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STENDHAL : LA CHARTREUSE DE PARME : LA DESCRIPTION DU LAC DE COME
" La comtesse se mit à revoir ... se serait réfugié ?"

Introduction : Le marquis del Dongo, malgré les services qu'il a rendus à la Cour de Vienne, s'est vu peu à peu disgracié et réduit à se retirer dans son chateau de Grianta, sur le lac de Côme. Il invite sa soeur Gina devenue veuve à venir séjourner au chateau. Gina qui a accepté cette invitation mi-résignée, à moitié enthousiasmée apporte le bonheur au chateau par sa joie de vivre et son entrain.

Enjeu : Avec Fabrice, Gina retrouve le lac sublime de son enfance et ce paysage connu et aimé lui rappelle sa jeunesse et les années passées. A la description de ce lieu priviligié par le narrateur se mêlent les réflexions de Gina.

 

Première phrase : Ce paysage provoque une admiration unanime. (A préciser : le tourisme est né vers 1830).

  • Enumération des sites élevés qui offrent un point de vue incomparable (accentue le côté sublime).
  • " bois sacrés " : allusion à une croyance antique.
  • Caractère moral de la description par les adjectifs (" hardi ", " voluptueux ", " pleine de sévérité ") : Analogie profonde entre le paysage et le moral.
  • Antithèse entre les deux aspects du lac, ce qui est un signe de perfection.
  • Vision hyperbolique de la baie de Naples pour mieux montrer la splendeur de Côme.

Seconde phrase : La comtesse est réceptive (" ravissement "), goûte pleinement la beauté en sentant la métamorphose qui est en train de s'opérer en elle (venant de sa première jeunesse). Cette analyse des sentiments qui s'efforcent de rassembler les souvenirs rappelle la description du lac de Bienne par Rousseau dans " Les Rêveries du promeneur solitaire ". Stendhal rend ici hommage à Rousseau.

3ème et 4ème phrase : Réflexions de Gina.

  • Description péjorative du lac de Léman et mise en évidence de l'opposition entre les deux paysages. Condamnation de l'exploitation par l'homme de la nature : " gâtés ", " forcés à rendre du revenu " (tirer un bénéfice, cf. Mme de Rénal)

5ème phrase : L'expression " si singulière " souligne l'originalité du lieu. Les références au Tasse et à l'Ariote (caractère épique et héroïque) définissent le caractère de Gina.
" garder les illusions " : c'est son désir de rester dans un monde imaginaire (besoin d'aventure).

6ème phrase : Répétition de " tout " et opposition entre " tout " et " rien " : perfection du lieu.
Nuance affectueuse des adjectifs. Sorte d'analogie entre la tendresse de Gina et le paysage. Critique de la civilisation dont Stendhal a horreur.

7ème phrase : La civilisation décrite est rurale (" village " et " clochers "). L'élévation du regard correspond à l'élévation spirituelle.

8ème phrase : Nouvelle opposition avec le lac de Genève (" quelques petits champs " / " grandes pièces ") et ici, les champs sont cultivés pour la satisfaction du regard. Nature sauvage avant tout.

9ème phrase : La mention des " ermitages qu'on voudrait tous habiter " est le rêve d'une vie solitaire, protégée (réflexion de Stendhal).
Leçon de sagesse quand le regard se porte vers le lointain horizon ; on ne prend conscience du bonheur qu'en comparant les moments de bonheur avec les moments de souffrance (annonce l'Invitation de jouir du bonheur présent dans la suite).

10ème phrase : Sensations auditives après les sensations visuelles. " Son des cloches " a un caractère sacré, religieux.

  • La nature s'adresse à l'homme : adoucissement de la sensation qui va se transformer en rêverie mise en évidence par la construction binaire : " mélancolie ", " résignation ".
  • Réflexion sur le temps (tonalité épicurienne de la religion).

11ème et 12ème phrases : Reprise de la réflexion du narrateur. Le " langage " du site, l'harmonie parfaite, a été décrit en détails dans ce passage et pour Gina, le temps est aboli.

13ème phrase : Nostalgie du bonheur passé. Impression d'être déjà une femme qui n'est plus jeune (cf. Balzac, La femme de trente ans).

 

Conclusion : Dans ce passage, c'est la beauté du paysage qui conduit la comtesse à éprouver un vif bonheur : c'est la communion parfaite entre la nature et l'homme. On peut rapprocher ce passage du chapitre VIII au cours duquel Fabrice, la nuit, se laisse aller à la contemplation éblouie du lac de Côme qui lui fait oublier ses chagrins : " L'âme de Fabrice de ne peut résister à cette beauté sublime ".