ROUSSEAU, Du contrat social, « Chacun se donnant à tous ne se donne à personne »

ROUSSEAU, Du Contrat social, « Chacun se donnant à tous ne se donne à personne » (Commentaire composé)



           Plan d'analyse :

 

Axe 1 : Une argumentation Cartésienne … (visant à déjouer le paradoxe initial)

1 - L'argumentation

2 - Le paradoxe déjoué

Axe 2 : … doublée d'un art consommé de la persuasion


Analyse rédigée

- Introduction :


Dans son "Contrat social" Rousseau propose un pacte entre les citoyens dans le but de remédier aux inégalités persistantes de la société. Dans ce court passage, l'auteur expose quelles sont les conditions pour le maintien d'une société, il pense que seul un pacte social, ou contrat, peut permettre aux membres de la société de vivre idéalement en commun. Dans ce court extrait, Rousseau a composé une véritable argumentation cartésienne (qualités intellectuelles considérées commecaractéristiques de Descartes - clair, logique, méthodique, rationnel, solide), elle-même doublée d'un art consommé de la persuasion...


Axe 1 : Une argumentation Cartésienne …

1 – L'argumentation


            L'argumentation cartésienne se caractérise par un raisonnement clair, logique, à la méthode inébranlable, des qualités qui étaient attribuées à Descartes.

L'argumentation est en effet très rigoureuse et dotée d'une méthode sans faille, ainsi, Rousseau a découpé l'évolution de son argumentation en paragraphes. En effet, le premier paragraphe permet de dégager la nature du problème qui correspond en fait à la thèse du texte : « Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution » aux lignes 5/6/7. Dans le second paragraphe, il définit les « clauses de ce contrat » et il dit même qu'elles sont « partout les mêmes ». Enfin restreint ses propos dans le troisième paragraphe en disant que ces clauses « se réduisent toutes à une seule ». On constate donc une évolution pour poser le thème et établir ce paradoxe pour que dans une seconde partie il justifie et explique ces contradictions. C'est ainsi que l'on peut après ces 3 premières étapes observer 3 nouvelles phases grâce auxquelles il va insister pour détailler sa thèse du contrat social. La première phase débute à la ligne 20 avec les connecteurs logiques « Car, premièrement » qui montrent bien l'enchaînement d'une nouvelle idée. Il expose ainsi les conditions de l'égalité entre les êtres. Dans le 4ème paragraphe correspondant à la deuxième phase, il parle de l'union parfaite qui implique une absence de réclamation et donc aucun risque de tyrannie. La dernière phase est constituée du paragraphe 5, il expose dans celui-ci le principe d'égalité que l'on regagne après l'avoir un temps perdu. Cette argumentation se caractérise donc par 6 phases distillées en 5 paragraphes, ces phases correspondent toutes à une idée précise, elles sont séparées en 2x3, puisque l'énonciation de la thèse précède la justification.

Pour fini, l'auteur offre une conclusion en résumant ses propos, cela conforte donc son argumentation en donnant une définition simplifiée de son contrat.

 

2 – Paradoxe est déjoué

Cette argumentation de la part de Rousseau aussi bien construite qu'elle le soit, met malgré tout un paradoxe au jour : comment expliquer le fait qu'il conseille de renoncer à tous ses droits et que cela implique tout de même que l'on reste aussi libre qu'avant. En effet il stipule bien que « chacun s'unissant à tous […] reste aussi libre qu'auparavant ». Cette contradiction est parfaitement illustrée par le connecteur logique « pourtant » au sein de la même phrase, cela signifie que l'auteur admet qu'il y a une opposition mais qu'il va tout de même démontrer la vraisemblance de thème. Rousseau arrive tout de même à déjouer ce paradoxe, il va tout d'abord admettre qu'il y a là un problème, il dit en effet « tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution ». Ce paradoxe est en fait déjoué grâce aux ‘'concessions'' qu'il fait tout au long du texte, puisqu'il n'affirme pas que sa méthode est infaillible et impose bon nombre de condition pour une totale réussite de sa théorie.

Pour finir si le paradoxe est relativement facilement déjoué et contourné c'est aussi grâce à l'argumentation exemplaire que l'auteur met ensuite en place pour convaincre son lecteur du bienfait de son contrat.

Axe 2 : … doublée d'un art consommé de la persuasion

La persuasion est l'art de provoquer l'adhésion du public auquel on a affaire, c'est ce que tente de faire Jean-Jacques Rousseau tout au long de son œuvre Du contrat social et plus particulièrement dans cet extrait.

Tout d'abord l'auteur implique le lecteur, pour que celui-ci se sente plus concerné et donc réfléchisse mieux à cette théorie pour que finalement il y adhère. Pour que le lecteur se sente encore plus concerné, il utilise à partir de la ligne 30 un « nous » le mettant à la même hauteur que le lecteur. Il différencie ainsi la théorie qui constitue l'essentiel de son argumentation à la proposition pratique qui engage le lecteur. La persuasion dont fait preuve l'auteur est rendue possible également grâce à l'argumentation mise en place qui doit convaincre le lecteur du bienfait du contrat et par voie de conséquence l'y faire adhérer.

De plus il existe beaucoup de champs lexicaux contribuant à sensibiliser le lecteur. Il y a effectivement une abondance des termes en rapport avec le droit et le contrat comme « association, associé, contrat, clauses, acte, pacte social, droits, clauses, aliénation, droits, condition, aliénation, union, associé, réclamer, juge, association, associer, acquière, droit, cède, pacte, termes suivants ».

Pour tenter de convaincre son lecteur, Rousseau fait également un rapport avec l'état de nature qui serait égal à la loi du plus fort. Ainsi il assimile l'état de nature à une « association nécessairement tyrannique ou vaine ». Il défend ainsi le fait que son contrat empêcherait l'état de nature de se répandre et d'éviter ainsi un possible régime tyrannique. Il emploie de plus des termes liés à la puissance comme « force commune, protège, plus de force » qui renforcent la thèse de la possible tyrannie en cas de laisser aller avec l'état de nature, d'autant plus que ces termes saut au début et à la fin du texte, pour que le lecteur ne l'oublie pas.

Ensuite, l'opposition entre « chacun » et « tout » est résolue par l'emploi du « nous » en fin de texte. Il est aisé d'observer une évolution des pronoms personnels employés, ainsi, en début de texte, l'auteur emploie la 3ème personne pour caractériser les personnes, dans le 5ème paragraphe, on peut observer l'emploi d'un « on » à valeur de généralité pour finalement aboutir à un « nous » de généralité là aussi incluant l'auteur, dans une optique de gommage des différences. Pour finir, le dernier élément de cette persuasion est l'emploi du terme « se réduit » dans le dernier paragraphe, cela implique que le contrat social comme il y est résumé est d'une extrême évidence, mais également très simple.

 

Conclusion : Dans son ouvrage majeur en matière de politique, Du Contrat social, Rousseau tente de trouver une solution pour corriger ou du moins atténuer toutes les inégalités existant dans la société. Dans ce court passage, il expose les conditions de réussite de son contrat social et tente de convaincre ses lecteurs grâce à une argumentation cartésienne alliée à un art de la persuasion très développé.