L’Illusion Comique – Acte III scène 5

Corneille, L'Illusion Comique – Acte III scène 5 (Commentaire composé)

 

Introduction :

 

Corneille met en abyme dans cette oeuvre la puissance trompeuse du théâtre, c'est le sujet de la pièce. Cette pièce reprend les thèmes du théâtre mundi : le monde est une scène de théâtre où se joue toute l'espèce humaine donc la vie. Le metteur en scène serait alors Dieu.

Dans cette scène, Clindor propose ouvertement à Lise une sorte de trio amoureux. Il veut faire céder Lise pour assouvir ses plaisirs charnels et garder Isabelle qui lui servira de fortune. On retrouve encore le thème du picaro, il se pose ici comme un antihéros. Il dupe tout le monde pour avoir de l'argent : Matamore et Isabelle. Nous verrons tout d'abord le badinage et nous étudierons ensuite le picaro amoureux qu'est Clindor.

 

I). Le badinage (précurseur du XVIIIème).

 

Il y a une sorte de stratégie de séduction qui consiste à charmer sans s'impliquer. A affirmer de façon implicite en jouant avec l'autre. Lise est spirituelle, maline et intelligente et ayant un dur caractère.

On observe le champ lexical de la séduction. Un système de reprise entre Lise et Clindor. Refus de s'impliquer : absence de « je » et « tu » dans le même vers.

Il y a une tournure impersonnelle au vers 774 pour éviter de s'impliquer. « on » est considéré comme « je » ici.

Au vers 776, on voit la présence de « je » mais absence de « tu » : « si bel objet » est équivalent à « tu ».

« Sans sujet » est équivalent à prétérition ici. « sage » et « esprit » servent à badiner, il faut avoir de l'esprit.

 

II). Le picaro amoureux.

 

Au début, on découvre qu'il est malhonnête en affaire. Ici, c'est la même chose mais avec les sentiments. Il a toujours une grande attirance pour l'argent donc un picaro, même en amour pense déjà à tromper sa future femme.

Au vers 784, il utilise le même verbe pour deux choses différentes : tout d'abord sa fortune et ensuite ses perfections.

On observe le thème baroque présent dans cette scène. La répartition est faite par hémistiche avec d'un côté le mariage avec Isabelle et de l'autre le plaisir avec Lise.

Clindor, picaro excelle dans l'art de convaincre son auditoire. Comme pour ses anciens métiers, il va tenter de la persuader par l'argumentation.

C'est une tirade, il y a une thèse, des arguments, des exemples et une conclusion. Clindor affirme au milieu du texte avec une franchise proche de la goujaterie, son point de vue : aimer la fortune d'Isabelle et les perfections de Lise.

 

Il utilise trois stratégies :

-         badinage

-         franchise

-         rhétorique

Il est amoureux et se déclare comme tel au début de sa tirade, en effet, il ne s'est pas encore marié. Il parle déjà de la tromper devant Dieu.

Il y a une prétention de Clindor, il pense que son discours a marché : il conclu donc par un impératif. Il y a un rapport dominant / dominé, abus du pouvoir.

Absence de réciprocité des pronoms : Lise le vouvoie et Clindor la tutoie et également présence d'impératif.

 

Conclusion :

 

Le picaro Clindor se révèle aussi malhonnête en affaire qu'en amour. Il n'est intéressé que par l'argent. Le spectateur et Pridamant ne peuvent que le blâmer. Mais Corneille se rattrape au dénouement en montrant que tout n'est qu'illusion.

Dans cette scène, Isabelle est victime de l'illusion, car Clindor lui fait croire qu'il l'aime. Clindor est persuader que sa stratégie va marcher,  Pridamant et le spectateur croient que tout ceci est vrai. Le personnage de Lise est la seule non dupe, elle amorce Les Servantes de Molière.