Beaumarchais : Le Mariage de Figaro : Acte I scène 10

  • Vous allez pouvoir accéder au commentaire composé du début de l'"Acte I scène 10" de la pièce "Le Mariage de Figaro" de "Beaumarchais".
  • Ce fichier contient un commentaire détaillé avec DEUX parties principales, une introduction, une conclusion.
  • PASSAGE : Voir texte ci-dessous (début de la scène).
Extrait du commentaire :

Les acteurs sont nombreux sur scène à assister à la déconfiture du comte, que Figaro provoque avec le soutien de la foule et de la gente féminine. Le comte, qui est sous le charme de Suzanne, est obligé de renoncer publiquement au droit antique de cuissage qu’il prétendait encore exercer sur elle. Toute l’habileté de Figaro (et de son créateur, Beaumarchais !) tient à sa capacité d’atteindre son but, préserver Suzanne des visées du comte, sans entrer en conflit direct avec lui. Il s’arrange avec les règles de bienséance et arrive à ses fins en finesse.

Dans la scène huit, le comte a avoué à Suzanne la tentation qu’elle représente pour lui, et lui réclame un rendez-vous galant. L’irruption de Basile, le maître de musique, force le Comte à  couper court, il se jette vite derrière un fauteuil, où se trouve déjà le jeune Chérubin, qu’il a banni peu avant pour l’avoir découvert avec la fille du jardinier, Fanchette. Lorsque le comte révèle à tous sa présence, c’est l’heure des explications. Le comte est furieux contre ses sujets et commence par s’opposer au mariage de Suzanne avec Figaro. Il apparaît clairement comme fourbe, libertin, abusant de son pouvoir aux yeux des spectateurs.

La scène 10 s’ouvre avec l’arrivée de Figaro, suivi de la comtesse, de Fanchette, et d’une foule de servants vêtus de blanc. Figaro va tenter le tout pour le tout pour pousser le comte à renoncer à ses vues sur son aimée...

Texte étudié :

CHÉRUBIN, SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE, FANCHETTE, BAZILE ; beaucoup de valets, paysannes, paysans vêtus de blanc.

FIGARO, tenant une toque de femme, garnie de plumes blanches et de rubans blancs, parle à la Comtesse : Il n'y a que vous, Madame, qui puissiez nous obtenir cette faveur.
LA COMTESSE : Vous les voyez, Monsieur le Comte, ils me supposent un crédit que je n'ai point : mais comme leur demande n'est pas déraisonnable...
LE COMTE, embarrassé : Il faudrait qu'elle le fût beaucoup...
FIGARO, bas à Suzanne : Soutiens bien mes efforts.
SUZANNE, bas à Figaro : Qui ne mèneront à rien.
FIGARO, bas : Va toujours.
LE COMTE, à Figaro : Que voulez-vous ?
FIGARO : Monseigneur, vos vassaux, touchés de l'abolition d'un certain droit fâcheux, que votre amour pour Madame...
LE COMTE : Eh bien, ce droit n'existe plus, que veux-tu dire ?
FIGARO, malignement : Qu'il est bien temps que la vertu d'un si bon maître éclate ; elle m'est d'un tel avantage, aujourd'hui, que je désire être le premier à la célébrer à mes noces.
LE COMTE, plus embarrassé : Tu te moques, ami l'abolition d'un droit honteux n'est que l'acquit d'une dette envers l'honnêteté. Un Espagnol peut vouloir conquérir la beauté par des soins ; mais en exiger le premier, le plus doux emploi, comme une servile redevance, ah ! c'est la tyrannie d'un Vandale, et non le droit avoué d'un noble Castillan.
FIGARO, tenant Suzanne par la main : Permettez donc que cette jeune créature, de qui votre sagesse a préservé l'honneur, reçoive de votre main publiquement la toque virginale, ornée de plumes et de rubans blancs, symbole de la pureté de vos intentions ; adoptez-en la cérémonie pour tous les mariages, et qu'un quatrain chanté en choeur rappelle à jamais le souvenir...
LE COMTE, embarrassé : Si je ne savais pas qu'amoureux, poète et musicien sont trois titres d'indulgence pour toutes les folies...
FIGARO : Joignez-vous à moi, mes amis.
TOUS ENSEMBLE : Monseigneur ! Monseigneur !
SUZANNE, au Comte : Pourquoi fuir un éloge que vous méritez si bien ?
LE COMTE, à part: La perfide !
FIGARO: Regardez-la donc, Monseigneur ; jamais plus jolie fiancée ne montrera mieux la grandeur de votre sacrifice.
SUZANNE : Laisse là ma figure, et ne vantons que sa vertu.
LE COMTE, à part : C'est un jeu que tout ceci.
LA COMTESSE : Je me joins à eux, Monsieur le Comte et cette cérémonie me sera toujours chère, puisqu'elle doit son motif à l'amour charmant que vous aviez pour moi.
LE COMTE : Que j'ai toujours, Madame ; et c'est à ce titre que je me rends.
TOUS ENSEMBLE: Vivat
LE COMTE, à part : Je suis pris. (Haut.) Pour que la cérémonie eût un peu plus d'éclat, je voudrais seulement qu'on la remit à tantôt. (A part.) Faisons vite chercher Marceline.


Beaumarchais, Le Mariage de Figaro
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