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JACQUES PREVERT : PAROLES : HISTOIRE DU CHEVAL (COMMENTAIRE COMPOSE)

Introduction :

Jacques Prévert est un écrivain, poète, auteur de chansons et scénariste français du XXème siècle, le siècle des changements, faisant partie des surréalistes et étant le fondateur de l'Oulipo (ouverture littéraire potentielle) avec Raymond Queneau.

Ce poème et apologue, qui s'intitule "Histoire du cheval" est d'ailleurs un Oulipo parlant de la guerre.

Texte étudié :

Braves gens écoutez ma complainte
Écoutez l'histoire de ma vie
C'est un orphelin qui vous parle
Qui vous raconte ses petits ennuis
Hue donc...

Un jour un général
Ou bien c'était une nuit
Un général eu donc
Deux chevaux tués sous lui.
Ces deux chevaux c'étaient
Hue donc...

Que la vie est amère
C'étaient mon pauvre père
Et puis ma pauvre mère
Qui c'étaient cachés sous le lit
Sous le lit du général qui
Qui s'était caché à l'arrière
Dans une petite ville du Midi.
Le général parlait
Parlait tout seul la nuit
Parlait en général de ses petits ennuis
Et c'est comme ça que mon père
Et c'est comme ça que ma mère
Hue donc...

Une nuit donc morts d'ennui.
Pour moi la vie de famille était déjà finie
Sortant de la table de nuit
Au grand galop je m'enfuis
Je m'enfuis vers la grande ville
Où tout brille et tout luit
En moto j'arrive à Sabi en Paro
Excusez moi je parle cheval
Un matin j'arrive à Paris en sabots
Je demande à voir le lion
Le roi des animaux
Je reçois un coup de brancard
Sur le coin du naseau
Car il y avait la guerre
La guerre qui continuait
On me colle des oeillères
Me v'là mobilisé
Et comme il y avait la guerre
La guerre qui continuait
La vie devenait chère
Les vivres diminuaient
Et plus il diminuaient
Plus les gens me regardaient
Avec un drôle de regard
Et les dents qui claquaient.
Ils m'appelaient beefsteak
Je croyais que c'était de l'anglais
Hue donc...

Tous ceux qu'étaient vivants
Et qui me caressaient
Attendaient que j'sois mort
Pour pouvoir me bouffer.
Une nuit dans l'écurie
Une nuit où je dormais
J'entends un drôle de bruit
Une voix que je connais
C'était le vieux général
Le vieux général qui revenait
Qui revenait comme un revenant
Avec un vieux commandant
Et ils croyaient que je dormais
Et ils parlaient très doucement.
Assez assez de riz à l'eau
Nous voulons manger de l'animau
Y'a qu'à lui mettre dans son avoine
Des aiguilles de phono.
Alors mon sang ne fit qu'un tour
Comme un tour de chevaux de bois
Et sortant de l'écurie
Je m'enfuis dans les bois.

Maintenant la guerre est finie
Et le vieux général est mort
Est mort dans son lit
Mort de sa belle mort
Mais moi je suis vivant et c'est le principal
Bonsoir
Bonne nuit
Bon appétit mon général.

Jacques Prévert, Paroles

Analyse :

I) L'apologue

J'observe
 
J'analyse
- Anaphore : "écoutez ma complainte, écoutez l'histoire de ma vie" ; "raconter".   => Il s'agit d'un récit.
- "c'était un jour".   => C'est une indication temporelle imprécise et universelle. C'est donc un récit fantastique et imaginaire.
- "c'était ma pauvre mère et mon pauvre père qui s'étaient cachés sous le lit" ; "en moto j'arrive", "je parle cheval".   => Personnification de l'animal.
- "je demande à voir le roi des animaux" : le lion.   => Le lion symbolise ici le roi, personnification et accentuation du côté fantastique.
- Temps du passé.   => Récit.
- "assez, assez", "diminuait ; diminuait".   => Anaphores, figures d'insistance.
- Avoine, phono.   => Contraste entre la réalité et le fantastique.
- Critique de la guerre, le mot guerre revient souvent, champ lexical de la guerre.   => Morale implicite : la guerre fait mourir des gens.

II) La représentation des animaux

J'observe
 
J'analyse
- Il parle, il a des comportements humains : la fuite, la peur, la tristesse d'avoir perdu sa famille.   => Il est personnifié.
- "je".   => Focalisation interne.
- "pour moi la vie de famille est déjà finie".   => Il est seul, il a peur.
- Choix par l'auteur du cheval.   => C'est un animal, chacun peut s'y identifier, il représente le peuple.
- "moi je suis vivant et c'est le principal".   => Il représente la paix.
- Anaphore : "bon".   => Marque la volonté de paix.
- "le roi des animaux".   => Le lion symbolise le président, il est personnifié. C'est une attaque contre le roi, pour montrer qu'il est intouchable et ne fait rien pour le peuple (on ne lui consacre que 3 lignes).

Conclusion :

Cet apologue connoté et engagé peut nous faire penser à une fable de La Fontaine de par le récit et les animaux en représentation de l'homme, à l'exception de la morale qui n'est pas explicite.