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VOLTAIRE : CANDIDE : CHAPITRE 2 : "Candide, tout stupéfait... Abares" (COMMENTAIRE COMPOSE)

Introduction : Dans le chapitre 1, le baron de Thunder-ten-tronckh surprend Candide et Cunégonde derrière un paravent et "chasse Candide à grands coups de pieds dans le derrière". C'est le début des aventures mouvementées de Candide à travers le monde.
Le début du chapitre 2 raconte l'enrôlement et l'instruction militaire de Candide par les Bulgares.
Dans la deuxième partie que nous allons expliquer, Voltaire raconte la désertion de Candide.

Enjeu : Dans ce passage, Voltaire tout en dénonçant avec ironie la discipline militaire aborde le problème de la liberté de l'Homme.

  • Lignes 38 à 49 : Les 5 premières phrases sont bâties autour du thème de la liberté :
    • La première phrase, simple et courte, montre la reprise de conscience de Candide après les événements qui se sont succédés si rapidement.
    • La deuxième phrase, "aller promener" (périphrase pour désigner déserter). Candide soldat n'a rien compris à son changement de vie, et parce qu'il croit à la liberté de "s'aller promener", il déserte. Et Voltaire explique cette décision par une interprétation humoristique du libre arbitre ("croyant que c'était un privilège de l'espèce humaine ... à son plaisir"). Illustration concrète.
    • Troisième phrase : Périphrase ironique de Voltaire pour qualifier les quatre soldats rencontrés :
      • "héros" : mention de leur taille qui caractérise les héros de l'armée prussienne.
      • Accumulation de 3 verbes (procédé habituel de Voltaire) pour montrer la rapidité de l'action.
    • Quatrième phrase : critique de la liberté de choix quand il s'agit de choisir entre 2 maux : contradiction avec la philosophie de l'optimisme que Voltaire attaque encore une fois.
      L'emploi de l'adverbe "juridiquement" est ironique (insistance sur le formalisme de la discipline militaire).
      Aucune exagération satirique dans l'énoncé des 2 châtiments possibles : c'est la réglementation en cours dans l'armée prussienne.
    • Cinquième phrase : Voltaire par l'intermédiaire de Candide montre que l'Homme ne peut décider librement que s'il est au préalable dans une situation de liberté.
      Ironie de "Il se détermina ... baguettes" : La liberté se limite ici à choisir le supplice.
  • Lignes 49 à 63 : Satire de la discipline militaire (style vif, froideur apparente) :
    • Ligne 49 : Précision numérique : Candide ne passe que deux fois entre les rangées de soldats.
    • Lignes 50 et 51 : Deux phrases sèches sans lien grammatical faisant le décompte des coups reçus, répétition du verbe "composer" : dénonciation sobre et efficace de l'horreur du châtiment.
    • Lignes 53 à 55 : Ironie dans les oppositions entre "en grâce", "la bonté de lui casser la tête", "cette faveur" : opposition entre les termes de bonté et l'épouvantable châtiment. Notons aussi la sécheresse des petites phrases qui annoncent les préparatifs de l'exécution.
    • Lignes 55 à 60 : Changement de rythme pour annoncer l'arrivée du roi. La plus longue phrase se termine par une chute burlesque ("journaux" et "siècles") : style parodique (geste de clémence dérisoire).
    • Lignes 60 à 63 : Retour au récit neutre de la guérison de Candide. Allusion aux traitements peu modernes des médecins militaires (Dioscoride est un médecin grec du 1er siècle).
      Nouvelle critique de la dureté de la discipline militaire : "Il avait déjà un peu de peau".

Conclusion : En évoquant le sort qui était réservé aux déserteurs, Voltaire a intégré à son récit des traits appartenant à la réalité de son époque. Utilisation de l'ironie, vivacité du style, constat en apparence froid du narrateur : c'est ainsi que Voltaire dénonce les horreurs de la discipline militaire avec une efficacité qui dépasse celle d'une protestation véhémente. En montrant les limites de la liberté humaine et en jugeant fausse l'hypothèse des "volontés libres", Voltaire attaque les théories de Leibniz.