La Fontaine : Les Membres et l'Estomac

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  • Ce fichier contient un plan détaillé avec DEUX parties principales, une introduction et une conclusion.
  • PASSAGE : Fable en entier.
Extrait du commentaire :

La fable "Les Membres et l'Estomac" est tirée du livre III des Fables de Jean de La Fontaine. Vers 1650, la France connut la fronde, une révolte populaire des Parisiens mécontents des abus du pouvoir royal. Quelques années plus tard, avec les exigences financières croissantes du nouveau ministre Colbert, certains personnages du royaume s'inquiètent d'une nouvelle révolte. C'est à cette époque que La Fontaine écrit cette fable.

Pour réaliser cette fable, La Fontaine s'est inspiré de différentes sources. L'apologue des membres et de l'estomac provient d'Esope : "Le ventre et les pieds". On le retrouve aussi chez Tite-Live, Rabelais, Shakespeare (Coriolan). L'usage que fait La Fontaine de cet apologue n'est pas aussi évident qu'il le semble. Dans un premier temps, nous allons voir de quelle manière cette fable est structurée, puis nous nous demanderons à combien de niveaux nous pouvons comprendre...

Fable étudiée :

Je devais par la Royauté
Avoir commencé mon Ouvrage.
A la voir d'un certain côté,
Messer Gaster en est l'image.
S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent.
De travailler pour lui les membres se lassant,
Chacun d'eux résolut de vivre en Gentilhomme,
Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster.
Il faudrait, disaient-ils, sans nous qu'il vécût d'air.
Nous suons, nous peinons, comme bêtes de somme.
Et pour qui ? Pour lui seul ; nous n'en profitons pas :
Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas.
Chommons, c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre.
Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre,
Les bras d'agir, les jambes de marcher.
Tous dirent à Gaster qu'il en allât chercher.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent.
Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur ;
Il ne se forma plus de nouveau sang au coeur :
Chaque membre en souffrit, les forces se perdirent.
Par ce moyen, les mutins virent
Que celui qu'ils croyaient oisif et paresseux,
A l'intérêt commun contribuait plus qu'eux.
Ceci peut s'appliquer à la grandeur Royale.
Elle reçoit et donne, et la chose est égale.
Tout travaille pour elle, et réciproquement
Tout tire d'elle l'aliment.
Elle fait subsister l'artisan de ses peines,
Enrichit le Marchand, gage le Magistrat,
Maintient le Laboureur, donne paie au soldat,
Distribue en cent lieux ses grâces souveraines,
Entretient seule tout l'Etat.
Ménénius le sut bien dire.
La Commune s'allait séparer du Sénat.
Les mécontents disaient qu'il avait tout l'Empire,
Le pouvoir, les trésors, l'honneur, la dignité ;
Au lieu que tout le mal était de leur côté,
Les tributs, les impôts, les fatigues de guerre.
Le peuple hors des murs était déjà posté,
La plupart s'en allaient chercher une autre terre,
Quand Ménénius leur fit voir
Qu'ils étaient aux membres semblables,
Et par cet apologue, insigne entre les Fables,
Les ramena dans leur devoir

Je m'emporte un peu trop : revenons à l'histoire
De ce Spéculateur qui fut contraint de boire.
Outre la vanité de son art mensonger,
C'est l'image de ceux qui bâillent aux chimères,
Cependant qu'ils sont en danger,
Soit pour eux, soit pour leurs affaires.

La Fontaine, "Fables" (III, 2)





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