Brisville : Entretien entre M. Descartes et M. Pascal le jeune
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Nous allons étudier un texte de Brisville, intitulé « Entretien entre M. Descartes et M. Pascal le jeune » en date de 1986. Brisville est un auteur dramatique contemporain né en 1922. Nous étudierons le dialogue dans sa visée délibérative, son rôle dans l'éclaircissement des enjeux et la prise de décision. Dans cet extrait l'auteur imagine l'entretien de 1647 des deux philosophes, Descartes, alors âgé de 51 ans et à l'apogée de sa célébrité, et Pascal, l'auteur des Pensées, âgé de 24 ans, génie précoce déjà célèbre pour ses travaux mathématiques, mais préoccupé avant tout par les questions de foi religieuse qui devaient occuper la fin de sa vie. Deux visions du monde s'affrontent. Dans un premier temps, nous étudierons le débat entre Descartes et Pascal et leurs visions respectives puis en second lieu, l'évolution du personnage de Pascal...
Texte étudié :
Descartes - Pour moi, réfléchir à la mort, à l'infini et à l'éternité est un travail qui passe mon intelligence. Je ne voudrais pas abuser du peu de temps et de loisir qui me reste en l'employant à démêler de semblables difficultés.
Pascal - Vous ne misez que sur l'intelligence. Elle n'a en effet rien à faire en ces questions, et elle tient pour moi dans l'ordre des choses à comprendre le même rang que notre corps dans l'étendue de la nature. Autant dire le dernier.
Descartes - Que mettez vous en tête ?
Pascal - Un sentiment qui ne vous semble avoir atteint.
Descartes - Nommez-le.
Pascal - La misère de l'homme.
Descartes - Il m'a atteint tout comme vous, bien que d façon moins abstraite. A votre âge, on a vue rarement mourir les gens qu'on aime. Au mien, il n'en est pas de même. (Un temps). J'ai connu une femme en Hollande, une simple servante, et elle a su toucher mon cœur. La fille que j'eus d'elle et à laquelle nous donnâmes le nom de Francine avait cinq ans quand elle fut atteinte d'une fièvre scarlatine. Elle mourut le 7 septembre 1640. Je n'oublierai plus cette date. Elle est pour moi le jour de la plus affreuse douleur que j'eus jamais sentie.
Un temps.
Pascal (ému). Monsieur...
Descartes (bas). Je ne suis pas de ceux qui pensent que les larmes n'appartiennent qu'aux femmes.
Un temps.
Pascal - J'ai vu jadis pleurer un homme, et je ne sais pourquoi le souvenir m'en revient aujourd'hui. Mon père avait été député par le Cardinal pour réprimer une révolte de paysans qui avait éclaté en Normandie. Il s'y rendit avec les troupes du maréchal de Gassion. La levée des taxes fut rude ; J'avais dix sept ans à l'époque, et je crois que mon père... enfin, il était, par sa fermeté l'homme que requérait la situation. Ce jour-là, je l'avais, avec des soldats, accompagné dans un village. Un homme dont on avait saisi les biens et les instruments de travail s'avança pour plaider sa cause. Il ne put dire un mot. Les larmes l'étouffaient. (Un temps). Je n'en fus pas frappé sur l'instant. Je crois même que je me hâtai d'oublier cette scène. Il est vrai que j'étais alors fort occupé par la construction de ma machine arithmétique. (Un temps). Elle devait, dans mon intention, faciliter à mon père le calcul des impôts dont il avait la charge.
Un temps.
Descartes -Il est certaines gens qu'on ne voit pas.
Pascal - Certaines gens ?
Descartes - Tous ceux qui ne sont point de la société que nous fréquentons vous et moi.
Un temps.
Pascal - Oui, vous avez raison, je n'ai pas vue ce malheureux. Je le revois, mais je ne l'ai pas vu. Que Dieu me le pardonne.
Descartes - On ne peut faire attention à tout. Vous étiez tout occupé par votre invention. L'esprit ne peut se concentrer que sur un seul sujet.
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