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VOLTAIRE : CANDIDE : CHAPITRE 3 : FIN DU CHAPITRE : "Il demanda l'aumône... à chaque effort." (COMMENTAIRE COMPOSE)

Introduction : Dans la première partie du chapitre 3, Candide a assisté à l'horreur de la bataille entre Bulgares et Abares. Tremblant "comme un philosophe", il s'enfuit loin de l'Allemagne dans un pays, la Hollande, qui a la réputation d'être un hâve de paix, de prospérité, et de vertus chrétiennes.
La structure de cette expérience hollandaise vécue par Candide est simple : il rencontre successivement quatre personnages d'où quatre paragraphes de longueur inégale.

Enjeu : Chaque rencontre donne l'occasion à Voltaire de nous surprendre par l'histoire racontée et l'ironie utilisée.

I - Premier paragraphe (une seule phrase)

  • Exécution du mythe hollandais en quelques lignes : sécheresse du ton, concision.
    Opposition entre les croyances de Candide et la réalité (position surprenante de la part de Voltaire qui écrivait en 1722 à propos de la Hollande : "C'est un paradis terrestre depuis la Hayes jusqu'à Amsterdam").
  • Le terme de "métier" employé par un des personnages apprend à Candide que mendier est un métier mais qu'il est interdit. Nouvelle interdiction découverte par Candide depuis le fameux jour de son départ du château. Cette condamnation de la mendicité peut être rattachée à la morale protestante (La Hollande était un pays protestant).

II - Deuxième paragraphe : une saynète

Parallélisme du début du second paragraphe avec le premier, mais au lieu d'un résumé, c'est une véritable scène théâtrale avec de nombreux détails.

  • Phrase 1 : Paraphrase descriptive de l'homme qui suppose un oeil étranger, naïf :
    • L'homme parle sur la charité (différent de faire la charité).
    • "tout seul... dans une grande assemblée" sous-entend qu'il ennuie les autres.
  • Phrase 2 : Voltaire précise que c'est la rhétorique qui intéresse avant tout cet homme : c'est un "orateur".
    L'expression "bonne cause" sous-entend son fanatisme. Le spécialiste de la charité est d'abord l'homme du soupçon.
  • Phrase 3 : Réponse mécanique de Candide :
    • Le mot "cause" entraîne chez lui le principe de cause à effet de la philosophie optimiste.
    • Ce qui entraîne un quiproquo : chacun obéit à son idée fixée et ne comprend rien de son interlocuteur.
      Enchaînement incohérent des arguments de Candide : caricature de l'optimisme.
  • Phrase 4 : Bonhomie sournoise et qui ne va pas durer : "Mon ami". Le fanatique intervient tout de suite : "Croyez-vous que le pape soit l'Antéchrist".
  • Phrase 5 : Première phrase simple et censée de Candide : "Je manque de pain".
  • Phrase 6 : Passage de la bonhomie ("Mon ami") à la haine : "va coquin" renforcé par "va misérable" (anaphore de "va" qui montre le rejet).
  • Phrase 7 : Intervention du burlesque : "lui répandit sur le chef", qui est accentué par la feinte décence du narrateur : "un plein...".
  • Phrase 8 : Contraste de l'épisode scatologique et de l'exclamation emphatique.
    Expression de l'idée voltairienne selon laquelle les plus sûrs alliés du fanatisme sont la populace et les femmes.

Ce deuxième paragraphe introduit un nouveau thème idéologique (l'intolérance, le fanatisme religieux) qui apparaît pour la première fois dans le conte.

III - Troisième paragraphe

  • Phrase 1 : Apparition d'un nouveau personnage, le premier depuis le chapitre 1 à recevoir un nom propre (Jacques). Non baptisé donc non chrétien au sens institutionnel mais chrétien au seul sens qui compte : dans la pratique des valeurs morales.
    • Les graves personnages et l'orateur parlaient, celui-ci agit sans parler : abondance des verbes d'action.
    • La précision en fin de phrase "et voulut même lui apprendre à travailler" annonce la fin du conte (la nécessité de travailler, la philosophie du jardin).
    • Définition ironique, cocasse, et inattendue de l'homme par Jacques qui peut passer pour un pastiche de définition philosophique.
  • Phrase 2 : Candide ne voit dans cette générosité que la confirmation éclatante du providentialisme (politesse déplacée). Quand il se prosterne devant l'anabaptiste, c'est devant Panglos qu'il s'incline. La véritable leçon lui échappe. Les 2 réponses de Candide présentent les 2 principales de l'optimisme :
    • Fatalisme ou enchaînement nécessaire des évènements.
    • Supériorité du Bien sur le Mal.

IV - Quatrième paragraphe (une seule phrase)

Le récit rebondit alors sur une quatrième rencontre qui relance la curiosité du lecteur.

  • Cette rencontre du gueux est un démenti vigoureux et comique aux propos euphoriques que vient de tenir Candide. Nouvelle trace du burlesque : accumulation jusqu'à l'absurde des marques de la déchéance physique de l'homme.
  • On remarque que Candide bénéficiaire de la générosité de l'anabaptiste a préféré se promener plutôt que de travailler.

Conclusion : Ce récit est remarquable par sa verve comique et burlesque qui ne recule pas devant les effets scatologiques.
Voltaire se moque de Candide qui est une victime comique que le récit dégrade sans relâche pour lui apprendre à vivre : il découvre le monde et celui-ci dénonce la candeur aveugle de l'optimisme.
L'enjeu philosophique de l'épisode hollandais de Candide est la mise en évidence de la loi morale universelle qui reformule la prescription chrétienne ("aime ton prochain comme toi-même") en terme d'intérêts réciproques. L'humanisme doit être fondé sur l'échange, le commerce et la tolérance (le récit caustique et gai nous parle d'argent, de production, de circulation (des biens, des hommes, des idées), de la restauration de la capacité de travail en vue d'une activité marchande : civilisatrice). Il annonce l'épilogue et contient le thème du jardin et du travail.