Supervielle, Dans l'oubli de mon corps

Supervielle, Dans l’oubli de mon corps (Analyse du poème)

 

Texte :

 

Dans l'oubli de mon corps
Et de tout ce qu'il touche
Je me souviens de vous.
Dans l'effort d'un palmier
Près des mers étrangères
Malgré tant de distances
Voici ce que je découvre
Tout ce qui faisait vous,
Et puis je vous oublie
Le plus fort que je peux
Je vous montre comment
Faire en moi pour mourir.
Et je ferme les yeux
Pour vous voir revenir
Du plus loin de moi-même
Où vous avez failli
Solitaire, périr.

Jules Supervielle, Dans l'oubli de mon corps

 

Analyse :

 

Jules Supervielle est un grand poète français né en Uruguay (à Montevideo). Il passe sont temps entre la France et l’Amérique latine (voyage).

 

Recueil : La Fable du monde

Vers : hexasyllabes (17), pas de rimes, vers blancs (mètre régulier mais pas de rimes)

Sonorités : revenir, périr, mourir… ; vous, vous…

Trois phrase : évolution, mouvement, (retour à la situation initiale ?)

 

Je me souviens de vous à Et puis je vous oublie à Pour vous voir revenir

Thème du voyage juste après la virgule.

Solitaire, périr : négatif

Il y a des rimes intérieures.

 

Le poète fait un effort pour oublier, contrairement aux autres.

Pour me souvenir de vous, il faut que je m’oublie : le corps empêche le travail de la mémoire, ainsi que l’extérieur

Une démarche inverse par rapport à celle de Verlaine, qui chassait la mémoire et se concentrait sur son corps.

 

Le poète met à l’écart tout ce qui est physique (état dans lequel il se trouve).

Parmi les cinq sens, le poète choisis le toucher.

Le deuxième vers complète le premier.

 

Je me souviens de vous : perte, vers simple mais très fort en émotion, perte, loin dans le passé, dans l’espace, c’est certainement un poème d’amour.

2e personne du pluriel : politesse, éloignement encore plus important qu’avec le tutoiement

Le rapport entre l’effort et le palmier est étrange : propre de la poésie contemporaine

Personnification du palmier et de mers étrangères : pays exotique

 

Mers étrangères : océan Atlantique (Supervielle voyage sans arrêt entre la France et l’Uruguay)

Palmier, mer : exotisme, thème du voyage

 

Effort du palmier : résister contre la force du vent

Le poète déplace son effort personnel sur le palmier, alors personnifié. Le poète s’identifie à ce palmier, qui, tout comme lui, fait des efforts près de mers étrangères, pour se souvenir par exemple.

 

Il y a d’abord une succession de trois vers très simple, puis apparaît un vers déroutant dans lequel apparaît un élément du paysage qui connote l’éloignement, l’exotisme, par l’intermédiaire de la personnification désignée par « effort ».

 

Ce palmier personnifié peut être une projection du poète, et devient comme lui, seul, solitaire, dans un pays étranger (près de mers étrangères).

La notion d’effort liée au souvenir est confirmée par le vers « Malgré tant de distances » qui indique que la remémoration de « vous » est difficile. Le poète projette ses sentiments sur la nature (le paysage n’est pas gratuit, l’écriture est poétique, authentique).

Distance, mers : plus vaste, élargit la vision

Voici : présentatif, marque une rupture

 

Je : réapparaît et est inclus à l’intérieur du vers

Tout : élargissement

Découvre : trouve pour la première fois

Il remonte loin en arrière.

Faisait : passé, fini

 

Il utilise un langage extrêmement simple, voire maladroit, mais pour mettre en valeur le « vous », en faisant écho avec le vers 3, créant une sonorité.

Une personne n’est pas réductible à une seule chose, c’est un ensemble (tout ce qui faisait vous). L’être aimé est pluriel, composé de mille choses. L’imparfait crée une tristesse, une nostalgie.

 

L’oubli est ici involontaire, paradoxal.

Je vous : tout ce passe comme si cette personne était présente, échange, dialogue

En moi : concentration sur le poète

Mourir : oubli, cessé d’être en vie dans le souvenir

Vous : devient actif

Je ferme les yeux : concentration

 

Pour : volonté, afin de

Revenir : réapparaître

Du plus loin de moi-même : distance, le moi est profond

 

Où vous : s’adresse à quelqu’un

Solitaire : seule, car je ne suis plus là

Périr : mourir, être oubliée à jamais

Failli : espérance, bonne note finale, positive

Elle est toujours présente dans le souvenir.

 

Synthèse :

 

1)      Le jeu des pronoms personnels

Ce jeu entraîne une certaine structure du poème.

a)      Structure en deux parties : vers 1 à 8, puis vers 9 à 17. Cette structure en deux parties épouse le poème, l’oubli et l’amour.

b)      Analyser plus en profondeur ces deux processus de la mémoire et de l’oubli, côté involontaire (volontaire, résistance du palmier).

 

2)      La présence du passé

a)      Comment le passé est vivant.

b)      Le passé est peuplé de personnages, qui apparaissent, le « je » du poète, le « vous » qui sont en rapport, en communication. Il semble que le « vous » vit à l’intérieur du « moi ».

 

3)      Le rythme de la vague : flux et reflux

a)      Flux et reflux du souvenir et de l’oubli.

b)      Flux et reflux de la tristesse, et de la nostalgie.

c)      Echo entre le « vous » et le « moi ».