Le Clézio : Etoile errante : Le portrait d'Esther
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- Ce fichier contient un commentaire détaillé avec TROIS parties principales, une introduction et une conclusion.
- PASSAGE : Voir passage ci-dessous.
Texte :
Elle savait que l’hiver était fini quand elle entendait le bruit de l’eau. L’hiver, la neige avait recouvert le village, les toits des maisons et les prairies étaient blancs. La glace avait fait des stalactites au bout des toits. Puis le soleil se mettait à brûler, la neige fondait et l’eau commençait à couler goutte à goutte de tous les rebords, de toutes les solives, des branches d’arbre, et toutes les gouttes se réunissaient et formaient des ruisselets, les ruisselets allaient jusqu’aux ruisseaux, et l’eau cascadait joyeusement dans toutes les rues du village.
C’était peut-être ce bruit d’eau son plus ancien souvenir. Elle se souvenait du premier hiver à la montagne, et de la musique de l’eau au printemps. C’était quand ? Elle marchait entre son père et sa mère dans la rue du village, elle leur donnait la main. Son bras tirait plus d’un côté, parce que son père était si grand. Et l’eau descendait de tous les côtés, en faisant cette musique, ces chuintements, ces sifflements, ces tambourinades. Chaque fois qu’elle se souvenait de cela, elle avait envie de rire, parce que c’était un bruit doux et drôle comme une caresse. Elle riait, alors, entre son père et sa mère, et l’eau des gouttières et du ruisseau lui répondait, glissait, cascadait...
Maintenant, avec la brûlure de l’été, le ciel d’un bleu intense, il y avait un bonheur qui emplissait tout le corps, qui faisait peur, presque. Elle aimait surtout la grande pente herbeuse qui montait vers le ciel, au-dessus du village. Elle n’allait pas jusqu’en haut, parce qu’on disait qu’il y avait des vipères. Elle marchait un instant au bord du champ, juste assez pour sentir la fraîcheur de la terre, les lames coupantes contre ses lèvres. Par endroits, les herbes étaient si hautes qu’elle disparaissait complètement. Elle avait treize ans, elle s’appelait Hélène Grève, mais son père disait : Esther.
Le Clézio, Etoile errante
Elle savait que l’hiver était fini quand elle entendait le bruit de l’eau. L’hiver, la neige avait recouvert le village, les toits des maisons et les prairies étaient blancs. La glace avait fait des stalactites au bout des toits. Puis le soleil se mettait à brûler, la neige fondait et l’eau commençait à couler goutte à goutte de tous les rebords, de toutes les solives, des branches d’arbre, et toutes les gouttes se réunissaient et formaient des ruisselets, les ruisselets allaient jusqu’aux ruisseaux, et l’eau cascadait joyeusement dans toutes les rues du village.
C’était peut-être ce bruit d’eau son plus ancien souvenir. Elle se souvenait du premier hiver à la montagne, et de la musique de l’eau au printemps. C’était quand ? Elle marchait entre son père et sa mère dans la rue du village, elle leur donnait la main. Son bras tirait plus d’un côté, parce que son père était si grand. Et l’eau descendait de tous les côtés, en faisant cette musique, ces chuintements, ces sifflements, ces tambourinades. Chaque fois qu’elle se souvenait de cela, elle avait envie de rire, parce que c’était un bruit doux et drôle comme une caresse. Elle riait, alors, entre son père et sa mère, et l’eau des gouttières et du ruisseau lui répondait, glissait, cascadait...
Maintenant, avec la brûlure de l’été, le ciel d’un bleu intense, il y avait un bonheur qui emplissait tout le corps, qui faisait peur, presque. Elle aimait surtout la grande pente herbeuse qui montait vers le ciel, au-dessus du village. Elle n’allait pas jusqu’en haut, parce qu’on disait qu’il y avait des vipères. Elle marchait un instant au bord du champ, juste assez pour sentir la fraîcheur de la terre, les lames coupantes contre ses lèvres. Par endroits, les herbes étaient si hautes qu’elle disparaissait complètement. Elle avait treize ans, elle s’appelait Hélène Grève, mais son père disait : Esther.
Le Clézio, Etoile errante
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