Voltaire

Voltaire, Candide, Chapitres 17 et 18, Passage de l’Eldorado

Introduction

Ce texte est un extrait de Candide de Voltaire, conte philosophique ; Candide, héros éponyme du conte, a été chassé du château dans lequel il a passé son enfance et parcourt le monde pour retrouver Cunégonde, dont il a été séparé. Il vient de fuir les jésuites au Paraguay, et est accompagné de Cacambo qu’il a rencontré là-bas. Poursuivis, ils ne savent plus où se rendre : ils n’en peuvent plus et sont épuisés, sa laissent porter par le courant d’un fleuve à bord d’un caneau. Ils arrivent par hasard à l’Eldorado : ils ont failli mourir dans les renous du fleuve. Voltaire force ici l’aspect merveilleux de ce pays : il annonce l’utopie et fait une satire de celle-ci.

I. Les caractéristiques de l’utopie

A. Le luxe et la richesse

Les maisons sont excessivement luxueuses : elles sont « bâties comme des palais d’Europe ».
Les vêtements indiquent la richesse du peuple, même ceux des enfants : ils sont « vêtus de draps d’or ».
L’abondance : le repas est pantagruélique : les plats sont nombreux, et tous exotiques : pour Candide, l’exotisme représente un luxe. Les récipients même indiquent la richesse du village : ils sont faits dans « un espèce de cristal de roche ».
Les larges pierres d’or que Candide et Cacambo ont ramassé sont « des cailloux de grands chemins » aux yeux des habitants : les conquistadors cherchaient de l’or, mais cet or n’a dans cet endroit aucune valeur.
Cette impression de grande richesse est encore accentuée par la gravité : le gouvernement offre la nourriture aux habitants et aux étrangers, et leur offre aussi le luxe : le gouvernement lui aussi est riche (par opposition à la France, où la misère est grande, et le gouvernement pauvre lui aussi).

B. Un monde de plaisir et de bonheur

Le plaisir des sens :

« musique très agréable » : plaisir de l’ouïe, l’écoute est agréable.
« odeur délicieuse » : plaisir de l’odorat également.
« ragouts exquis, pâtisseries délicieuses » : plaisir du goût.
Les enfants qui servent sont beaux et bien vêtus : plaisir de la vue.

Les gens sont ravis, pleinement satisfaits, accentuant le bonheur et le plaisir des habitants et des voyageurs.
Les habitants sont heureux et montrent leur bonheur : ils rient (« éclatèrent de rire »). Il y a un équilibre : on compte autant de filles que de garçons (« deux garçons et deux filles ») : la population est stable, équilibrée.
Les habitants sont généreux : après avoir servi un repas copieux ; ils s’excusent de la mauvaise chère qu’ils ont présentés aux voyageurs.

C. Politesse et savoir-vivre

Extrême politesse et discrétion de la part des commerçants et des voituriers présents dans l’auberge (dans le monde de Candide, les voituriers sont les moins polis de tous).
Les habitants sont honnêtes : les aubergistes auraient pu profiter de l’ignorance de Candide et Cacambo et leur réclamer un dû pour le repas, mais il les informent plutôt.

Voltaire fournit absolument tout ce qui constitue un monde idéal : les gens sont heureux, riches et tout le monde s’entend bien. Ce monde idéal émerveille Candide et Cacambo qui ne croient pas ce qu’ils voient. Mais cette incrédulité est aussi celle du lecteur, car Voltaire force les traits de l’utopie à dessein.

II. La satyre : l’ironie de Voltaire

A. Il force les traits de l’utopie et l’aspect merveilleux

C’est un monde plein de sensations agréables : le ravissement de tous les sens montre que les deux voyageurs évoluent dans un rêve.
L’abondance du repas montre elle aussi que ce n’est qu’un rêve : tout y est trop abondant pour être réel : le morceau de viande qu’ils mangent « pesait deux cent livres » ; jamais, dans un monde réel, l’abondance est aussi extrême.
La gratuité du repas provoque l’incrédulité de Candide, mais, en même temps que Candide, les lecteurs n’y croient pas non plus.
Voltaire, en exagérant se moque de ce monde idéal, il le caricature.

B. La morale de Voltaire

Voltaire caricature ce monde pour montrer qu’il n’existe pas, qu’il est « trop parfait » pour être réel.
Dans la dernière réplique de Candide, c’est Voltaire qui s’exprime : quand il parle de ce monde idéal il dit qu’il « faut absolument qu’il y en ait de cette espèce ». Par cette phrase, il explique que l’on veut absolument qu’un monde parfait existe, mais que tout cela n’est qu’un rêve.
Voltaire insiste sur le fait qu’un monde parfait tel que l’Eldorado ne peut exister, ce n’est qu’un rêve.

Conclusion

Ce monde idéal nous est présenté avec ironie : ce pays est absolument merveilleux, tout le monde y est heureux, mais il n’existe pas. Voltaire nous rappelle en quoi consiste ces rêves. Il dénonce l’utopie, et avec l’utopie, il dénonce le rêve : il faut être réaliste, arrêter de rêver.

Mais cet extrait pose aussi une question : après avoir vu ce monde idéal, que faut-il faire ? Le texte qui termine Candide répond à cette question : Candide et ses amis achètent une ferme et cultivent leur jardin. C’est la morale de Candide : Voltaire nous rappelle que le bonheur est le fruit du travail et non du rêve (rapprochement avec les Lettres persanes de Montesquieu : dans la lettre 12, il parle des troglodytes, et dénonce lui aussi l’utopie d’un monde idéal).

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