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LA FONTAINE : FABLES : LIVRE I, FABLE 7 : LA BESACE (COMMENTAIRE COMPOSE)

Introduction :

Une fable est un récit avec des protagonistes, une intrigue et une morale. C'est donc un raisonnement inductif.

Texte étudié :

Jupiter dit un jour : « Que tout ce qui respire
S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur :
Si dans son composé quelqu'un trouve à redire,
Il peut le déclarer sans peur ;
Je mettrai remède à la chose.
Venez, singe; parlez le premier, et pour cause.
Voyez ces animaux, faites comparaison
De leurs beautés avec les vôtres.
Etes-vous satisfait ? - Moi ? dit-il ; pourquoi non ?
N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres ?
Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché ;
Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché :
Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre."
L'ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre.
Tant s'en faut: de sa forme il se loua très fort ;
Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourrait encor
Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ;
Que c'était une masse informe et sans beauté.
L'éléphant étant écouté,
Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles :
Il jugea qu'à son appétit
Dame baleine était trop grosse.
Dame fourmi trouva le ciron trop petit,
Se croyant, pour elle, un colosse.
Jupin les renvoya s'étant censurés tous,
Du reste contents d'eux.
Mais parmi les plus fous
Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes,
Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous,
Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes :
On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain.
Le fabricateur souverain
Nous créa besaciers tous de même manière,
Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui :
Il fit pour nos défauts la poche de derrière,
Et celle de devant pour les défauts d'autrui.

La Fontaine, Fables

Analyse :

I) Un récit vif, alerte

A. Il y a un départ brutal

On démarre brutalement avec « Jupiter dit un jour » => on se sait pas ce qui s'est passé avant. La périphrase « que tout ce qui respire » évite de perdre du temps à tout énumérer. Et après son intervention, il n'y a pas de complément d'information, on passe directement à l'intervention des animaux.

B. Divers éléments donnent aussi de la vie au récit

Par exemple, le mélange de différents discours apporte du dynamisme. Il y a du discours direct de la ligne 1 à 13, du discours indirect de la ligne 16 et 21, et du discours narrativisé à partir de la ligne 15 qui rapporte les paroles des animaux.

C. Le défilé des personnages est clairement exprimé

Et il y a une accélération volontaire : pour le singe  il y a 5 vers, pour l'ours il y a 4 vers, pour l'éléphant il y a 3 vers, pour la fourmi il y a 2 vers. Il y a même quelques incohérences car il va vite : la baleine succède à l'éléphant alors qu'ils ne vivent pas au même endroit.

On remarque qu'il y a très peu de passages descriptifs, pour ne pas arrêter le rythme du récit.

II) L'argumentation des animaux

Le singe se croit tout à fait normal : « aussi bien que les autres ». Il se trouve beau, il est digne d'être peint : « Jamais s'il veut me croire, il ne se fera peindre » vers 13. Il parle de l'ours avec qui au début il est compatissant : « mon frère » au vers 12, mais en fait, il le critique : « on l'a ébauché » vers 12. « ne […] que » est restrictif, et « ébauché » signifie qu'il faudrait le finir. De plus, on trouve « jamais » au vers 13 qui est un mot catégorique, donc il renforce la critique.

L'ours fait tout d'abord son éloge personnelle : « il se loua  très fort » vers 15. Il va aussi critiquer l'éléphant : « glosa sur l'éléphant », « ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles » vers 17 => on trouve ici un parallélisme et une antithèse qui renforcent la disproportion. C'est renforcé au vers suivant avec « masse informe » et « sans beauté » => tout ceci a un sens négatif.

L'éléphant avec l'expression « tout sage qu'il était » au vers 20 aurait pu être considéré comme sage, on aurait pu penser qu'il aurait réfléchi et pas vraiment critiqué. Le mot « dame » montre un certain respect, mais cela ne l'empêche pas de la critiquer : « trop grosse ».

La fourmi critique également avec l'expression « trop petit » qui montre la petitesse ; il y a une antithèse entre « petit » et « colosse ».

III) La moralité

Il y a un détour dans le monde des humains. Les animaux parlent : « parlez le premier » au vers 6. Il y a certains noms associés aux animaux : « Dame Baleine », « Dame fourmi », « mon frère l'Ours ». Aussi, il y a des éléments humains : « quatre pied » au vers 10 => alors que le singe a des pattes en réalité.

Pour la moralité, on parle des hommes : avec « autrui » au vers 35, « nous » au vers 32 (La Fontaine est inclus), « son prochain » => cela montre l'humanité des hommes, « aux autres hommes » vers 29.

C'est un raisonnement inductif : il y a des généralités à la fin. Il y a le « tous » dans « tous de même manière ». Il y a une antithèse entre « temps passé » et « temps d'aujourd'hui ». Hier était pareil que maintenant comme le montre « tant ceux ». Il y a aussi « nous » au vers 29, et vers 32 et « nos » au vers 34 qui sont des adjectifs possessifs.

Dans la moralité, c'est l'image de la besace. On est toujours capable de critiquer les autres mais on ne montre pas ses propres défauts => c'est le sens de la morale. L'image de la morale, c'est la besace => ceci était préparé dans le titre et au vers 32 il y a « nous créa besaciers ».

Avec l'expression « lynx envers nos pareils », on voit qu'on regarde les autres avec acuité, et avec « taupes envers nous », on voit aussi qu'on est aveugle, donc on ne regarde pas ses propres défauts.

Jupiter, le chef de tous ces animaux se comporte comme eux, car il critique les autres : « et pour cause ». Il est très vaniteux, mais il ne voit pas ce défaut comme le montre « ma grandeur ». Aussi, il y a « déclarer sans peur » qui montre que d'habitude les animaux le craignent. C'est pourquoi ils se sont « censurés » => peut être ironie du roi, du pouvoir.

Ca se passe durant l'Antiquité avec « Jupiter », et ça se passe aussi dans la Bible avec l'expression « le fabricateur souverain » => cela fait penser au créateur.




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