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Dissertation de Philosophie (corrigé) : Le temps est-il nécessairement destructeur ?

En réfléchissant sur le temps, la première représentation qui nous vient en tête est l’écoulement, traduite par la corruption matérielle. Si la génération est rarement associée au temps, c’est parce qu’elle est plutôt ponctuelle, à la différence de l’écoulement qui implique une durée. La durée est mieux captée par la conscience, or la représentation physique de la durée se fait nécessairement par la corruption. S’il n’y avait pas corruption, nous ferions face à l’éternité, ce qui n’est pas la temporalité. C’est ainsi que le questionnement sur la nature destructrice du temps se pose. Par l’expérience de la matérialité, nous constatons que tout est passager. Nous remarquons dans le défilement des phénomènes qu’il y a un « il y avait », un irrattrapable. Certes, nous pouvons enregistrer les faits dans notre mémoire, mais cette dernière, à un moment s’avoue vaincue, l’oubli survient. Le temps a-t-il un pouvoir sur les choses, ou bien c’est nous-mêmes qui idéalisons le temps ? Pour résoudre ce problème, il faut premièrement expliciter en quoi le temps efface la matière et la mémoire. Deuxièmement, il nous faut voir que le temps n’est qu’une réalité abstraite, donc purement conceptuel, au même titre que la pensée.

I. Le temps et la destruction


1. Matière, mémoire et finitude


Premièrement, tout ce qui est corps est voué à la désagrégation. Tout ce qui a une apparence d’unité est déterminé à changer jusqu’à sa déstructuration totale. Selon une approche métaphysique, considérons comme Descartes, dans ses Principes de la philosophie, que le corps n’est que de l’étendue et du mouvant : « La nature de la matière, ou du corps pris en général, ne consiste point en ce qu’il est une chose dure, ou pesante, ou colorée, ou qui touche nos sens de quelque autre façon, mais seulement en ce qu’il est une substance étendue en longueur, largeur et profondeur ». La totalité d’un être est composée d’éléments qui sont maintenus dans une organisation par des forces d’attraction. Mais tôt ou tard, des forces extérieures plus intenses auront raison de cette cohésion interne et toute organisation se décomposera inévitablement. Telle est la nature de la matière. Même la mémoire, cette présence de la figure du passé, est imprimée sur de la matière. Tout signe (image, son,) est matière, les idées que l’on grave sur du concret disparaissent avec ce dernier. On parle de l’immortalité des légendes, tels les héros de l’Illiade, mais qui racontera encore ces mémoires lorsque les matières qui les portent ne seront plus ? En d’autres termes, la mémoire est encore supportée par la matière, bien que cette dernière soit de nature fugace.

2. L’absurdité de la lutte contre le temps


Nous avons conscience de notre finitude, et notre chair l’expérimente maintenant et le subira encore dans l’avenir. Et pourtant, nous essayons de ralentir, voire même fuir cette réalité. Une situation paradoxale, puisque c’est la conscience même de la finitude et sa résistance qui nous tuent. Les êtres vivants cherchent à prolonger la vie en s’entretuant, car s’il faut bien qu’un vivant garde sa vitalité, il faut se confronter à un autre et le détruire. Pour ce qui est des cas des hommes, nous essayons d’échapper au temps et à la destruction qu’elle apporte ; paradoxalement, nous contribuons inéluctablement à son accomplissement comme si nous l’accélérons. En effet, nous sommes les premiers responsables de la destruction de la matière, y compris notre corps, par tous les artifices visant à rallonger notre vie. L’histoire est le témoin à grand échelle de notre propre destruction même. En ce sens, puisque nous allons quand même nous détruire dans cette poursuite aveugle de l’immortalité, faire disparaitre l’humanité n’est-il pas un devoir en donnant un petit répit au reste de l’univers ? D’un côté, puisque le temps coule nécessairement vers l’anéantissement de tout être, à quoi bon se soucier de conduites qui préparent un avenir, n’est-il pas légitime de vouloir vivre d’une manière désintéressée face à ce sort inévitable ? Et pourtant, « la mort ne saurait aucunement être attendue, si elle n’est pas très précisément désignée comme ma condamnation à mort (l’exécution qui aura lieu dans huit jours, l’issue d’une maladie que je sais prochaine et brutale, etc.), car elle n’est autre que la révélation de l’absurdité de toute attente, fût-ce justement son attente », disait Sartre dans L’Être et le Néant.

Il apparait que la destruction du temps conditionne notre existence, tout d’abord dans notre corps, et affecte par la suite notre vision du monde. Pourtant, n’est-ce pas un parti pris sur une question de point de vue, que de se dire que le temps a pour fin la destruction ? L’idée de destruction n’ouvre-t-elle pas sur une autre perspective, qui est tout autant valable, qui est la génération ?

II. Le temps et la création de la vie


1. Le temps sert à rendre compte du changement


En dehors d’un esprit qui la conçoit, il n’y a pas à proprement parler de dimension du temps. Ce qui se manifeste à notre expérience du monde c’est le changement dans l’espace : de la distinction et du déplacement. La perception de la matière entraîne la pensée à créer des mesures, et le temps est la forme par excellence de mesure qui sert la pensée. C’est ce que Kant a dit dans Critique de la Raison pure : « En effet, le temps ne peut pas être une détermination des phénomènes extérieurs, il n’appartient ni à une figure, ni à une position, etc. ; au contraire, il détermine le rapport des représentations dans notre état interne ». La raison, dans sa volonté à comprendre le monde, approche le réel à travers des abstractions opérables, d’où les unités du temps de l’horloge ou encore du calendrier. Pourtant, la manifestation du changement est toujours singulière en chaque être. On peut mesurer deux personnes d’un même âge à partir de leur naissance, de 70 ans par exemple, mais leur organisme se comporte selon des modalités bien différentes (style de vie, disposition génétique, milieu). Par conséquent, l’écoulement du temps est une mesure du mouvement que l’on définit à partir de référentiels. Par contre, il ne peut mesurer le vivant, c’est-à-dire ni la corruption, ni la génération, et encore moins l’évolution. La décomposition d’un organisme s’observe a posteriori en se référant dans le temps, ainsi le temps a servi à reconstruire les faits qui se sont déroulés dans cet organisme.

2. La conscience du temps rajoute de la valeur à la vie


En ce sens, puisque le temps est un concept neutre en lui-même, il convient de problématiser l’implication morale de son aspect passager. En effet, admettre d’une manière nihiliste l’idée que tout est vain, est justement ce qui est le plus destructeur, et non le temps en lui-même. Ne plus se soucier de sa conduite, être irresponsable, dans l’excuse que la vie ne vaut rien en soi, c’est oublier que c’est au sujet d’adhérer à des valeurs ou d’en créer. Pour certains, l’idée de finitude est ce qui rend la vie précieuse ou excitante. La fragilité des choses est la condition de ces émotions qui font ressentir la vitalité de traverser notre être, la vie est un espace de création de nouvelles expériences au jour le jour. Pour cela, nous sommes d’accord avec ce que disait Leibniz dans De l’origine radicale des choses : « La possibilité est le principe de l’essence, la perfection est le principe de l’existence ». Pour d’autres, l’irréversibilité du temps est ce qui nous rend justement morales ; à la vue des choses irréparables, nous connaissons le pardon et nous faisons du futur un espace de responsabilité. Mais encore, on ne pourrait avancer si le temps n’amenuisait pas l’intensité de ces souvenirs douloureux qui alourdissent notre conscience. En somme, le temps est donc l’espace de l’existence plutôt que celui de l’anéantissement.

Quel est le sens du temps ? Non seulement nous avons pu problématiser le temps, mais aussi les implications du temps dans la matière et l’esprit. Selon une première évidence, c’est au fil du courant temporel que la matière se désagrège. Matérialité et finitude semblent liées à jamais. Ce qui amène à penser une condition absurde : vivre en sachant qu’on est voué à la mort. Nous luttons contre la finitude, mais ceci ne fait qu’accélérer l’inévitable. Mais dans cette immédiateté de la conscience du temps, notre vécu pourrait prendre une autre tournure, en interprétant autrement le sens de notre vie. Le temps est un concept d’une pureté objective telle que les changements sont extérieurs à la pensée du temps. Dire que le temps est destructeur est une prise de position nihiliste. Ainsi, l’homme est capable de créer des valeurs, et la conscience de la finitude de notre être face au temps en est l’instigateur. L’aspect fini des choses peut bien servir à des côtés positifs, ce qui nous libère au lieu de nous opprimer. En fait, que serions-nous sans l’éphémère ? Comment exister dans l’éternité ? Le devenir est la condition de la conscience du temps, et exister sans cette conscience du devenir est synonyme du néant.
 






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