Giraudoux : Electre : Acte I scène 2
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- Ce fichier contient un commentaire détaillé avec DEUX parties principales, une introduction, une conclusion.
- PASSAGE : Voir passage ci-dessous.
Passage étudié :
LE PRESIDENT. Tu as tout à craindre, c'est le type de la femme à histoires.
AGATHE. Et s'il ne s'agissait que de toi ! Notre famille a tout à craindre !
LE JARDINIER. Je ne comprends pas.
LE PRESIDENT. Tu vas la comprendre : la vie peut être très agréable, n'est-ce pas ?
AGATHE. Très agréable. Infiniment agréable !
LE PRESIDENT. Ne m'interromps pas, chérie, surtout pour dire la même chose. Elle peut être très agréable. Tout a plutôt tendance à s'arranger dans la vie. La peine morale s'y cicatrise autrement vite que l'ulcère, et le deuil que l'orgelet. Mais prends au hasard deux groupes d'humains : chacun contient le même dosage de crime, de mensonge, de vice ou d'adultère.
AGATHE. C'est un bien gros mot, " adultère ", chéri.
LE PRESIDENT. Ne m'interromps pas, surtout pour me contredire. D'où vient que dans l'un l'existence s'écoule douce, correcte, les morts s'oublient, les vivants s'accommodent d'eux-mêmes, et que dans l'autre, c'est l'enfer ? C'est simplement que dans le second il y a une femme à histoires.
L'ETRANGER. C'est que le second a une conscience.
AGATHE. J'en reviens à ton mot " adultère ". C'est quand même un bien gros mot !
LE PRESIDENT. Tais-toi, Agathe. Une conscience ! Croyez-vous ! Si les coupables n'oublient pas leurs fautes, si les vaincus n'oublient pas leurs défaites, les vainqueurs leurs victoires, s'il y a des malédictions, des brouilles, des haines, la faute n'en revient pas à la conscience de l'humanité, qui est toute propension vers le compromis et l'oubli, mais à dix ou quinze femmes à histoires !
L'ETRANGER. Je suis bien de votre avis. Dix ou quinze femmes à histoires ont sauvé le monde de l'égoïsme.
LE PRESIDENT. Elles l'ont sauvé du bonheur ! Je la connais, Electre ! Admettons qu'elle soit ce que tu dis, la justice, la générosité, le devoir. Mais c'est avec la justice, la générosité, le devoir, et non avec l'égoïsme et la facilité, que l'on ruine l'Etat, l'individu et les meilleures familles.
AGATHE. Absolument. Pourquoi, chéri ? Tu me l'as dit, j'ai oublié !
LE PRESIDENT. Parce que ces trois vertus comportent le seul élément vraiment fatal à l'humanité, l'acharnement. Le bonheur n'a jamais été le lot de ceux qui s'acharnent. Une famille heureuse, c'est une reddition locale. Une époque heureuse, c'est l'unanime capitulation.
Giraudoux, Electre
Extrait du commentaire :
Agathe et son mari, le président, s'opposent au mariage de leur cousin, le jardinier, avec la princesse Electre, fille du défunt roi Agamemnon. Le jardinier ne comprend pas les raisons de leur hostilité, pas plus d'ailleurs que l'étranger (qui n'est autre qu'Oreste). Cet union devrait d'autant plus les flatter que nul de conteste la beauté et l'intelligence d'Electre. Pourquoi donc un tel refus de leur part ? C'est que, répond le président, Electre est "le type de femme à histoires". L'extrait se présente comme une conversation à quatre. Celle-ci se compose en réalité d'un double dialogue : entre le président et Agathe d'un côté ; et, de l'autre, l'étranger et le jardinier. Le dialogue entre les époux Théocathoclès confère au passage un air de comédie bourgeoise. L'entretien avec l'étranger achève de camper le personnage d'Electre...
LE PRESIDENT. Tu as tout à craindre, c'est le type de la femme à histoires.
AGATHE. Et s'il ne s'agissait que de toi ! Notre famille a tout à craindre !
LE JARDINIER. Je ne comprends pas.
LE PRESIDENT. Tu vas la comprendre : la vie peut être très agréable, n'est-ce pas ?
AGATHE. Très agréable. Infiniment agréable !
LE PRESIDENT. Ne m'interromps pas, chérie, surtout pour dire la même chose. Elle peut être très agréable. Tout a plutôt tendance à s'arranger dans la vie. La peine morale s'y cicatrise autrement vite que l'ulcère, et le deuil que l'orgelet. Mais prends au hasard deux groupes d'humains : chacun contient le même dosage de crime, de mensonge, de vice ou d'adultère.
AGATHE. C'est un bien gros mot, " adultère ", chéri.
LE PRESIDENT. Ne m'interromps pas, surtout pour me contredire. D'où vient que dans l'un l'existence s'écoule douce, correcte, les morts s'oublient, les vivants s'accommodent d'eux-mêmes, et que dans l'autre, c'est l'enfer ? C'est simplement que dans le second il y a une femme à histoires.
L'ETRANGER. C'est que le second a une conscience.
AGATHE. J'en reviens à ton mot " adultère ". C'est quand même un bien gros mot !
LE PRESIDENT. Tais-toi, Agathe. Une conscience ! Croyez-vous ! Si les coupables n'oublient pas leurs fautes, si les vaincus n'oublient pas leurs défaites, les vainqueurs leurs victoires, s'il y a des malédictions, des brouilles, des haines, la faute n'en revient pas à la conscience de l'humanité, qui est toute propension vers le compromis et l'oubli, mais à dix ou quinze femmes à histoires !
L'ETRANGER. Je suis bien de votre avis. Dix ou quinze femmes à histoires ont sauvé le monde de l'égoïsme.
LE PRESIDENT. Elles l'ont sauvé du bonheur ! Je la connais, Electre ! Admettons qu'elle soit ce que tu dis, la justice, la générosité, le devoir. Mais c'est avec la justice, la générosité, le devoir, et non avec l'égoïsme et la facilité, que l'on ruine l'Etat, l'individu et les meilleures familles.
AGATHE. Absolument. Pourquoi, chéri ? Tu me l'as dit, j'ai oublié !
LE PRESIDENT. Parce que ces trois vertus comportent le seul élément vraiment fatal à l'humanité, l'acharnement. Le bonheur n'a jamais été le lot de ceux qui s'acharnent. Une famille heureuse, c'est une reddition locale. Une époque heureuse, c'est l'unanime capitulation.
Giraudoux, Electre
Extrait du commentaire :
Agathe et son mari, le président, s'opposent au mariage de leur cousin, le jardinier, avec la princesse Electre, fille du défunt roi Agamemnon. Le jardinier ne comprend pas les raisons de leur hostilité, pas plus d'ailleurs que l'étranger (qui n'est autre qu'Oreste). Cet union devrait d'autant plus les flatter que nul de conteste la beauté et l'intelligence d'Electre. Pourquoi donc un tel refus de leur part ? C'est que, répond le président, Electre est "le type de femme à histoires". L'extrait se présente comme une conversation à quatre. Celle-ci se compose en réalité d'un double dialogue : entre le président et Agathe d'un côté ; et, de l'autre, l'étranger et le jardinier. Le dialogue entre les époux Théocathoclès confère au passage un air de comédie bourgeoise. L'entretien avec l'étranger achève de camper le personnage d'Electre...
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