Dossier sur l’Humanisme

Contexte

Humanisme et réforme

La réforme est un vaste mouvement européen issu de la volonté de mettre fin aux abus de l’église et à l’autoritarisme de la papauté. Elle va donner naissance au protestantisme.

– L’Humanisme et la Réforme

Sur bien des points, la réforme s’inscrit dans le grand mouvement de l’humanisme européen :

– Humanistes et intellectuels protestants ont reçu une même formation ;
– Tous prônent l’examen critique des textes par retour aux originaux et une traduction plus fidèle, en langue vernaculaire ;
– Dans l’esprit de l’humanisme, le protestantisme postule la capacité de l’individu de lire par lui-même la Bible, d’écouter sa conscience et s’affranchit de la tutelle du prêtre détenteur de la vérité, permettant ainsi une approche plus intériorisée et plus personnelle de la foi. De nombreux humanistes rallieront d’ailleurs les rangs de l’Église réformée (Henri Estienne, Agrippa d’Aubigné) ou, comme Rabelais, montreront de la sympathie à l’égard des idées nouvelles.

– Deux courants contradictoires ?

Traversé de courants contradictoires, l’humanisme n’échappe pas aux conflits qui agitent la chrétienté. Il est en conflit avec l’Église qui accepte mal de voir son autorité mise en doute par la traduction et l’examen critique des textes sacrés, mais il s’oppose aussi à la vision pessimiste de l’homme donnée par les partisans de la Réforme et à l’intransigeance de ces derniers.

Les partisans de la Réforme, de leur côté, manifestent leur défiance à l’égard des auteurs antiques considérés comme des modèles par les humanistes. La rigueur doctrinale de (1509-1564), exprimée dans « L’Institution de la Religion chrétienne », (1536-1541) cadre mal avec l’esprit d’ouverture et la tolérance de penseurs humanistes comme Erasme, Thomas More ou Montaigne, Calvin comme Luther (1483-1546) croient en la prédestination de l’homme, doctrine qui suppose que l’homme ne peut parvenir seul au salut sans l’aide de la grâce divine, et s’opposent au libre arbitre défendu par Pic de la Mirandole ou Erasme.

– Quelques grandes dates de la Réforme

1517 : Luther affiche ses 95 thèses contre les indulgences sur les portes du château de Wittenberg.
1530 : Henri VIII, roi d’Angleterre, fonde l’église anglicane et se sépare de Rome.
1534 : Affaire des « placards » : des thèses en faveur des idées réformées sont placardées sur les portes de la chambre du roi François 1er à Amboise.
1540 : Calvin prend la tête de l’Église réformée de Genève et fonde le protestantisme français.
1562 : Début des guerres de religion en France. elles dureront trente ans.
1572 : Massacre des protestants français lors de la Saint-Barthélemy (24 août).
1598 : Édit de Nantes qui accorde, en France, la liberté de culte aux protestants

L’Humanisme

Le Contexte historique et culturel de l’humanisme

L’essor scientifique et technique

L’éclosion de l’humanisme est liée à un ensemble de facteurs techniques et scientifiques :

– L’invention de l’imprimerie en 1448 par Guttenberg permet une diffusion accrue des ouvrages, multiplie les lecteurs et rend possible une approche personnelle et laïcisée du livre.

– Les voyages d’exploration élargissent les frontières du monde connu, révélant la diversité des civilisations.

– La découverte du Nouveau monde en 1492 par Christophe Colomb excite les esprits tandis que l’exploitation des mines d’or et d’argent d’Amérique enrichit l’Europe et stimule l’activité économique.

– Copernic substitue l’héliocentrisme à la vision géocentrique du monde, mettant ainsi fin à la représentation traditionnelle de l’univers. Même si les mentalités ne sont guère affectées par cette révolution scientifique, cette découverte témoigne de l’audace intellectuelle de la période.

Des facteurs historiques et culturels

La prise de Constantinople en 1453 par les Turcs contraint intellectuels et savants à quitter l’empire grec d’Orient avec les manuscrits grecs et latins pour passer en Italie, contribuant à la redécouverte des auteurs antiques : traductions et commentaires se multiplient.

L’entrée des troupes françaises en Italie, en 1498, marque le début des guerres d’Italie et met la noblesse française en contact avec ce pays où les arts sont florissants. C’est le début de la Renaissance Française.

L’émergence de la Réforme divise les chrétiens. Luther en Allemagne, Calvin en France et en Suisse s’insurgent contre les abus de l’Eglise et prônent une approche personnelle de la foi à partir de la lecture et la méditation de la Bible.

Sens et parcours de l’humanisme

Un mot

Le mot « humaniste », umanista en italien, apparaît au XIVème siècle en Italie et désigne le professeur de rhétorique et de grammaire. Au XVIème siècle, son sens s’élargit et désigne l’érudit qui se consacre à l’étude de la littérature et des langues antiques. Ce n’est qu’au XIXème siècle que le mot est employé comme adjectif et prend son sens moderne et philosophique : l’humaniste devient alors « le penseur qui prends l’homme comme valeur suprême ».

Par l’humanisme, on entend une nouvelle conception de l’homme et de l’univers qui, à partir d’un retour aux sources de la culture occidentale, l’Antiquité gréco-latine, met l’homme au centre de ses préoccupations et s’assigne comme tâche l’épanouissement de ses qualités intellectuelles et morales.

Un Mouvement

A la différence de la Pléiade ou du naturalisme du XIXème siècle, l’humanisme n’est pas un mouvement organisé autour d’un chef, d’une revue, d’une doctrine. C’est un vaste courant de la culture européenne qui émerge avec le Quattrocento italien (notre XVème siècle) et se développe jusqu’à la fin du XVIème siècle. Il ne surgit pas brusquement mais prolonge un mouvement intellectuel et moral commencé avec la redécouverte de la culture antique par le grand poète italien Pétrarque (1304-1374) et poursuivi notamment par Marsile Ficin (1433-1499) qui traduit les dialogues de Platon et cherche à concilier platonisme et christianisme. L’humanisme ne s’éteint pas au seuil du XVIIème siècle. Ses idées, ses valeurs vont influencer durablement la civilisation occidentale et contribuer à façonner son identité. Des auteurs contemporains comme Camus ou Sartre ont revendiqué cet héritage de l’humanisme.

Des hommes

En France, deux figures dominent le siècle : Rabelais et Montaigne. Elles ne doivent pas faire oublier l’effervescence de la vie intellectuelle et les nombreux érudits, écrivains et poètes qui font rayonner l’humanisme français : Jacques Amyot (1513-1593), traducteur de « La Vie des hommes illustres » de Plutarque, Calvin (1509-1564) qui propage les idées de la Réforme, Guillaume Budé (1467-1540) qui entreprend de traduire et publier les auteurs grecs et latins, ou les poètes de la Pléiade comme Ronsard et Du Bellay.

Thomas More, chancelier du roi d’Angleterre Henri VIII, et Erasme, né à Rotterdam, auteur de « l’Éloge de la folie« , sont deux autres grandes figures européennes de l’humanisme qui ont influencé notamment Rabelais. Bien sûr l’Italie en constitue le berceau par ses penseurs qui s’appuient sur le retour aux textes originaux des grand auteurs antiques. En Espagne, Bartolomé de Las Casas, compagnon de Christophe Colomb, prendra la défense des Indiens dans sa « Brève Relation de la destruction des Indes » (1542), incarnant ainsi une des valeurs clés de l’humanisme : la tolérance. A ces écrivains et penseurs, il convient d’ajouter les artistes, à la fois écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, savants comme Michel-Ange, Dürer ou Léonard de Vinci. En effet, l’humanisme est un homme complet pour qui lettres, arts et sciences ne sont pas séparés.

Valeurs et idéaux de l’humanisme

Une vision optimiste de l’homme

L’humanisme installe l’homme au centre de l’univers. La perspective en peinture, qui organise l’espace à partir du regard du peintre et du spectateur, symbolise cette place nouvelle. L’humanisme se caractérise par cette confiance en la perfectibilité de la nature de l’homme qui le rend capable de progresser. Cet optimisme puise sa raison d’être dans les extraordinaires avancées intellectuelles de l’époque. Colomb, Copernic, Léonard de Vinci symbolisent le dynamisme scientifique d’une époque dont la dernière page du « Tiers Livre » porte la trace.

Le corps est réhabilité. Cette réhabilitation est visible dans la peinture renaissante qui exalte la nudité comme chez Rabelais, pédagogue et médecin. Le christianisme médiéval avait donné une vision sombre du corps, source du pécher et signe de la finitude humaine ; l’humanisme, en revenant aux sources antiques, rompt avec ce pessimisme et prône le développement harmonieux de l’âme et du corps.

L’exercice du jugement critique

Le XVIème siècle voit se développer l’esprit critique. Le XVIIème siècle s’inscrira dans le sillage ouvert par les audaces des humanistes, dont certains paieront de leur vie leur courage intellectuel : les ouvrages de Rabelais sont interdits et il ne doit sa liberté et sa vie qu’à la protection du cardinal Du Bellay ; Giordano Bruno est brûlé à Florence; Etienne Dolet à Lyon pour sa traduction de la Bible à partir du texte grec. L’esprit nouveau se heurte en effet à l’autorité de l’Eglise et des théoriciens alors que Montaigne fait du développement du jugement personnel et de l’esprit critique la finalité de l’éducation.

Les idéaux de l’humanisme

Il s’agit d’abord de former un homme accompli. C’est le modèle de l' »honnête homme« , qui est « un homme mêlé » selon Montaigne ; c’est à dire cultivé, complet, et non spécialisé, capable de juger par lui-même et apte à vivre en société. L’éducation est une préoccupation majeure de l’humanisme (Erasme, « De l’éducation libérale des enfants« , 1529). Elle se donne pour tâche le développement de toutes ces aptitudes humaines. Elle se fonde sur l’étude des humanités, les studis humanitatis : connaissance des langues grecque et latine, étude et méditation des textes antiques considérés comme porteurs de modèles humains toujours actuels.

Cet épanouissement de l’homme se réalise dans l’existence sociale et non dans la solitude. Mais le monde social lui-même s’avère traversé par la violence d’intérêts contradictoires. La Boétie lance un appel véhément à la liberté. Machiavel tente de penser une action politique rationnelle et fonde la réflexion politique moderne. Montaigne, profondément marqué par la double expérience de l’extermination des Indiens et des guerres de Religion, en appelle lui, à la tolérance.

C’est lui encore qui, à la fin du XVIème siècle, définira le mieux l’idéal profond du mouvement humaniste en affirmant qu’il s’agit de « vivre à propos« , autrement dit de former sa vie en conjuguant « souci de soi » et reconnaissance des autres.

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