GIRAUDOUX : ELECTRE : ACTE II SCENE 8 (COMMENTAIRE COMPOSE)


Introduction


L'acte I se termine par l'absence de mariage et le début de la recherche de coupables.
Acte II : révélation des coupables, désir de vengeance et de justice.
Acte II scène 8 : il y a des dangers à l'extérieur d'Argos, et Egisthe demande l'aide d'Electre : il demande de faire taire les affaires privées pour privilégier les affaires publiques. La tirade d'Electre est une réponse à celle d'Egisthe : Egisthe se sent roi, évoque la raison d'état à partir d'une révélation ; Electre répond par une autre révélation.
Tirade d'Electre : évocation de sentiments personnels et universels, ce qui est lyrique mais en même temps fait avancer l'action.
Axes :
- Tirade lyrique.
- Intérêt dramatique.
Structure :
- Lignes 2988 à 3010 : première évocation du don.
- Lignes 3010 à 3025 : deuxième évocation du don.

Analyse :

I) Une tirade lyrique


Le lyrisme est l'expression de sentiments intimes qui cherche à atteindre l'universel. Pour être lyrique, il faut des sentiments, de l'éloquence et de la poésie.

A. Eloquence

- Structure :
* Introduction : lignes 2988 à 2995 « même don ».
* Première partie = évocation du don + annulation : lignes 2995 à 3010 « que non ».
* Deuxième partie = véritable don : lignes 3010 à 3021 « nouveau pays ».
* Conclusion : valeur = tendresse + justice : lignes 3021 à 3025.
Une tirade structurée donc éloquente.
- Anaphores de « don » et « donné », « tous » et « toutes ».
- Autres figures de style.

B. Poésie

- Les images de la vie quotidienne sont rendues par deux sens :
* La vue : verbe « voir » lignes 2994 à 3001, « sourire » lignes 2996 à 3004, « yeux » ligne 2997.
* L'ouï : « cris de la mère et des voisins » ligne 3000, « cri de l'oiseau », « cri de maçon », « jeune homme qui tousse » ligne 3004.
La vue et l'ouï donnent une dimension sensorielle de la vie pour que le spectateur et Egisthe soient plus sensibles à la notion de don.
- Mélange de deux règnes de l'univers : règne humain « haleur, laveuse, maçon,… » et règne végétal/animal « oiseau, plante ». Ces deux règnes sont représentés dans la tirade dans la première partie comme dans la deuxième. Dans la même phrase, les règnes se mélangent : ~l3000 « enfant, oiseau, maçon », ~l3015 « plantes, jeune homme malade ».

C. Lyrisme

- Expression personnelle d'Electre, sentiments et impressions : première personne « j'ai vu, j'ai su, … » : c'est de la compassion pour ce que vivent les autres.
- Expression des sentiments des autres : souffrance, peur « cri » ligne 3000 ; joie « sourire ».
- L'évocation des sentiments d'Electre passe par l'évocation de l'univers :
* Première partie : réalités concrètes d'individus : singulier « un, une ».
* Deuxième partie : on abouti à des réalités collectives, abstraites, plurielles « rayons, éclats, désirs, désespoirs » pour arriver à la notion de patrie.

II) Intérêt dramatique


A. Face à face

- La tirade d'Electre est une réponse à la tirade d'Egisthe Acte II scène 7. Electre reprend les mêmes mots qu'Egisthe : « don, donné, patrie ». Elle fait une argumentation habile en reprenant les mêmes mots donc elle semble avoir la même pensée pour dire non ensuite.
- A propos d'Argos :
* Fausse conciliation entre Electre et Egisthe sur la réalité sociale d'Argos « haleur, maçon, laveuse ». Egisthe fait la même chose dans sa tirade « maraîchers, écluses, tanneries ».
* Refus de conciliation. Argos est vue comme aillant des « frontières étroites » l3023. A la place d'Argos, Electre met l'univers « univers, nouveau pays, immense » + hyperboles plurielles « patrie universelle » qui a comme valeur « la tendresse et la justice ».

B. Electre

Une nouvelle naissance d'Electre :

- Elle s'affirme : « je » plus important dans la deuxième partie que dans la première. Electre grandit au fur et à mesure qu'elle parle par rapport à Egisthe, qui a de moins en moins de place en elle. La tirade les met sur un pied d'égalité.
- « tendresse et justice » sont la devise d'Electre, c'est ce que dit Clytemnestre juste après. Ces deux mots clés sont mis en valeur par leur place dans la tirade : ce sont les deux derniers mots, et aussi dans la phrase qui dure depuis quatre lignes : on attend la révélation.
- Ces mots abstraits sont rendus concrets par une évocation de situation précise via des métonymies et un voc antithétique « rayons + éclats s'oppose à mélancolie », « rides + ombres s'oppose à joyeux », « désirs s'oppose à désespoirs ». Tous les éléments antithétiques se retrouvent dans le mot « visage ».
Electre a donc la capacité de tout saisir même les extrêmes, de tout comprendre, donc elle peut tout gérer. Elle passe du cas particulier, privé : de la vengeance familiale au cas public. La tendresse s'applique à son père mais aussi à ses semblables. La justice s'applique à sa famille donc aux Hommes.

Conclusion


C'est un passage poétique et convainquant.
Ce passage est aussi important dans le déroulement de la pièce donc de la tragédie : ici, Electre s'oppose à Egisthe, donnant ainsi une dimension universelle à sa lutte donc une dimension intemporelle.