Voltaire

Voltaire, Le Monde comme il va, Le sermon et le théâtre

Texte étudié

VI. Après dîner il alla dans un des plus superbes temples de la ville ; il s’assit au milieu d’une troupe de femmes et d’hommes qui étaient venus là pour passer le temps. Un mage parut dans une machine élevée, qui parla long-temps du vice et de la vertu. Ce mage divisa en plusieurs parties ce qui n’avait pas besoin d’être divisé ; il prouva méthodiquement tout ce qui était clair ; il enseigna tout ce qu’on savait. Il se passionna froidement, et sortit suant et hors d’haleine. Toute l’assemblée alors se réveilla, et crut avoir assisté à une instruction. Babouc dit : Voilà un homme qui a fait de son mieux pour ennuyer deux ou trois cents de ses concitoyens ; mais son intention était bonne : il n’y a pas là de quoi détruire Persépolis.

Au sortir de cette assemblée, on le mena voir une fête publique qu’on donnait tous les jours de l’année ; c’était dans une espèce de basilique, au fond de laquelle on voyait un palais. Les plus belles citoyennes de Persépolis, les plus considérables satrapes rangés avec ordre formaient un spectacle si beau, que Babouc crut d’abord que c’était là toute la fête. Deux ou trois personnes, qui paraissaient des rois et des reines, parurent bientôt dans le vestibule de ce palais ; leur langage était très différent de celui du peuple ; il était mesuré, harmonieux, et sublime. Personne ne dormait, on écoutait dans un profond silence, qui n’était interrompu que par les témoignages de la sensibilité et de l’admiration publique. Le devoir des rois, l’amour de la vertu, les dangers des passions étaient exprimés par des traits si vifs et si touchants, que Babouc versa des larmes. Il ne douta pas que ces héros et ces héroïnes, ces rois et ces reines qu’il venait d’entendre, ne fussent les prédicateurs de l’empire. Il se proposa même d’engager Ituriel à les venir entendre ; bien sûr qu’un tel spectacle le réconcilierait pour jamais avec la ville.

Voltaire, Le Monde comme il va

Introduction

Les philosophes des Lumières ont marqué le domaine des idées et de la littérature par leurs remises en question fondées sur la « raison éclairée » de l’être humain et sur l’idée de liberté. Voltaire, qui est l’un d’entre eux, exprime à travers un conte philosophique, « Le Monde comme il va« , ses idées nouvelles sur la politique et l’importance de la vertu. C’est à travers le regard étranger de Babouc que Voltaire se livre à cette critique. Babouc est envoyé par l’ange Ituriel afin de savoir si Persépolis sera détruite. Ici, Babouc est confronté, consécutivement, à un sermon ennuyant puis à une pièce de théâtre excellente. C’est pourquoi nous verrons la critique du sermon d’un côté, puis l’éloge du théâtre.

I. Une critique du sermon

A. Avec le regard étranger

Il ne sait pas de quoi il parle :

« temple » = église.
« machine élevée » = chair.
« mage » = prêtre : connotation péjorative, mage = qui contrôle les esprits.

Le regard étranger de Babouc discrédite le sermon.

B. L’assemblée

« troupe » : connotation péjorative, comparaison avec des animaux.

Ils « étaient venus là pour passer le temps » ? pas de réelle envie.

« toute l’assemblée se réveilla » : les gens n’écoutent pas vraiment et dorment.

C. L’absurdité du sermon

Démarche inutile : « il divisa en plusieurs parties ce qui n’avait nul besoin d’être divisé ».

Redondance : « il prouva méthodiquement tout ce qui était clair ».

Il n’apprend rien : « il enseigna tout ce qu’on savait ».

Trois antithèses qui soulignent qu’il est inutile, défaut des philosophes.

« Il se passionna froidement » : le mage ne semble pas convaincu de ce qu’il dit.
« Il a fait de son mieux pour ennuyer des concitoyens » : absurde car le but d’un sermon n’est sûrement pas d’ennuyer.

De nouveau c’est lui qui va à l’église (« Il alla »). Conséquence : ennuyant. Alors que pour le théâtre ce n’est pas lui qui fait la démarche (« On le mena »).

II. L’éloge du théâtre

A. Avec le théâtre étranger

Il compare le théâtre à « une fête publique » : de nouveau il ne connaît pas.

« une espèce de basilique » : il ne sait pas trop ce que c’est.

Il pense que le public constitué de « belles citoyennes », de « satrapes » est le spectacle.

Il prend les comédiens pour des « Rois et reines » et « les prédicateurs de l’empire ».

Ses différentes méprises sont ici, flatteuses pour le théâtre.

B. L’assemblée

« Les plus belles citoyennes de Persépolis, les plus considérables satrapes » : deux superlatifs qui soulignent la qualité de ces personnes.

« un spectacle si beau » : adverbe d’intensité qui insiste sur la beauté du spectacle.
« personne ne dormait » : intéressant et pas ennuyeux.

« les témoignages de la sensibilité et de l’admiration publique » : l’assemblée n’est pas passive.

C. Le discours touchant

Langage « mesuré, harmonieux et sublime » : gradation.

« devoir des rois, l’amour de la vertu, les dangers des passions » : qualité des philosophes plus discours instructif.

« exprimés par des traits si vifs, si touchants » : deux adverbes d’intensité, le théâtre est émouvant (« Babouc versa des larmes »).

Champ lexical de la beauté : « les plus belles », « avec ordre », « si beau », « qui paraissaient des rois et des reines », « harmonieux », « sublime » : mélioratif.

Conclusion

A travers ce récit, Voltaire met en avant les qualités des philosophes : l’éloquence, le bonheur… qui sont véhiculées par le théâtre. Comme dans tout le récit, le regard étranger de Babouc et sa naïveté permettent à Voltaire de faire passer son message et de dénoncer mais de manière peu virulente les travers de la religion, et au contraire de montrer que le théâtre est extraordinaire.

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