Montesquieu : Lettres persanes : Lettre 74 (LXXIV)
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- Ce fichier contient un commentaire composé détaillé avec DEUX parties principales et une introduction.
- PASSAGE : Lettre en entier.
Extrait du commentaire :
Cette oeuvre est un roman épistolaire (lettre) paru dans l'anonymat par peur de la critique car il y avait beaucoup de censure. Montesquieu a imaginé des personnages d'origine perse qui ont voyagés à travers l'Europe. Ici, Usbek, un noble persan qui adresse des lettres à ses amis dont ici Rica, pour lui décrire ses impressions face aux cultures qu'il découvre. Ces êtres sont complètement inventés, mais Montesquieu a utilisé un moyen qui va devenir courant chez les philosophes des Lumières, c'est-à-dire la création d'un personnage étranger pour porter un regard neuf, critique sur la société, en particulier sur la société française. Exemples : "Micromégas" de Voltaire, qui invente un géant ; "Les voyages de Gulliver" de Swift...
Texte étudié :
LETTRE LXXIV.
RICA A USBEK.
A ***.
Il y a quelques jours qu'un homme de ma connaissance me dit : Je vous ai promis de vous produire dans les bonnes maisons de Paris ; je vous mène à présent chez un grand seigneur qui est un des hommes du royaume qui représentent le mieux.
Que cela veut-il dire, monsieur ? est-ce qu'il est plus poli, plus affable qu'un autre ? Ce n'est pas cela, me dit-il. Ah ! J'entends ; il fait sentir à tous les instants la supériorité qu'il a sur tous ceux qui l'approchent ; si cela est, je n'ai faire d'y aller ; je prends déjà condamnation, et je la lui passe tout entière.
Il fallut pourtant marcher ; et je vis un petit homme si fier, il prit une prise de tabac avec tant de hauteur, il se moucha si impitoyablement, il cracha avec tant de flegme, il caressa ses chiens d'une manière si offensante pour les hommes, que je ne pouvais me laisser de l'admirer. Ah ! bon Dieu ! dis-je en moi-même, si lorsque j'étais à la course de la Perse, je représentais ainsi, je représentais un grand sot ! Il aurait fallu, Usbek, que nous eussions eu un bien mauvais naturel pour aller faire cent petites insultes à des gens qui venaient tous les jours chez nous nous témoigner leur bienveillance ; ils savaient bien que nous étions au-dessus d'eux ; et s'ils l'avaient ignoré, nos bienfaits le leur auraient appris chaque jour. N'ayant rien à faire pour nous faire respecter, nous faisions tout pour nous rendre aimables : nous nous communiquions aux plus petits ; au milieu des grandeurs, qui endurcissent toujours, ils nous trouvaient sensibles ; ils ne voyaient que notre coeur au-dessus d'eux ; nous descendions jusqu'à leurs besoins. Mais lorsqu'il fallait soutenir la majesté du prince dans les cérémonies publiques ; lorsqu'il fallait faire respecter la nation aux étrangers ; lorsque enfin, dans les occasions périlleuses, il fallait animer les soldats, nous remontions cent fois plus haut que nous n'étions descendus ; nous ramenions la fierté sur notre visage ; et l'on trouvait quelquefois que nous représentions assez bien.
De Paris, le 10 de la lune de Saphar, 1715.
Cette oeuvre est un roman épistolaire (lettre) paru dans l'anonymat par peur de la critique car il y avait beaucoup de censure. Montesquieu a imaginé des personnages d'origine perse qui ont voyagés à travers l'Europe. Ici, Usbek, un noble persan qui adresse des lettres à ses amis dont ici Rica, pour lui décrire ses impressions face aux cultures qu'il découvre. Ces êtres sont complètement inventés, mais Montesquieu a utilisé un moyen qui va devenir courant chez les philosophes des Lumières, c'est-à-dire la création d'un personnage étranger pour porter un regard neuf, critique sur la société, en particulier sur la société française. Exemples : "Micromégas" de Voltaire, qui invente un géant ; "Les voyages de Gulliver" de Swift...
Texte étudié :
LETTRE LXXIV.
RICA A USBEK.
A ***.
Il y a quelques jours qu'un homme de ma connaissance me dit : Je vous ai promis de vous produire dans les bonnes maisons de Paris ; je vous mène à présent chez un grand seigneur qui est un des hommes du royaume qui représentent le mieux.
Que cela veut-il dire, monsieur ? est-ce qu'il est plus poli, plus affable qu'un autre ? Ce n'est pas cela, me dit-il. Ah ! J'entends ; il fait sentir à tous les instants la supériorité qu'il a sur tous ceux qui l'approchent ; si cela est, je n'ai faire d'y aller ; je prends déjà condamnation, et je la lui passe tout entière.
Il fallut pourtant marcher ; et je vis un petit homme si fier, il prit une prise de tabac avec tant de hauteur, il se moucha si impitoyablement, il cracha avec tant de flegme, il caressa ses chiens d'une manière si offensante pour les hommes, que je ne pouvais me laisser de l'admirer. Ah ! bon Dieu ! dis-je en moi-même, si lorsque j'étais à la course de la Perse, je représentais ainsi, je représentais un grand sot ! Il aurait fallu, Usbek, que nous eussions eu un bien mauvais naturel pour aller faire cent petites insultes à des gens qui venaient tous les jours chez nous nous témoigner leur bienveillance ; ils savaient bien que nous étions au-dessus d'eux ; et s'ils l'avaient ignoré, nos bienfaits le leur auraient appris chaque jour. N'ayant rien à faire pour nous faire respecter, nous faisions tout pour nous rendre aimables : nous nous communiquions aux plus petits ; au milieu des grandeurs, qui endurcissent toujours, ils nous trouvaient sensibles ; ils ne voyaient que notre coeur au-dessus d'eux ; nous descendions jusqu'à leurs besoins. Mais lorsqu'il fallait soutenir la majesté du prince dans les cérémonies publiques ; lorsqu'il fallait faire respecter la nation aux étrangers ; lorsque enfin, dans les occasions périlleuses, il fallait animer les soldats, nous remontions cent fois plus haut que nous n'étions descendus ; nous ramenions la fierté sur notre visage ; et l'on trouvait quelquefois que nous représentions assez bien.
De Paris, le 10 de la lune de Saphar, 1715.
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