Nous allons étudier un extrait de « La Promesse de l'aube » de Romain Gary, tiré du chapitre 42. L'objectif de l'auteur est de retrouver sa mère. Il parle de la fin de son récit qu'il va cesser d'écrire au présent d'énonciation. Cette autobiographe va s'arrêter dans le récit de sa vie à 44 ans. Cela correspond à la découverte de la mort de sa mère. Dans cet extrait, la mère lui parle par l'écriture, elle efface sa mort en quelque sorte, on a l'impression qu'elle est encore vivante ; écrire et vaincre la mort pour maintenir leur amour en vie. Romain Gary se remémore la dernière visite à sa mère. Il en fait une reconstitution. Il y a plusieurs phrases, attentes, déceptions, douleurs qui contribuent à mettre en évidence ses motivations. Les quatre pages suivantes font le bilan de ce qu'est son état d'esprit. Dans le but d'étudier ce passage, nous verrons dans un premier temps, comment l'écrivain reconstitue l'atmosphère à ce moment, puis en second lieu, la façon dont Romain Gary participe à la joie du retour à la maison, enfin, nous ferons un bilan du travail autobiographique...
Texte étudié :
Victoire, homme, victoire ! Nous reprenions enfin possession du monde et chaque tank renversé ressemblait à la carcasse d'un dieu abattu. Des goumiers accroupis, aux visages aigus et jaunes sous le turban du chèche, faisaient cuire un boeuf entier sur un feu de bois ; dans les vignes bouleversées, une queue d'avion était plantée comme une épée brisée, et, parmi les oliviers, sous les cyprès, des casemates de ciment borgnes, un canon mort pendait parfois avec son oeil bête et rond de vaincu.
Debout, dans la jeep, dans ce paysage où les oliviers, les vignes, les orangers semblaient accourus de toutes parts pour m'accueillir, et où les trains reversés, les ponts écroulés, les barbelés tordus et emmêlés comme des haines mortes étaient à chaque tournant balayés par clarté, ce fut seulement sur les pontons du Var que je cessai de voir les mains, les visages que je ne cherchai plus à reconnaître les mille coins familiers, que je ne répondis plus aux signes joyeux des femmes et des enfants, et que je demeurai là, debout accroché au pare-brise, tendu tout entier vers la ville qui approchait, vers le quartier, la maison, la silhouette aux bras ouverts qui devait m'attendre déjà sous le drapeau victorieux.
Je devrais interrompre ici ce récit. Je n'écris pas pour jeter une ombre plus grande sur la terre. Il m'en coûte de continuer et je vais le faire le plus rapidement possible, en ajoutant vite ces quelques mots, pour que tout soit fini et pour que je puisse laisser retomber ma tête sur le sable, au bord de l'océan, dans la solitude de Big Sur où j'ai essayé en vain de fuir la promesse de finir ce récit.
A l'hôtel-pension Mermonts où je fis arrêter la jeep, il n'y avait personne pour m'accueillir. On y avait vaguement entendu parler de ma mère, mais on ne la connaissait pas. Mes amis étaient dispersés. Il me fallut plusieurs heures pour connaître la vérité. Ma mère était morte trois ans et demi auparavant, quelques mois après mon départ pour l'Angleterre.
Mais elle savait bien que je ne pouvais pas tenir debout sans me sentir soutenu par elle et elle avait pris ses précautions.
Au cours des derniers jours qui avaient précédé sa mort, elle avait écrit près de deux cent cinquante lettres, qu'elle avait fait parvenir à son amie en Suisse. Je ne devais pas savoir - les lettres devaient m'être expédiées régulièrement - c'était cela, sans doute, qu'elle combinait avec amour, lorsque j'avais saisi cette expression de ruse dans son regard, à la clinique Saint-Antoine, où j'étais venu la voir pour la dernière fois.
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