Dom Juan Acte I scène 2

MOLIERE : DOM JUAN : ACTE I SCENE 2 : L'ELOGE DE L'INFIDELITE

Introduction : Dans la scène 2, Don Juan a rejoint son valet, lequel provoqué par Don Juan entreprend de faire des reproches à son maître au sujet de sa conduite. Don Juan s'amusait à faire parler son valet. Il entreprend de lui faire des reproches et Don Juan réplique. Avec une grande éloquence, il fait l'éloge de l'infidélité. En suivant le plan de cette tirade, nous étudierons dans ce brillant discours l'argumentation de Don Juan, puis nous chercherons à analyser la conception que Don Juan a de la séduction, ce que l'on a appelé par la suite le donjuanisme.

I) Un éloge paradoxal : les justifications de Don Juan
II) Analyse du donjuanisme

I) Un éloge paradoxal : les justifications de Don Juan

L'ironie avec laquelle il poursuit la belle chose de vouloir se piquer d'un faux bonheur. C'est le ton d'un homme scandalisé et de l'indignation. On peut se demander si elle est réelle ou non. Il est peu vraisemblable qu'un grand seigneur fasse un tel discours à un simple domestique. On peut aussi se demander si Don Juan ne s'amuse pas. Il utilise son valet comme spectateur. Il s'amuse et entreprend un grand morceau d'éloquence. Il s'exprime par jeu et par plaisir, il impose un discours qui est un exercice de rhétorique. C'est ce qu'on appelle un éloge paradoxal. Il prend à contre-pied la morale traditionnelle. C'est avec beaucoup de conviction que Don Juan s'exprime avec les hyperboles de la fin de la tirade. Don Juan s'exprime, en moraliste, il emploie des règles générales de morale immorales, il énonce des maximes. Don Juan ne parle pas que de son cas personnel, il dit volontiers « on » et « nous ». Son cas apparaît comme une obéissance à des lois générales.

Après avoir repoussé avec indignation les idées de Sganarelle, il justifie sa position et ses arguments. Tout d'abord, la fidélité est la mort pour lui, une mort métaphorique. Le vocabulaire qu'utilise Don Juan implicite la constance, cela associe la fidélité à la vie monastique. Il procède à un total renversement des valeurs. La fidélité est un faux bonheur. C'est une valeur illusoire, contraire aux principes même de la vie. Le second argument est que l'infidélité, c'est la justice. C'est dans l'intérêt des femmes qu'il est infidèle, toutes les femmes ont le droit d'aimer Don Juan, ce serait une injustice de le réserver à une seule d'entre elles. Molière prend plaisir à inverser la morale, en faisant du donjuanisme une forme supérieure de charité. Le troisième argument est qu'il ne fait que céder aux lois de la nature. Il suit la nature, voila encore un argument dans cet éloge paradoxal. Don Juan s'engage, il exprime sa philosophie.

II) Analyse du "donjuanisme"

Don Juan élève la séduction et l'infidélité amoureuse. Il en parle en poète et en esthète, c'est pour lui un art véritable. Le personnage s'exprime avec feu dans de grandes envolées d'éloquence. Molière a extrêmement travaillé le style de cette tirade. Don Juan se présente comme un artiste de l'amour ou comme un esthète, il obéit à des sentiments esthétiques, c'est un artiste qui parle d'amour.

Ce n'est pas simplement une façon de parler pour Don Juan, mais c'est pour lui une conception de l'amour avec une métaphore filée de la conquête. Cela montre bien que le plaisir que prend Don Juan dans l'amour est plus un plaisir cérébral qu'un plaisir purement charnel. On le voit décrire avec beaucoup de minutie la progression du séducteur. Il y a une dimension perverse dans la mesure où il veut s'attaquer à la jeunesse innocente.

Don Juan ne s'intéresse ni au passé, ni à l'avenir de la femme. Il vit en permanence dans le présent. Don Juan est perpétuellement en déplacement, toujours en train de courir et de fuir. Ce qui explique la structure éclatée de cette pièce. Tel et le principe qui fonde le comportement du héros, il dit les choses assez durement. C'est l'homme qui n'aime que les commencements. C'est la conquête qui lui plaît et non pas la compassion. Cette philosophie l'amène à manifester une ambition délirante de mégalomanie surtout dans cette tirade. Il se compare à Alexandre et utilise des hyperboles révélatrices d'une ambition démesurée.

Conclusion : Il faut insister sur le brio de l'éloquence de Don Juan, sur cette philosophie de la fidélité. On peut chercher à interpréter cette attitude instable, dire que c'est une façon pour Don Juan d'affirmer sa liberté, de ne jamais se laisser emprisonner par les règles de la pression sociale et morale. Les Romantiques du XIXème siècle se sont beaucoup intéressés au Don Juan de Molière, beaucoup de ces auteurs ont voulu donner un autre sens à l'histoire de Don Juan, comme Musset qui imagine Don Juan qui va de femmes en femmes mais parce qu'il cherche l'idéal qu'il ne trouve jamais.