Musset : Lorenzaccio : Acte I scène 4

  • Vous allez pouvoir accéder au commentaire de texte de l'"Acte I scène 4" de la pièce "Lorenzaccio" de "Musset".
  • Ce fichier contient un plan détaillé avec TROIS parties principales, une introduction, une conclusion.
  • PASSAGE : Acte I scène 4 en entier.
Texte :

1. LE DUC, à Valori. Votre Eminence a-t-elle reçu ce matin des nouvelles de la cour de
Rome ?
2. VALORI. Paul III envoie mille bénédictions à votre Altesse et fait les voeux les plus
ardents pour sa prospérité.
3. LE DUC. Rien que des voeux, Valori ?
4. VALORI. Sa Sainteté Craint que le duc ne se crée de nouveaux dangers par trop
d'indulgence. Le peuple est mal habitué à la domination absolue; et César, à son
dernier voyage, en a dit autant, je crois, à votre Altesse.
5. LE DUC. Voilà, pardieu, un beau cheval, sire Maurice ! hé ! quelle croupe de
diable !
6. SIRE MAURICE. Superbe, Altesse.
7. LE DUC. Ainsi, monsieur le commissaire apostolique, il y a encore quelques
mauvaises branches à élaguer. César et le pape ont fait de moi un roi; mais, par
Bacchus, ils m'ont mis dans la main une espèce de sceptre qui sent la hache d'une
lieue. Allons, voyons, valori, qu'est-ce que c'est ?
8. VALORI. Je suis un prêtre, Altesse; si les paroles que mon devoir me force à vous
rapporter fidèlement doivent être interprétées d'une manière aussi sévère, mon coeur
me défend d'y ajouter un mot.
9. LE DUC. Oui, oui, je vous connais pour un brave. Vous êtes, pardieu, le seul prêtre
honnête homme que j'aie vu de ma vie.
10. VALORI. Monseigneur, l'honnêteté ne se perd ni ne se gagne sous aucun habit, et
parmi les hommes il y a plus de bons que de méchants.
11. LE DUC. Ainsi Donc, point d'explications ?
12. SIRE MAURICE. Voulez-vous que je parle, monseigneur ? tout est facile à
expliquer.
13. LE DUC. Eh bien ?
14. SIRE MAURICE. Les désordres de la cour irritent le pape.
15. LE DUC. Que dits-tu là, toi ?
16. SIRE MAURICE. J'ai dit les désordres de la cour, Altesse ; les actions du duc n'ont
d'autre juge que lui-même. C'est Lorenzo de Médicis que le pape réclame comme
transfuge de sa justice.
17. LE DUC. De sa justice ? Il n'a jamais offensé de pape à ma connaissance, que
Clément VII, feu mon cousin, qui, à cette heure, est en enfer.
18. SIRE MAURICE. Clément VII a laissé sortir de ses Etats le libertin qui, un jour
d'ivresse, avait décapité les statues de l'arc de Constantin.
Paul III ne saurait pardonner au modèle titré de la débauche florentine.
19. LE DUC. Ah! parbleu, Alexandre Farnèse est un plaisant garçon ! Si la débauche
l'effarouche, que diable fait-il de son bâtard, le cher Pierre Farnèse , qui traite si
joliment l'évêque de Fano ? Cette mutilation revient toujours sur l'eau, à propos de ce
pauvre Renzo. Moi, je trouve cela drôle, d'avoir coupé la tête à tous ces hommes de
pierre, je protège les arts comme un autre, et j'ai chez moi les premiers artistes de
l'Italie. Mais je n'entends au respect du pape pour ces statues qu'il excommunierait
demain, si elles étaient en chair et en os.
20. SIRE MAURICE. Lorenzo est un athée; il se moque de tout. Si le gouvernement de
votre Altesse n'est pas entouré d'un profond respect, il ne saurait être solide. Le
peuple appelle Lorenzo, Lorenzaccio : on sait qu'il dirige vos plaisirs, et cela suffit.
21. LE DUC. Paix ! tu oublies que Lorenzo de Médicis est cousin d'Alexandre. (Entre le
cardinal cibo.) Cardinal, écoutez un peu ces messieurs qui disent que le pape est
scandalisé des désordres de ce pauvre Renzo, et qui prétendent que cela fait tort à
mon gouvernement.
22. LE CARDINAL. Messire Francesco Molza vient de débiter à l'Académie romaine
une harangue en latin contre le mutilateur de l'arc de Constantin.
23. LE DUC. Allons donc, vous me mettriez en colère ! Renzo un homme à craindre !
le plus fieffé poltron ! une femmelette, l'ombre d'un ruffian énervé ! un rêveur qui
marche nuit et jour sans épée, de peur d'en apercevoir l'ombre à son côté ! d'ailleurs
un philosophe, un gratteur de papiers, un méchant poète, qui ne sait seulement pas
faire un sonnet ! Non, non, je n'ai pas encore peur des ombres. Eh ! corps de Bacchus
! que me font les discours latins et les quolibets de ma canaille ! j'aime Lorenzo, moi,
et, par la mort de Dieu, il restera ici.
24. LE CARDINAL. Si je craignais cet homme, ce ne serait pas pour votre cour, ni pour
Florence, mais pour vous, duc.
25. LE DUC. Plaisantez-vous, cardinal, et voulez-vous que je vous dise la vérité ? (Il lui
parle bas.) Tout ce que je sais de ces damnés bannis, de tous ces républicains
entêtés qui complotent autour de moi, c'est par Lorenzo que je le sais. Il est glissant
comme une anguille; il se fourre partout, et me dit tout. N'a-t-il pas trouvé moyen
d'établir une correspondance avec tous ces Strozzi de l'enfer ? Oui, certes, c'est mon
entremetteur; mais croyez que son entremise, si elle nuit à quelqu'un, ne me nuira
pas. Tenez ! (Lorenzo paraît au fond d'une galerie basse.) Regardez-moi ce petit
corps maigre, ce lendemain d'orgie ambulant. Regardez-moi ces yeux plombés, ces
mains fluettes et maladives, à peine assez fermes pour soutenir un éventail; ce visage
morne, qui sourit quelquefois, mais qui n'a pas la force de rire. C'est là un homme à
craindre ? Allons, allons, vous vous moquez de lui. Hé ! Renzo, viens donc ici; voilà
sire Maurice qui te cherche dispute.
26. LORENZO, monte l'escalier de la terrasse. Bonjour, messieurs les amis de mon
cousin.
27. LE DUC. Lorenzo, écoute ici. Voilà une heure que nous parlons de toi. Sais-tu la
nouvelle ? Mon ami, on t'excommunie en latin, et sire Maurice t'appelle un homme
dangereux, le cardinal aussi ; quant au bon valori, il est trop honnête pour prononcer
ton nom.
28. LORENZO. Pour qui dangereux, Eminence ? pour les filles de joie ou pour les saints
du paradis ?
29. LE CARDINAL. Les chiens de cour peuvent être pris de la rage comme les autres
chiens.
30. LORENZO. Une insulte de prêtre doit se faire en latin.
31. SIRE MAURICE. Il s'en fait en toscan, auxquelles on peut répondre.
32. LORENZO. Sire Maurice, je ne vous voyais pas; excusez-moi, j'avais le soleil dans
les yeux; mais vous avez bon visage et votre habit me paraît tout neuf.
33. SIRE MAURICE. Comme votre esprit; je l'ai fait faire d'un vieux pourpoint de mon
grand-père.
34. LORENZO. Cousin, quand vous aurez assez de quelque conquête des faubourgs,
envoyez-la donc chez sire Maurice. Il est malsain de vivre sans femme, pour un
homme qui a, comme lui, le cou court et les mains velues.
35. SIRE MAURICE. Celui qui se croit le droit de plaisanter doit savoir se défendre. A
votre place, je prendrais une épée.
36. LORENZO. Si l'on vous a dit que j'étals un Soldat, C'est une erreur; je suis un pauvre
amant de la science.
37. SIRE MAURICE. Votre esprit est une épée acérée, mais flexible. C'est une arme trop
vile; chacun fait usage des siennes. (Il tire son épée.)
38. VALORI. Devant le duc, l'épée nue !
39. LE DUC, riant. Laissez faire, laissez faire. Allons, Renzo, je veux te servir de
témoin; qu'on lui donne une épée !
40. LORENZO. Monseigneur, que dites-vous là ?
41. LE DUC. Eh bien ! ta gaieté s'évanouit si vite ? Tu trembles, cousin ? Fi donc ! tu
fais honte au nom des Médicis, je ne suis qu'un bâtard, et je le porterais mieux que
toi, qui es légitime ? Une épée, une épée ! un Médicis ne se laisse point provoquer
ainsi. Pages, montez ici; toute la cour le verra, et je voudrais que Florence entière y
fût.
42. LORENZO. Son Altesse se rit de moi.
43. LE DUC. J'ai ri tout à l'heure, mais maintenant je rougis de honte. Une épée ! (Il
prend l'épée d'un page et la présente à Lorenzo.)
44. VALORI. Monseigneur, c'est pousser trop loin les choses. Une épée tirée en
présence de votre Altesse est un crime punissable dans l'intérieur du palais.
45. LE DUC. Qui parle ici, quand je parle ?
46. VALORI. Votre Altesse ne peut avoir eu autre dessein que celui de s'égayer un
instant, et sire Maurice lui-même n'a point agi dans une autre pensée.
47. LE DUC. Et vous ne voyez pas que je plaisante encore ! Qui diable pense ici à une
affaire sérieuse ? Regardez Renzo, je vous en prie; ses genoux tremblent ; il serait
devenu pâle, s'il pouvait le devenir. Quelle contenance, juste Dieu ! je crois qu'il va
tomber. (Lorenzo chancelle; il s'appuie sur la balustrade et glisse à terre tout d'un
coup.)
48. LE DUC, riant aux éclats. Quand je vous le disais ! personne ne le sait mieux que
moi; la seule vue d'une épée le fait trouver mal. Allons ! chère Lorenzetta, fais-toi
emporter chez ta mère. (Les pages relèvent Lorenzo.)
49. SIRE MAURICE. Double poltron ! fils de catin !
50. LE DUC. Silence ! sire Maurice; pesez vos paroles; c'est moi qui vous le dis
maintenant; pas de ces mots-là devant moi.
51. VALORI. Pauvre jeune homme ! (Sire Maurice et Valori sortent.)
52. LE CARDINAL, resté seul avec le duc. Vous croyez à cela, monseigneur ?
53. LE DUC. Je voudrais bien savoir comment je n'y croirais pas.
54. LE CARDINAL. Hum ! c'est bien fort.
55. LE DUC. C'est justement pour cela que j'y Crois. Vous figurez-vous qu'un Médicis
se déshonore publiquement, par partie de plaisir ? D'ailleurs ce n'est pas la première
lois que cela lui arrive; jamais il n'a pu voir une épée.
56. LE CARDINAL. C'est bien fort. C'est bien fort. (Ils sortent.)


Extrait : Cette scène est importante car elle précise les relations entre Alex et Lorenzo, ainsi que leur personnalité. La scène de l'épée a une valeur symbolique : Lorenzo feint de la refuser et de s'évanouir, alors qu'on apprendra plus tard qu'il s'entraine pour tuer Alex. Le cardinal, quant à lui, introduit le soupçon, ce qui amène à traiter la scène différemment. La scène 4 achève de peindre l'atmosphère de [...]
  • Pour accéder au document,
  • CLIQUEZ sur le drapeau correspondant à votre pays en bas de page.
  • Une fenêtre s'ouvre, appelez ensuite le numéro de téléphone qui s'affiche (vous pouvez appeler à partir de n'importe quel poste, cet appel vous est facturé 1.80EUR).
  • Suivez bien les instructions qui vont vous être indiquées au téléphone. Notez bien le CODE que l'on va vous communiquer sur un morceau de papier par exemple.
  • Entrez ensuite ce code dans le CHAMP en bas de page (en dessous des drapeaux) puis cliquez sur le bouton "Envoyer".
  • Vous accédez alors au document souhaité. Si vous rencontrez des problèmes, contactez-nous.


Autres Pays
&