Montaigne : Essais : L'art de voyager
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- Ce fichier contient un commentaire détaillé avec TROIS parties principales, une introduction, une conclusion.
- PASSAGE : Voir extrait ci-dessous.
Extrait du commentaire :
Né en Dordogne en 1533, Montaigne apprend le grec et le latin grâce à son précepteur qui ne lui parlera qu'en langues anciennes. Il ira au collège de Guyenne à Bordeaux où il suivra un enseignement humaniste. En 1570 il étudie les textes anciens (Plutarque...) et se met à rédiger "Les Essais". En 1580, c'est la parution du livre I des Essais. En 1590 la parution du livre II et Montaigne se lance dans la rédaction du livre III, mais meurt en 1592.
Texte étudié :
J'ay la complexion du corps libre, et le goust commun, autant qu'homme du monde : La diversité des façons d'une nation à autre, ne me touche que par le plaisir de la varieté. Chaque usage a sa raison. Soyent des assietes d'estain, de bois, de terre : bouilly ou rosty ; beurre, ou huyle, de noix ou d'olive, chaut ou froit, tout m'est un. Et si un, que vieillissant, j'accuse ceste genereuse faculté : et auroy besoin que la delicatesse et le choix, arrestast l'indiscretion de mon appetit, et par fois soulageast mon estomach. Quand j'ay esté ailleurs qu'en France : et que, pour me faire courtoisie, on m'a demandé, si je vouloy estre servi à la Françoise, je m'en suis mocqué, et me suis tousjours jetté aux tables les plus espesses d'estrangers.
J'ay honte de voir nos hommes, enyvrez de cette sotte humeur, de s'effaroucher des formes contraires aux leurs. Il leur semble estre hors de leur element, quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons, et abominent les estrangeres. Retrouvent ils un compatriote en Hongrie, ils festoient ceste avanture : les voyla à se r'alier, et à se recoudre ensemble ; à condamner tant de moeurs barbares qu'ils voyent. Pourquoy non barbares, puis qu'elles ne sont Françoises ? Encore sont ce les plus habilles, qui les ont recognuës, pour en mesdire : La pluspart ne prennent l'aller que pour le venir. Ils voyagent couverts et resserrez, d'une prudence taciturne et incommunicable, se defendans de la contagion d'un air incogneu.
Ce que je dis de ceux là, me ramentoit en chose semblable, ce que j'ay par fois apperçeu en aucuns de noz jeunes courtisans. Ils ne tiennent qu'aux hommes de leur sorte : nous regardent comme gens de l'autre monde, avec desdain, ou pitié. Ostez leur les entretiens des mysteres de la cour, ils sont hors de leur gibier. Aussi neufs pour nous et malhabiles, comme nous sommes à eux. On dict bien vray, qu'un honneste homme, c'est un homme meslé.
Montaigne, Essais
Né en Dordogne en 1533, Montaigne apprend le grec et le latin grâce à son précepteur qui ne lui parlera qu'en langues anciennes. Il ira au collège de Guyenne à Bordeaux où il suivra un enseignement humaniste. En 1570 il étudie les textes anciens (Plutarque...) et se met à rédiger "Les Essais". En 1580, c'est la parution du livre I des Essais. En 1590 la parution du livre II et Montaigne se lance dans la rédaction du livre III, mais meurt en 1592.
Texte étudié :
J'ay la complexion du corps libre, et le goust commun, autant qu'homme du monde : La diversité des façons d'une nation à autre, ne me touche que par le plaisir de la varieté. Chaque usage a sa raison. Soyent des assietes d'estain, de bois, de terre : bouilly ou rosty ; beurre, ou huyle, de noix ou d'olive, chaut ou froit, tout m'est un. Et si un, que vieillissant, j'accuse ceste genereuse faculté : et auroy besoin que la delicatesse et le choix, arrestast l'indiscretion de mon appetit, et par fois soulageast mon estomach. Quand j'ay esté ailleurs qu'en France : et que, pour me faire courtoisie, on m'a demandé, si je vouloy estre servi à la Françoise, je m'en suis mocqué, et me suis tousjours jetté aux tables les plus espesses d'estrangers.
J'ay honte de voir nos hommes, enyvrez de cette sotte humeur, de s'effaroucher des formes contraires aux leurs. Il leur semble estre hors de leur element, quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons, et abominent les estrangeres. Retrouvent ils un compatriote en Hongrie, ils festoient ceste avanture : les voyla à se r'alier, et à se recoudre ensemble ; à condamner tant de moeurs barbares qu'ils voyent. Pourquoy non barbares, puis qu'elles ne sont Françoises ? Encore sont ce les plus habilles, qui les ont recognuës, pour en mesdire : La pluspart ne prennent l'aller que pour le venir. Ils voyagent couverts et resserrez, d'une prudence taciturne et incommunicable, se defendans de la contagion d'un air incogneu.
Ce que je dis de ceux là, me ramentoit en chose semblable, ce que j'ay par fois apperçeu en aucuns de noz jeunes courtisans. Ils ne tiennent qu'aux hommes de leur sorte : nous regardent comme gens de l'autre monde, avec desdain, ou pitié. Ostez leur les entretiens des mysteres de la cour, ils sont hors de leur gibier. Aussi neufs pour nous et malhabiles, comme nous sommes à eux. On dict bien vray, qu'un honneste homme, c'est un homme meslé.
Montaigne, Essais
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