Jean Anouilh

Anouilh, Antigone, Antigone face à Créon : 1er passage

Introduction

La Grèce Antique par l’intermédiaire de ses poètes et dramaturges, nous a transmis un grand nombre de légendes. Les anciens ont, en effet, exprimé à travers d’histoires familiales de grandes idées telles que les rapports entre l’homme et son destin, le bonheur, la justice. Ainsi ont été composées des tragédies inscrites dans certains cycles comme Oedipe roi et Antigone de Sophocle dans le cycle des Labdacides. Ici nous étudierons une scène qui met face à face Antigone et Créon présente dans la tragédie moderne d’Anouilh : Antigone parut en 1946 après la seconde guerre mondiale et est jouée pour la 1ère fois en février 1944. Nous nous demanderons comment Créon s’y prend pour essayer de sauver sa nièce. Nous développerons tout d’abord le fait qu’il essaie d’étouffer la faute d’Antigone pour ensuite continuer avec la désacralisation des rites funéraires.

Texte étudié

CRÉON

Tu ne comprends donc pas que si quelqu’un dautre que ces trois brutes sait tout à
l’heure ce que tu as tenté de faire, je serai obligé de te faire mourir ? Si tu te tais
maintenant, si tu renonces à cette folie, j’ai une chance de te sauver, mais je ne l’aurai
plus dans cinq minutes. Le comprends-tu ?

ANTIGONE

Il faut que jaille enterrer mon frère que ces hommes ont découvert.

CRÉON

Tu irais refaire ce geste absurde ? Il y a une autre garde autour du corps de Polynice
et, même si tu parviens à le recouvrir encore, on dégagera son cadavre, tu le sais bien.
Que peux-tu donc sinon t’ensanglanter encore les ongles et te faire prendre ?

ANTIGONE

Rien d’autre que cela, je le sais. Mais cela, du moins, je le peux. Et il faut faire ce que
l’on peut.

CRÉON

Tu y crois donc vraiment, toi, à cet enterrement dans les règles ? A cette ombre de ton
frère condamnée à errer toujours si on ne jette pas sur le cadavre un petit peu de terre
avec la formule du prêtre ? Tu leur a déjà entendu la réciter, aux prêtres de Thèbes, la
formule ? Tu as vu ces pauvres têtes d’employés fatigués écourtant les gestes, avalant
les mots, bâclant ce mort pour en prendre un autre avant le repas de midi ?

ANTIGONE

Oui, je les ai vus.

CRÉON

Est-ce que tu n’as jamais pensé alors que si c’était un être que tu aimais vraiment, qui
était là, couché dans cette boîte, tu te mettrais à hurler tout d’un coup ? A leur crier de se
taire, de sen aller ?

ANTIGONE

Si, je lai pensé.

CRÉON

Et tu risques la mort maintenant parce que j’ai refusé à ton frère ce passeport
dérisoire, ce bredouillage en série sur sa dépouille, cette pantomime dont tu aurais été
la première à avoir honte et mal si on lavait jouée. C’est absurde !

ANTIGONE

Oui, c’est absurde.

CRÉON

Pourquoi fais-tu ce geste, alors ? Pour les autres, pour ceux qui y croient ? Pour les
dresser contre moi ?

ANTIGONE

Non.

CRÉON

Ni pour les autres, ni pour ton frère ? Pour qui alors ?

ANTIGONE

Pour personne. Pour moi.

I) Créon essaie d’étouffer l’affaire, ce qui n’est pas facile

Créon = roi, personne autoritaire, tyrannique qui est tiraillé entre le devoir de cœur et le devoir de roi.
Conception différente du pouvoir pour Créon : exécution de la punition, il sanctionne.
Pour Antigone : aller enterrer son frère.
Antigone confirme ses caractéristiques, il est difficile de s’entendre avec elle, elle est déterminée, n’a qu’une vision et un discours bien à elle (autorité et liberté).

Il préfère d’abord étouffer l’affaire : « si tu te tais » : c’est un chantage qu’on peut lui pardonner.
Il ne parle que d’une tentative : « tenté » et minimise donc l’action d’Antigone.
Immédiateté du devoir de coeur « dans cinq minutes » : futur très proche. Créon est pris entre 2 feux ; il est encore temps d’étouffer l’affaire.
Il se présente à nous comme ayant des obligations « je serai obligé » et nomme les « 3 brutes »: caractère méprisant d’un homme qui n’a rien à voir avec le peuple.
« à cette folie », « ce geste absurde » : il ne dit toujours pas ce qu’elle a fait et présente Antigone comme un d’irresponsable donc cela entraînerait une punition différente. Il cherche à la sauver en lui trouvant des circonstances atténuantes.
Créon est de plus en plus énervé, Antigone ne se rend pas compte de la chance qui lui est laissée : réponses très courtes « rien d’autres que cela je le sais », absence de sentiments, indifférence mais pour Créon c’est différent :
– Beaucoup d’interrogatives : « le comprends-tu ? » : absence réelle de réponse, d’émotion apparentes.
– Exclamatives remplacent ensuite les interrogatives: « c’est absurde ! ».
Il impose à Antigone de faire un choix qui pour lui n’en ai pas un : vivre ou mourir ? Il cherche à résoudre Antigone à la vie.

Au long de cette scène, Créon nous révèle qu’il est un personnage faillible et qu’il n’est pas inébranlable. Quant à Antigone, elle est obnubilée par son entêtement et n’accède pas à la demande de son oncle et provoque donc son énervement.

II) Désacralisation des rites funéraires

« tu y crois donc vraiment, toi, à cet enterrement dans les règles » : cette question remet en doute la croyance d’Antigone. De plus Créon met Antigone en valeur, la dissocie des autres : « toi », façon de lui demander indirectement si elle fait partie des gens qui croient n’importe quoi ? Il laisse déjà entendre que les cérémonies sont pour les imbéciles. Il prend position, les rites n’ont pas de sens, habitudes prises.
Refus du sacré, volonté de dénigrer les rites.
– Opposition de profane et du sacré : « ombre » # âme.
– « couché dans cette boîte ».
– « formule » = prière mais là, assimilée à une formule magique, sorcellerie ; côté incantatoire des mots qui sont dénués de sens.
– « écouter, avaler, bâcler » : volonté de se dépêcher, expédier, entourer le mort le plus vite possible avant le déjeuner.
– Discours inaudible, incompréhensible : « bredouillage en séries ».
– « passeport dérisoire »: aucun sens, expéditif => parole désacralisée.
Les prêtres n’échappent pas à la critique.
« les employés », « pauvres », « fatigués » : caricatures, gens désabusés, lassés de leur travail, absence de foi et d’envie. Ils font leur travail qu’ils se dépêchent de faire pour en prendre un autre ; tâche qui ne les intéressent plus, ils sont pitoyables.
Le geste d’Antigone est vain, rendre hommage n’a donc pas de sens, dénigrement absolu de Créon mais échec de sa tactique car il en face de lui quelque un qui n’y croît pas, ce n’est pas pour son frère mais « pour elle ».

Conclusion

En définitive, Créon fait tout pour essayer de sauver sa nièce mais ses 2 tentatives échouent puisque Antigone s’oppose à lui (elle devient quelqu’un) et n’est pas celle que Créon croyait. On peut donc rapprocher ce texte du texte Du face à face entre Créon et Antigone (2ème) qui laisse paraître une victoire de Créon.

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