Chateaubriand : Mémoires d'outre-tombe : Les soirées de Combourg
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- PASSAGE : Voir texte étudié ci-dessous.
Extrait du commentaire :
Nous allons étudier un texte de Chateaubriand tiré des « Mémoires d'outre-tombe » intitulé « Les soirées à Combourg ». Le vicomte de Chateaubriand, François-René de son vrai nom, est un écrivain français né à St Malo en 1768 et mort en 1848. Il assiste aux débuts de la révolution dont il écrira un essai, « Essai sur les révolution 1797 ». Les « Mémoires d'outre-tombe » sont le monument funéraire que Chateaubriand construisit à sa propre gloire. Le point de vue de l'auteur n'est pas celui d'un homme immergé dans la vie, mais celui de l'éternité. Combourg est le lieu où se trouve le tombeau de son père. « Les soirées à Combourg » se situent au début des Mémoires. L'écrivain n'est pas né à Combourg donc il n'est pas attaché à ce lieu qui n'est pas celui de sa naissance et qui n'est pas non plus un lieu d'écriture. Combourg occupe cependant une place déterminante dans la vie de Chateaubriand. Combourg crée un espace mental mélancolique de rêverie pour l'auteur qui deviendra un des écrivains romantiques mettant en évidence le culte du moi, c'est la génération mélancolique. L'auteur développe l'imaginaire. Ce souvenir est une élaboration rétrospective d'un souvenir, il fait un micro-roman de sa vie. Il y a un aspect autobiographique et romanesque...
Texte étudié :
A huit heures, la cloche annonçait le souper ; Après le souper, dans les beaux jours, on s'asseyait sur le perron ; Mon père, armé de son fusil, tirait les chouettes qui sortaient des créneaux à l'entrée de la nuit. Ma mère, Lucile et moi, nous regardions le ciel, les bois, les dernier rayons du soleil, les premières étoiles ; A dix heures, on rentrait et l'on se couchait.
Les soirées d'automne et d'hiver étaient d'une autre nature. Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée, ma mère se jetait en soupirant sur un vieux lit de jour de siamoise flambée ; on mettait devant elle un guéridon avec une bougie. Je m'asseyais auprès du feu avec Lucile ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient ; Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher. Il était vêtu d'une robe de ratine blanche, ou plutôt d'une espèce de manteau que je n'ai vu qu'à lui. Sa tête, demi chauve, était couverte d'un grand bonnet blanc qui se tenait tut droit. Lorsqu'en se promenant, il s'éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le voyait plus ; puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa figure longue et pâle. Lucile et moi, nous échangions quelques mots à voix basse, quand il était à l'autre bout de la salle ; nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. Il nous disait, en passant ; « De quoi parliez-vous ? ». Saisis de terreur, nous ne répondions rien : il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et du murmure du vent.
Dix heures sonnaient à l'horloge du château ; mon père s'arrêtait ; le même ressort, qui avait soulevé le marteau de l'horloge, semblait avoir suspendu ses pas. Il tirait sa montre, la montait, prenait un grand flambeau d'argent surmonté d'une grande bougie, entrait un moment dans la petite tour de l'ouest, puis revenait, son flambeau à la main, et s'avançait vers sa chambre à coucher, dépendante de la petite tour de l'est. Lucile et moi, nous nous tenions sur son passage ; nous l'embrassions, en lui souhaitant une bonne nuit. Il penchait vers nous sa joue sèche et creuse sans nous répondre, continuait sa route et se retirait au fond de la tour, dont nous entendions les portes se refermer sur lui.
Le talisman était brisé ; ma mère, ma sœur et moi, transformés en statues par la présence de mon père, nous recouvrions les fonctions de la vie. Le premier effet de notre désenchantement se manifestait par un débordement de paroles ; si le silence nous avait opprimés, il nous le payait cher.
Nous allons étudier un texte de Chateaubriand tiré des « Mémoires d'outre-tombe » intitulé « Les soirées à Combourg ». Le vicomte de Chateaubriand, François-René de son vrai nom, est un écrivain français né à St Malo en 1768 et mort en 1848. Il assiste aux débuts de la révolution dont il écrira un essai, « Essai sur les révolution 1797 ». Les « Mémoires d'outre-tombe » sont le monument funéraire que Chateaubriand construisit à sa propre gloire. Le point de vue de l'auteur n'est pas celui d'un homme immergé dans la vie, mais celui de l'éternité. Combourg est le lieu où se trouve le tombeau de son père. « Les soirées à Combourg » se situent au début des Mémoires. L'écrivain n'est pas né à Combourg donc il n'est pas attaché à ce lieu qui n'est pas celui de sa naissance et qui n'est pas non plus un lieu d'écriture. Combourg occupe cependant une place déterminante dans la vie de Chateaubriand. Combourg crée un espace mental mélancolique de rêverie pour l'auteur qui deviendra un des écrivains romantiques mettant en évidence le culte du moi, c'est la génération mélancolique. L'auteur développe l'imaginaire. Ce souvenir est une élaboration rétrospective d'un souvenir, il fait un micro-roman de sa vie. Il y a un aspect autobiographique et romanesque...
Texte étudié :
A huit heures, la cloche annonçait le souper ; Après le souper, dans les beaux jours, on s'asseyait sur le perron ; Mon père, armé de son fusil, tirait les chouettes qui sortaient des créneaux à l'entrée de la nuit. Ma mère, Lucile et moi, nous regardions le ciel, les bois, les dernier rayons du soleil, les premières étoiles ; A dix heures, on rentrait et l'on se couchait.
Les soirées d'automne et d'hiver étaient d'une autre nature. Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée, ma mère se jetait en soupirant sur un vieux lit de jour de siamoise flambée ; on mettait devant elle un guéridon avec une bougie. Je m'asseyais auprès du feu avec Lucile ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient ; Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher. Il était vêtu d'une robe de ratine blanche, ou plutôt d'une espèce de manteau que je n'ai vu qu'à lui. Sa tête, demi chauve, était couverte d'un grand bonnet blanc qui se tenait tut droit. Lorsqu'en se promenant, il s'éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le voyait plus ; puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa figure longue et pâle. Lucile et moi, nous échangions quelques mots à voix basse, quand il était à l'autre bout de la salle ; nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. Il nous disait, en passant ; « De quoi parliez-vous ? ». Saisis de terreur, nous ne répondions rien : il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et du murmure du vent.
Dix heures sonnaient à l'horloge du château ; mon père s'arrêtait ; le même ressort, qui avait soulevé le marteau de l'horloge, semblait avoir suspendu ses pas. Il tirait sa montre, la montait, prenait un grand flambeau d'argent surmonté d'une grande bougie, entrait un moment dans la petite tour de l'ouest, puis revenait, son flambeau à la main, et s'avançait vers sa chambre à coucher, dépendante de la petite tour de l'est. Lucile et moi, nous nous tenions sur son passage ; nous l'embrassions, en lui souhaitant une bonne nuit. Il penchait vers nous sa joue sèche et creuse sans nous répondre, continuait sa route et se retirait au fond de la tour, dont nous entendions les portes se refermer sur lui.
Le talisman était brisé ; ma mère, ma sœur et moi, transformés en statues par la présence de mon père, nous recouvrions les fonctions de la vie. Le premier effet de notre désenchantement se manifestait par un débordement de paroles ; si le silence nous avait opprimés, il nous le payait cher.
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