Jean-Claude Carrière : La Controverse de Valladolid : Chapitre 7 : Eh bien ? Qu'est-ce que ça prouve ? demande le légat [...] Le cardinal accorde ce point, ne pouvant guère discuter
- Vous allez pouvoir accéder au commentaire d'un extrait du "Chapitre 7" de "La Controverse de Valladolid" de "Jean-Claude Carrière".
- Ce fichier contient un plan détaillé avec DEUX parties principales.
- PASSAGE : Eh bien ? Qu'est-ce que ça prouve ? demande le légat [...] Le cardinal accorde ce point, ne pouvant guère discuter.
Texte étudié :
- Eh bien ? Qu'est-ce que ça prouve ? demande le légat.
- Eminence, cela prouve tout simplement qu'ils sont capables de
penser ! De peser le pour et le contre ! Et cela très rapidement ! Aussi
rapidement que nous ! Cette femme a parfaitement compris la situa-
tion, et les dangers que courait son mari. Son réflexe était signe de
toute pensée supérieure !
- Satan s'appelle communément le Malin, dit Sépulvéda. Il peut
inspirer à ses partisans toutes les ruses hypocrites. Le renard est rusé :
Dirons-nous que son âme est immortelle et que, s'il est sauvé, il finira
au paradis ?
- Mais le renard ne se bâtit pas de statues ! Ni de pyramides ! Il ne
creuse pas de canaux, il va tout nu dans la broussaille, il ne paie pas
d'impôts, le renard ! Et sa femelle ne le retient pas quand il risque de
s'exposer !
Las Casas a vivement donné la voix. On peut croire, à certains
moments, qu'il va perdre patience, laisser surgir toute sa colère - ce
que sans doute le philosophe goûterait fort, car un adversaire irascible
est plus facile à malmener.
- N'êtes-vous pas un renard vous-même ? demande-t-il à Sépulvéda.
Un renard philosophe, qui pour sa nourriture ronge les pages
d'Aristote ? Un renard qui connaît le grec, et qui ne sait rien de la vie ?
N'êtes-vous pas rusé ? Le plus rusé de nous deux ? Tout le monde ici
reconnaît votre habileté. Est-ce le signe que vous appartenez au Diable ?
Le Cardinal saisit la sonnette et l'agite depuis un moment. Quand
Las Casas consent à se taire, le prélat lui fait remarquer que de pareils
propos portent atteinte à la signité du débat, que l'argument ad
hominem, à plus forte raison l'insolence et l'injure ne sont en aucune
manière recevables.
- Dans ce cas, demande Las Casas en s'adoucissant, n'est-ce pas le
soi-disant philosophe qui le premier se laissa emporter ? N'est-ce pas
lui qui parla de renard à propos de créatures humaines ? Eminence, je
sais que je suis irritable, c'est mon défaut et ma qualité. J'accepte votre
blâme, à condition de le partager avec monsieur le professeur, puisque
notre faute est la même.
- Elle n'est pas nécessairement la même, répond patiemment le
prélat. Vous dites que ces indigènes sont des créatures parfaitement
humaines, ce qui n'est pas sûr. Nous sommes précisément ici pour en
décider, dois-je encore vous le rappeler ?
Las Casas choisit de se taire. Peut-être estime-t-il que le chemin est
encore long et qu'il lui faudra ménager ses forces. Ladrada lui conseille
le calme en lui tendant un verre d'eau.
Le cardinal pose une question générale :
- Qui voudrait une précision ?
Une main se lève, une voix demande :
- Est-ce qu'ils sont sensibles à la douleur ?
Las Casas repose en toute hâte son verre d'eau et se tourne vers le
moine qui vient de parler.
- A la douleur ? Vous ne voudriez tout de même pas essayer ? Ici,
dans un monastère ? Oui, ils souffrent ! Je peux vous assurer qu'ils
souffrent comme nous. Ils se plaignent quand on les frappe.
- Les chiens et les chevaux aussi, dit Sépulvéda.
- Encore ! Mais quand donc cesserez-vous de les considérer comme
des animaux ? De leur ouvrir la porte de votre petite ménagerie ? Ne
voyez-vous pas qu'ils sont des hommes ?
- Une fois de plus, Eminence, dit alors Sépulvéda, mes propos sont
déformés par mon adversaire. Vieille technique de dispute que dénon-
çait déjà Cicéron, et que je regrette très vivement de retrouver à cette
place.
- Expliquez-vous donc.
- Ai-je dit qu'ils étaient des animaux ? En aucune manière. J'ai dit
que le renard était rusé, et que les chiens, comme les chevaux, redou-
tent fort la bastonnade. Qui peut le nier ? A aucun moment je n'ai
soutenu que ces hommes et cette femme sont des animaux. J'ai dit
qu'ils sont humains, mais d'une catégorie inférieure. Que leur nature
n'est pas l'égale de la nôtre. C'est tout ce que j'ai dit. J'ai fait simple-
ment remarquer, en observant scrupuleusement toutes les leçons de la
logique, que la ruse et la peur des coups ne sont pas, n'ont jamaisé été
l'apanage de l'espèce humain. Je voudrais que note en soit prise.
Le cardinal accorde ce point, ne pouvant guère discuter.
Extrait du commentaire :
C'est un texte comportant beaucoup d'alinéas, on est donc en présence de nombreux petits paragraphes. On remarque qu'un grand nombre de ces paragraphes commencent par des tirets : ce texte est donc un dialogue. Entre deux, on trouve quand même certains passages narratifs...
- Eh bien ? Qu'est-ce que ça prouve ? demande le légat.
- Eminence, cela prouve tout simplement qu'ils sont capables de
penser ! De peser le pour et le contre ! Et cela très rapidement ! Aussi
rapidement que nous ! Cette femme a parfaitement compris la situa-
tion, et les dangers que courait son mari. Son réflexe était signe de
toute pensée supérieure !
- Satan s'appelle communément le Malin, dit Sépulvéda. Il peut
inspirer à ses partisans toutes les ruses hypocrites. Le renard est rusé :
Dirons-nous que son âme est immortelle et que, s'il est sauvé, il finira
au paradis ?
- Mais le renard ne se bâtit pas de statues ! Ni de pyramides ! Il ne
creuse pas de canaux, il va tout nu dans la broussaille, il ne paie pas
d'impôts, le renard ! Et sa femelle ne le retient pas quand il risque de
s'exposer !
Las Casas a vivement donné la voix. On peut croire, à certains
moments, qu'il va perdre patience, laisser surgir toute sa colère - ce
que sans doute le philosophe goûterait fort, car un adversaire irascible
est plus facile à malmener.
- N'êtes-vous pas un renard vous-même ? demande-t-il à Sépulvéda.
Un renard philosophe, qui pour sa nourriture ronge les pages
d'Aristote ? Un renard qui connaît le grec, et qui ne sait rien de la vie ?
N'êtes-vous pas rusé ? Le plus rusé de nous deux ? Tout le monde ici
reconnaît votre habileté. Est-ce le signe que vous appartenez au Diable ?
Le Cardinal saisit la sonnette et l'agite depuis un moment. Quand
Las Casas consent à se taire, le prélat lui fait remarquer que de pareils
propos portent atteinte à la signité du débat, que l'argument ad
hominem, à plus forte raison l'insolence et l'injure ne sont en aucune
manière recevables.
- Dans ce cas, demande Las Casas en s'adoucissant, n'est-ce pas le
soi-disant philosophe qui le premier se laissa emporter ? N'est-ce pas
lui qui parla de renard à propos de créatures humaines ? Eminence, je
sais que je suis irritable, c'est mon défaut et ma qualité. J'accepte votre
blâme, à condition de le partager avec monsieur le professeur, puisque
notre faute est la même.
- Elle n'est pas nécessairement la même, répond patiemment le
prélat. Vous dites que ces indigènes sont des créatures parfaitement
humaines, ce qui n'est pas sûr. Nous sommes précisément ici pour en
décider, dois-je encore vous le rappeler ?
Las Casas choisit de se taire. Peut-être estime-t-il que le chemin est
encore long et qu'il lui faudra ménager ses forces. Ladrada lui conseille
le calme en lui tendant un verre d'eau.
Le cardinal pose une question générale :
- Qui voudrait une précision ?
Une main se lève, une voix demande :
- Est-ce qu'ils sont sensibles à la douleur ?
Las Casas repose en toute hâte son verre d'eau et se tourne vers le
moine qui vient de parler.
- A la douleur ? Vous ne voudriez tout de même pas essayer ? Ici,
dans un monastère ? Oui, ils souffrent ! Je peux vous assurer qu'ils
souffrent comme nous. Ils se plaignent quand on les frappe.
- Les chiens et les chevaux aussi, dit Sépulvéda.
- Encore ! Mais quand donc cesserez-vous de les considérer comme
des animaux ? De leur ouvrir la porte de votre petite ménagerie ? Ne
voyez-vous pas qu'ils sont des hommes ?
- Une fois de plus, Eminence, dit alors Sépulvéda, mes propos sont
déformés par mon adversaire. Vieille technique de dispute que dénon-
çait déjà Cicéron, et que je regrette très vivement de retrouver à cette
place.
- Expliquez-vous donc.
- Ai-je dit qu'ils étaient des animaux ? En aucune manière. J'ai dit
que le renard était rusé, et que les chiens, comme les chevaux, redou-
tent fort la bastonnade. Qui peut le nier ? A aucun moment je n'ai
soutenu que ces hommes et cette femme sont des animaux. J'ai dit
qu'ils sont humains, mais d'une catégorie inférieure. Que leur nature
n'est pas l'égale de la nôtre. C'est tout ce que j'ai dit. J'ai fait simple-
ment remarquer, en observant scrupuleusement toutes les leçons de la
logique, que la ruse et la peur des coups ne sont pas, n'ont jamaisé été
l'apanage de l'espèce humain. Je voudrais que note en soit prise.
Le cardinal accorde ce point, ne pouvant guère discuter.
Extrait du commentaire :
C'est un texte comportant beaucoup d'alinéas, on est donc en présence de nombreux petits paragraphes. On remarque qu'un grand nombre de ces paragraphes commencent par des tirets : ce texte est donc un dialogue. Entre deux, on trouve quand même certains passages narratifs...
- Pour accéder au document,
- CLIQUEZ sur le drapeau correspondant à votre pays en bas de page.
- Une fenêtre s'ouvre, appelez ensuite le numéro de téléphone qui s'affiche (vous pouvez appeler à partir de n'importe quel poste, cet appel vous est facturé 1.80EUR).
- Suivez bien les instructions qui vont vous être indiquées au téléphone. Notez bien le CODE que l'on va vous communiquer sur un morceau de papier par exemple.
- Entrez ensuite ce code dans le CHAMP en bas de page (en dessous des drapeaux) puis cliquez sur le bouton "Envoyer".
- Vous accédez alors au document souhaité. Si vous rencontrez des problèmes, contactez-nous.