Montesquieu

Montesquieu, Lettres Persanes, Lettre LXXX, Le gouvernement le plus conforme à la raison

Introduction

Dans son ouvrage Les Lettres persanes (roman épistolaire), Montesquieu s’efforce de montre la société française comme il peut la voir lui-même grâce au regard d’étrangers tels Usbek ou encore Rica qui correspondent entre eux en s’écrivant des lettres détaillant ce qu’ils observent dans leur pays respectifs. Dans cet ouvrage il réussit à combiner la satire, la réflexion et le langage de la passion.

Dans cette lettre, Usbek s’adresse à Rhédi et réfléchit aux rapports de la justice avec l’exercice du pouvoir, ici à Venise.

Axe 1 : Une argumentation rigoureuse qui débouche sur un paradoxe

1. Une suite d’arguments de plus en plus importants et forts

Dans cette lettre d’Usbek, l’auteur veut convaincre ses lecteurs grâce à l’argumentation rigoureuse qu’il met en place. Celle-ci se caractérise principalement par la suite de 4 arguments différents au fil du texte. Le premier argument est le fait que l’obéissance aux lois est indépendante des peines encourues (l. 11 « compte que dans un état les peines plus ou moins cruelles ne font pas que l’on obéisse plus aux lois »), le second est le fait que chacun s’adapte aux règles (l. 16 « l’imagination se plie d’elle-même aux mœurs du pays où l’on est »). Le troisième argument est que la sévérité de la peine ne conditionne pas l’obéissance de la loi, au contraire (l. 25/26 « je ne vois pas que les hommes intimidés par la grandeur des châtiments y soient plus soumis aux lois »), enfin le dernier argument est que là où la force règne, il y a plus d’injustices (l. 27/28 « je remarque une source d’injustice et de vexations au milieu de ces même états »). Cette suite d’argument permet à l’auteur d’expliciter sa thèse et d’établir une comparaison entre les différentes peines dans différents États et ce qu’elles impliquent.

2. Des marques de l’argumentation amenant le paradoxe

L’auteur utilise bon nombre de connecteurs logiques au fil du texte, en effet, on peut relever 7 occurrences de ce type avec par exemple « de sorte que », « si », « puisqu’ », « d’ailleurs », « au contraire ». On dénombre également beaucoup de parallélismes et d’oppositions dans les termes qu’emploi Montesquieu. Ainsi, l’opposition entre « doux » et « cruel » à la ligne 14, ou encore celle entre « moindre accident » et « grande révolution ». Les parallélismes sont également très présents et prennent la forme d’une anaphore doublée comme à la ligne 19 « certain degré » est répété deux fois tout comme « plus ou moins grand » aux lignes 15 & 16. Les parallélismes sont étroitement liés avec les oppositions et vice versa c’est ce qui contribue à créer le paradoxe puisque un terme est étroitement lié avec son contraire ou du moins à un terme de sens différent.

Ce paradoxe repose essentiellement sur le fait plus un État est autoritaire et moins sa société est sure. Effectivement, au fur et à mesure du texte, Usbek centre son raisonnement sur ces États que l’on qualifierait aujourd’hui de totalitaires. Cette idée s’illustre par le propos d’Usbek de la ligne 22 à 26 « D’ailleurs […] je ne vois pas qu’on y commette moins de crimes, et que les hommes, intimidés par al grandeur des châtiments, y soient plus soumis aux lois ». La caractérisation des différences entre les peines selon les pays est appuyée par l’emploi des verbes, ainsi une « légère amende » « frappe » un européen tandis que la « perte d’un bras » « intimide » seulement un asiatique.

Axe 2 : Une critique de l’absolutisme en forme d’avertissement

1. Une évocation de l’absolutisme

Au fil du texte l’auteur va qualifier ces États de manière critique. Cette critique passe par exemple par l’emploi de tous les termes à vocation dépréciative. Ceux-ci sont principalement présents dans la dernière partie du texte et évoquent ou caractérisent ces tyrannies. L’évocation de celles-ci se caractérise grâce aux termes « injustice et vexation », « autorité violente » ou encore même « désespoir même de l’impunité ». La caractérisation est faite grâce aux termes « mouvement tumultueux », « désordre » et « sédition ». Cependant l’évocation et la caractérisation des tyrannies orientales sont liées puisqu’elles permettent à elles deux de définir ce type de régime. De plus Montesquieu évoque systématique ces dictatures par les termes « ces États ». L’emploi de ces mots peut être à caractère péjoratif, mais ne traduit pas un réel intérêt pour le pays lui-même mais plus pour le type de régime politique mis en place.

Pour finir, Usbek effectue une comparaison entre les peines infligées dans une république occidentale aux peines infligées dans les pays orientaux, cette opposition est rendue possible grâce à la mise en relation de « légère amende » et « perte d’un bras ».

2. L’avertissement qu’en fait Montesquieu

Montesquieu tente effectivement de prévenir les lecteurs du mal qu’engendrent ces régimes. Pour cela il utilise des effets de style mais aussi des mots bien spécifiques. On peut ainsi relever le champ lexical très fourni de la violence avec « injustice, vexations, rigoureux, tumultueux, violent, méprisée, désespoir, impunité, désordre, sédition, révolution, souffrent ». La fréquence de ce type de mot à clairement pour but de faire prendre conscience que ces régimes n’engendrent que des phénomènes néfastes pour la société. L’anaphore en « que » aux lignes 33 à 36 rendue possible grâce au « je vois que » imite une énumération et donne plus d’importance aux propos suivant les « que ». Cette énumération se veut comme véridique et prends la forme d’un constat puisque Usbek « vois que ».

L’avertissement se fait également à propos de l’instabilité qu’entraînent ces régimes puisque selon lui, dans un régime tyrannique le pouvoir peut être renversé de manière expéditive par une personne du même type, c’est ce qu’il veut démontrer à travers son exemple final, de la ligne 39 à 43. Enfin, Montesquieu élargit la thèse de la police au thème de la justice : « je ne vois pas que la police, la justice et l’équité soient mieux observées en Turquie ». Ainsi, il élargit le respect des règles, de la police donc au respect de la justice et en conséquence de l’État. Il veut donc dire que l’instabilité est encore plus intense dans ces pays là.

Conclusion

Dans ses Lettres Persanes, Montesquieu décrit le monde comme lui peut le voir à travers des personnages fictifs. Dans le cas présent, il établit un constat de différence entre des États républicains et les Tyrannies, et notamment les différences de comportement. Ces différences se caractérisent par un paradoxe entre l’autoritarisme d’un État et la stabilité de celui-ci, ensuite, l’auteur évoque les tyrannies et avertit ses lecteurs des dangers que celles-ci peuvent créer.

Du même auteur Montesquieu, Éloge de sincérité, Introduction Montesquieu, De l'esprit des Lois, Livre VIII, Chapitre 6 et 7, De la corruption du principe de la Monarchie Montesquieu, Lettres Persanes, Lettre XIV Montesquieu, Lettres Persanes, Lettre XIII, La guerre des Troglodytes Montesquieu, Éloge de la Sincérité, Début de la Seconde partie, De la sincérité par rapport au commerce des grands Montesquieu, Lettres Persanes, Lettre XXIV Montesquieu, Des principes des trois Gouvernements, Livre III, Chapitre 3, Du principe de la Démocratie Montesquieu, De l'esprit des Lois, Livre VIII, Chapitre 2, De la corruption du principe de la Démocratie Montesquieu, Lettres Persanes, Lettre LXXXV Montesquieu, Lettres Persanes, Résumé

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