Jean Giraudoux

Giraudoux, Electre, Acte II, Scène 8

Introduction

L’acte I se termine par l’absence de mariage et le début de la recherche de coupables.
Acte II : révélation des coupables, désir de vengeance et de justice.
Acte II scène 8 : il y a des dangers à l’extérieur d’Argos, et Egisthe demande l’aide d’Electre : il demande de faire taire les affaires privées pour privilégier les affaires publiques. La tirade d’Electre est une réponse à celle d’Egisthe : Egisthe se sent roi, évoque la raison d’état à partir d’une révélation ; Electre répond par une autre révélation.
Tirade d’Electre : évocation de sentiments personnels et universels, ce qui est lyrique mais en même temps fait avancer l’action.

I. Une tirade lyrique

Le lyrisme est l’expression de sentiments intimes qui cherche à atteindre l’universel. Pour être lyrique, il faut des sentiments, de l’éloquence et de la poésie.

A. Éloquence

Structure :

• Introduction : lignes 2988 à 2995 « même don ».
• Première partie = évocation du don + annulation : lignes 2995 à 3010 « que non ».
• Deuxième partie = véritable don : lignes 3010 à 3021 « nouveau pays ».
• Conclusion : valeur = tendresse + justice : lignes 3021 à 3025.

Une tirade structurée donc éloquente.

– Anaphores de « don » et « donné », « tous » et « toutes ».
– Autres figures de style.

B. Poésie

Les images de la vie quotidienne sont rendues par deux sens :

La vue : verbe « voir » lignes 2994 à 3001, « sourire » lignes 2996 à 3004, « yeux » ligne 2997.
L’ouï : « cris de la mère et des voisins » ligne 3000, « cri de l’oiseau », « cri de maçon », « jeune homme qui tousse » ligne 3004.

La vue et l’ouï donnent une dimension sensorielle de la vie pour que le spectateur et Egisthe soient plus sensibles à la notion de don.

Mélange de deux règnes de l’univers : règne humain « haleur, laveuse, maçon,… » et règne végétal/animal « oiseau, plante ». Ces deux règnes sont représentés dans la tirade dans la première partie comme dans la deuxième. Dans la même phrase, les règnes se mélangent : ~l3000 « enfant, oiseau, maçon », ~l3015 « plantes, jeune homme malade ».

C. Lyrisme

Expression personnelle d’Electre, sentiments et impressions : première personne « j’ai vu, j’ai su, … » : c’est de la compassion pour ce que vivent les autres.

Expression des sentiments des autres : souffrance, peur « cri » ligne 3000 ; joie « sourire ».

L’évocation des sentiments d’Electre passe par l’évocation de l’univers :

• Première partie : réalités concrètes d’individus : singulier « un, une ».
•Deuxième partie : on abouti à des réalités collectives, abstraites, plurielles « rayons, éclats, désirs, désespoirs » pour arriver à la notion de patrie.

II. Intérêt dramatique

A. Face à face

La tirade d’Electre est une réponse à la tirade d’Egisthe Acte II scène 7. Electre reprend les mêmes mots qu’Egisthe : « don, donné, patrie ». Elle fait une argumentation habile en reprenant les mêmes mots donc elle semble avoir la même pensée pour dire non ensuite.

A propos d’Argos :
• Fausse conciliation entre Electre et Egisthe sur la réalité sociale d’Argos « haleur, maçon, laveuse ». Egisthe fait la même chose dans sa tirade « maraîchers, écluses, tanneries ».
• Refus de conciliation. Argos est vue comme aillant des « frontières étroites » l3023. A la place d’Argos, Electre met l’univers « univers, nouveau pays, immense » + hyperboles plurielles « patrie universelle » qui a comme valeur « la tendresse et la justice ».

B. Electre

Une nouvelle naissance d’Electre :

Elle s’affirme : « je » plus important dans la deuxième partie que dans la première. Electre grandit au fur et à mesure qu’elle parle par rapport à Egisthe, qui a de moins en moins de place en elle. La tirade les met sur un pied d’égalité.

« tendresse et justice » sont la devise d’Electre, c’est ce que dit Clytemnestre juste après. Ces deux mots clés sont mis en valeur par leur place dans la tirade : ce sont les deux derniers mots, et aussi dans la phrase qui dure depuis quatre lignes : on attend la révélation.

Ces mots abstraits sont rendus concrets par une évocation de situation précise via des métonymies et un voc antithétique « rayons + éclats s’oppose à mélancolie », « rides + ombres s’oppose à joyeux », « désirs s’oppose à désespoirs ». Tous les éléments antithétiques se retrouvent dans le mot « visage ».
Electre a donc la capacité de tout saisir même les extrêmes, de tout comprendre, donc elle peut tout gérer. Elle passe du cas particulier, privé : de la vengeance familiale au cas public. La tendresse s’applique à son père mais aussi à ses semblables. La justice s’applique à sa famille donc aux Hommes

Conclusion

C’est un passage poétique et convainquant.
Ce passage est aussi important dans le déroulement de la pièce donc de la tragédie : ici, Electre s’oppose à Egisthe, donnant ainsi une dimension universelle à sa lutte donc une dimension intemporelle.

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