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Dissertation de Philosophie (corrigé) : La parole a-t-elle le pouvoir de changer les choses ?

La relation intrinsèque entre les mots et les choses se présente au cœur même de la recherche de la vérité, dans le sens où la vérité d’une chose se trouverait dans la manière de dire cette chose. Mais dans la vie de tous les jours, ce n’est pas seulement dans la vérité ou le mensonge que les paroles pourraient avoir un impact sur les hommes, mais en sa qualité de langage. La relation entre les mots et les hommes est donc d’une très grande importance, et cette relation conditionne l’affirmation selon laquelle les mots auraient la capacité de transformer les choses. « L’art de persuader consiste autant en celui d’agréer qu’en celui de convaincre, tant les hommes se gouvernent plus par caprice que par raison ! », déclare Pascal dans De l’Esprit géométrique. Si l’homme use de la parole, c’est pour influencer tout d’abord ses semblables, pour communiquer ce qu’il pense du monde afin que, par la suite, ils puissent agir sur celui-ci. Le cours historique serait-il alors le résultat de la pensée humaine, pensée qui s’est révélée dans la concrétisation de leur parole ? Premièrement, nous allons revenir sur une base théorique établissant la relation entre le langage et la pensée. Deuxièmement, nous continuerons l’analyse en tâtant le terrain de la politique et de l’histoire, de sorte à mettre en exergue le pouvoir de la parole dans la pratique. Et troisièmement, nous pouvons conclure que les mots ont une influence sur le monde seulement si l’homme consent à donner de la valeur à ce qu’il dit.

I. La parole c’est la pensée de l’homme qui se réalise


Il existe une certaine nuance entre le langage et la parole, en ce sens que cette dernière est une forme du langage qui incombe particulièrement à l’homme. Si le langage se comprend comme un modèle par lequel la pensée s’exprime, la parole empruntera cette caractéristique du langage pour déployer chez l’homme son caractère altruiste. « Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas en commun avec d’autres qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? », affirme Kant dans Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée. Ce passage montre aisément que la parole n’a de raison d’être que seulement lorsque cette compréhension universelle s’établit, étant donné qu’il s’agit du langage. Mais c’est précisément dans la fonction de communication, rendue possible par cette universalité, que la parole trouve toute son essence et son humanité. La communication se base donc sur un socle commun à tous les individus qui y participent, autrement dit transporté par un même élan de pensée. « Instrument universel de nos communications mutuelles, le langage doit toujours suivre la même marche qu’elles ». D’après cet exposé de Comte tiré du Système de politique positive de Comte, le langage est ancré dans une construction sociale donnée, et la parole qui se présente par l’articulation verbale et sonore est la concrétisation de cette dimension humaine du langage. En effet, c’est la conception du monde propre à cette société que reflète le langage inventé et utilisé par cette dernière. La parole est une continuation de ce système, une forme individualisée du langage entre deux alter egos engrangés par une seule et même pensée. Bachelard a bien compris cette thèse, tel qu’il l’évoque dans la Préface à Je et Tu de Martin Buber, que « les deux sources de la parole qui sont, bien entendu, les deux sources de la pensée : les choses d’une part, les personnes d’autre part, le cela et le tu ».

On sait à présent que la parole n’est autre que la pensée du monde qui se communique à autrui, autrement dit un langage qui possède un objet et modelé par une société donnée. Mais pour les deux individus qui se parlent, quelles seraient les conséquences d’un tel échange ?

II. L’homme politique influence le peuple à travers les mots


La philosophie antique a compris très tôt le rôle joué par les mots dans la dissimulation ou le dévoilement de la vérité. Usant de l’éloquence et de l’apparence du discours pour faire bonne figure devant un peuple ignorant, les Sophistes étaient les principaux adversaires du père de la philosophie occidentale. « Sous l’effet des paroles, l’âme éprouve une passion qui lui est propre à l’évocation des heureuses fortunes et des malheurs propres aux gestes et aux personnes des autres gens », confiait le sophiste Gorgias dans son ouvrage Eloge d’Hélène. En effet, Socrate a voulu déjouer ce piège du langage, initialement pour un objectif théorique, mais également pour assainir la sphère politique qui était subjuguée par des discours trompeurs. Voyant que la parole n’est jamais neutre quand elle s’adresse au peuple, le philosophe voulait alors sauver la cité de l’imminente corruption qui gangrenait la sphère politique athénienne. Néanmoins, la science politique qui est apparue bien plus tard conserve cette manipulation objective par le biais du discours, une pratique offensive qui profite aux dirigeants politiques. « Un prince prudent ne peut ni ne doit tenir sa parole, que lorsqu’il le peut sans se faire tort, et que les circonstances dans lesquelles il a contracté un engagement subsistent encore ». Voilà comment Machiavel dans son ouvrage le Prince donne raison aux hommes d’Etat qui savent utiliser leur parole comme des armes pour se maintenir au pouvoir, et qui sont convaincus de la nécessité et l’efficacité d’une telle pratique dans le domaine de la politique. Ainsi, les effets du discours sur les sujets ne dépendent point du contenu véridique de celui-ci, ni des propos erronés non plus, mais de sa capacité à faire entendre ce que le peuple voulait entendre. On peut illustrer cette thèse à travers ce passage du Mein Kampf d’Adolf Hitler : « Il faut mesurer le discours d’un homme d’Etat à son peuple non d’après l’impression qu’il produit sur un professeur d’université, mais par son action sur le peuple lui-même ».

A présent que l’on sait quels sont les tenants et aboutissants de l’usage d’un discours dans la sphère politique, on pourra affirmer que la parole n’est pas seulement un miroir innocent de la pensée. Le monde serait-il alors le même s’il n’y avait pas la parole ?

III. L’homme transforme le monde par sa pensée et ses actions


Selon un point de vue pragmatique, c’est par les mots que les actions ingénieuses prennent leur origine, c’est-à-dire par une intention élaborée préalablement par la pensée, puis débitée verbalement pour être sue par autrui. Cependant, si l’on scrute l’être du langage, il s’agit d’une entité métaphysique, car elle dépasse toute tentative d’approche scientifique. Ainsi, Leibniz pointe du doigt l’emploi infructueux d’un langage compliqué et confus par la métaphysique, en disant : « Et ce n’est pas seulement de la substance, mais encore de la cause, de l’action, de la relation, de la similitude et de la plupart des termes généraux, qu’on ignore à l’ordinaire manifestement les notions vraies et fécondes ». Si l’emploi du langage avait présenté une telle précarité, c’est parce que l’homme n’a pas voulu transformer ses paroles en action, et il en est ainsi pour les dogmes et les idéologies qui font miroiter un monde meilleur, mais qui ne sera pas. La parole n’a pas d’existence concrète, elle et son contenu demeureront invisibles tant qu’un autre sujet n’aurait pas saisi sa valeur, et a transformé cette parole en action. En d’autres termes, les influences mutuelles des deux sujets comptent énormément pour que la parole de l’un ait de la valeur pour l’autre. Et comme disait Hume dans Enquête sur l’entendement humain : « La nécessité d’une action, qu’il s’agisse de la matière ou de l’esprit, n’est pas à proprement parler une qualité dans l’agent, mais dans un être pensant ou intelligent qui considère cette action ».  Par conséquent, l’interaction entre le Souverain et le peuple à travers les discours politiques a donné lieu à des transformations du paysage socio-économique et culturel, tout simplement parce qu’ils possèdent la volonté de concrétiser leur désir mutuel. Le pouvoir des mots ne s’applique pas directement dans les choses, mais d’abord dans le changement de mentalité, puis après des comportements, et enfin redirigé vers la transformation du monde. Et d’après l’explication de Hegel dans Leçons sur la philosophie de l’histoire, « l’une est l’idée, l’autre les passions humaines ; l’un est la chaîne, l’autre la trame du grand tapis que constitue l’histoire universelle étendue devant nous ».

En guise de conclusion, la parole, qui est une manifestation à la fois sociale et personnelle du langage, n’a d’existence concrète que si et seulement si elle dépasse sa nature abstraite. La dimension de la parole, tel qu’elle donne à voir comme substrat de la pensée, est certes utile pour permettre la communication entre les individus, mais stérile lorsqu’il s’agit d’atteindre le but de changer le monde ou l’opinion d’autrui. La volonté humaine est en quelque sorte stimulée par les mots résonnants à travers les discours politiques, ces derniers n’étant point neutres dans leurs propos puisque les politiciens savent que les mots ont le pouvoir de changer les choses. Les effets d’une parole sont particulièrement perceptibles chez un individu isolé, notamment dans ses émotions et les passions qui l’animent. Et cet impact psychologique est d’autant plus considérable que les transformations s’effectuent au premier abord chez l’individu lui-même. Une parole est-elle capable de changer une personne ?
 






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