Alexandre Dumas : Pauline : Chapitre VII : Je n'ai pas besoin de vous dire quelle était ma famille...

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  • Ce fichier contient un commentaire composé détaillé avec TROIS parties principales, une introduction et une conclusion.
  • PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :

Nous allons étudier un extrait du chapitre VII de « Pauline » de Dumas. Nous savons qu'Alfred a réussi à sauver Pauline de la mort et l'a emmenée en Angleterre afin que personne ne sache qu'elle est toujours vivante. Il a trouvé un petit cottage à Londres. Il l'a fait passer pour sa sœur. Dans le chapitre VII, Pauline se remet du traumatisme et va faire des confidences à Alfred. Elle va donc lui raconter son histoire et lui faire jurer de ne la raconter que lorsque sa mère, son mari et elle-même seront morts. Cela permet à Alfred de lui rappeler leur rencontre au cours d'une fête chez une princesse. Alfred lui dévoile aussi son amour, son admiration pour elle à travers un portrait qu'il fait d'elle.

Dans un premier temps, nous étudierons le lyrisme et le romantisme de la scène, la mise en scène et, en dernier lieu, la rencontre prémonitoire...

Texte étudié :

- Je n'ai pas besoin de vous dire quelle était ma famille ; vous la connaissez, ma mère, puis des parents éloignés, voilà tout. J'avais quelque fortune.

- Héla ! Oui, interrompis-je, et plût au ciel que vous eussiez été pauvre !

- Mon père, continua Pauline sans paraître remarquer le sentiment qui m'avait arraché mon exclamation, laissa en mourant quarante mille livres de rentes à peu près. Comme je suis fille unique, c'était une fortune. Je me présentai donc dans le monde avec la réputation d'une riche héritière.

- Vous oubliez, dis-je celle d'une grande beauté, jointe à une éducation parfaite.

- Vous voyez bien que je ne puis pas continuer, me répondit Pauline en souriant, puisque vous m'interrompez toujours.

- Oh ! C'est que vous ne pouvez pas dire comme moi tout l'effet que vous produisîtes dans ce  monde ; c'est que c'est une partie de votre histoire que je connais mieux que vous-même ; c'est que, sans vous en douter, vous étiez la reine de toutes les fêtes. Reine à la couronne d'hommages, invisible à vos seuls regards. C'est alors que je vous vis. La première fois, ce fut chez la princesse Bel... Tout ce qu'il y avait de talents et de célébrités était réuni chez cette belle exilée de Milan. On chanta : alors nos virtuoses de salon s'approchèrent tour à tour du piano. Tout ce que l'instrumentation a de science et le chant de méthode se réunirent d'abord pour charmer cette foule de dilettanti, étonnés toujours de rencontrer dans le monde ce fini d'exécution que l'on demande et qu'on trouve si rarement au théâtre : puis quelqu'un parla de vous et prononça votre nom. Pourquoi mon cœur battit-il à ce nom que j'entendais pour la première fois ? La princesse se leva, vous prit par la main, et vous conduisit presque en victime à cet autel de la mélodie ; dites-moi encore pourquoi, en vous voyant si confuse, eus-je un sentiment de crainte comme si vous étiez ma sœur, moi qui vous avais vue depuis un quart d'heure à peine. Oh ! Je tremblai plus que vous, peut-être, et certes vous étiez loin de penser que dans toute cette foule il y avait un cœur frère de votre coeur, qui battait de votre crainte et allait s'enivrer de votre triomphe. Votre bouche sourit, les premiers sons de votre voix tremblants et incertains, se firent entendre ; mais bientôt les notes s'échappèrent pures et vibrantes ; vos yeux cessèrent de regarder la terre et se fixèrent vers le ciel. Cette foule qui vous entourait disparut, et je ne sais même si les applaudissements arrivèrent jusqu'à vous, tant votre esprit semblait planer au-dessus d'elle ; c'était un air de Bellini, mélodieux et simple, et cependant plein de larmes, comme lui seul savait les faire. Je ne vous applaudis pas, je pleurai. On vous reconduisit à votre place au milieu des félicitations ; moi seul n'osai m'approcher de vous ; mais je me plaçai de manière à vous voir toujours. La soirée reprit son cours, la musique continua d'en faire les honneurs, secouant sur son auditoire enchanté ses ailes harmonieuses et changeantes ; mais je n'entendis plus rien : depuis que vous aviez quitté le piano, tous mes sens s'étaient concentrés en un seul. Je vous regardais. Vous souvenez-vous de cette soirée ?
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