Voltaire

Voltaire, Zadig, Chapitre 18, Le basilic

Texte étudié

Cependant Zadig parla ainsi à Ogul : Seigneur, on ne mange point mon basilic, toute sa vertu doit entrer chez vous par les pores. Je l’ai mis dans une petite outre bien enflée et couverte d’une peau fine : il faut que vous poussiez cette outre de toute votre force, et que je vous la renvoie à plusieurs reprises ; et en peu de jours de régime vous verrez ce que peut mon art. Ogul dès le premier jour fut tout essoufflé, et crut qu’il mourrait de fatigue. Le second il fut moins fatigué, et dormit mieux. En huit jours il recouvra toute la force, la santé, la légèreté, et la gaieté de ses plus brillantes années. Vous avez joué au ballon, et vous avez été sobre, lui dit Zadig : apprenez qu’il n’y a point de basilic dans la nature, qu’on se porte toujours bien avec de la sobriété et de l’exercice, et que l’art de faire subsister ensemble l’intempérance et la santé est un art aussi chimérique que la pierre philosophale, l’astrologie judiciaire, et la théologie des mages.

Voltaire, Zadig

Introduction

L’apologue est un court récit en vers ou en prose à visée moralisatrice.
Au XVIIIème siècle, le siècle des Lumières, de la raison, le merveilleux s’est bien épanoui.
Voltaire pense que le mal vient du fait qu’il y a un dysfonctionnement entre l’homme et la société, et un désaccord entre la société et l’univers.
Voltaire s’adresse à un public très cultivé, très raffiné. Il dépouille le conte de tout ce qui est inutile, pour le réduire à sa forme essentielle, afin de le faire gagner en étude psychologique, satirique.
Il est ébéniste, refuse en toute religion qu’il critique mais croit en Dieu.
C’est un homme tenté par la désir de la perfection, il est idéaliste, perpétuellement déçu, se laisse tenter par l’absurde.

Zadig est un conte philosophique de Voltaire dans lequel l’auteur dénonce le fanatisme religieux et l’abus de pouvoir. Il critique essentiellement la société française au XVIIIème siècle. Zadig, écrit en 1747, dénonce plusieurs formes d’intolérance.

En quoi le texte que nous allons étudier, constituant la fin du chapitre XVIII, est un apologue ?

I. Un apologue qui présente toutes les caractéristiques de l’apologie

La forme

« art », souvent répété, la médecine devient un art. « mon art » = ma science.
Zadig se pose par différence avec les autres car il pense qu’il sera plus crédible : « on ne mange point mon basilic ». Dans un premier temps, il s’oppose, et dans un second temps, il dit que son basilic a de la vertu.

Pour convaincre, il use du mensonge, dans la première partie au discours direct. En effet le mensonge peut être argumentatif, et il abuse de la crédulité d’Ogul.
« il faut que » : prescription, verbe de devoir avec un subjonctif.
Cela nécessite de la volonté, de la participation, « vous » : destinataire, cela nécessite sa force : « votre », « toute ». La force est précédée de 2 déterminations qui la mettent en lumière.
Interprétation symbolique : Zadig se dégage de toute responsabilité.
« je vous le renvoie » (je = sujet, Zadig, vous = récepteur, le = objet) : le « je » lance l’initiative à un récepteur, le patient et transite avec l’objet « le », suivi d’un verbe de mouvement « renvoie » : la volonté ne suffit pas, tout l’être doit participer.
Il indique que son remède n’est pas instantané : il n’y a pas de magie, « jours » avec un « s » : il faut une certaine durée.
Puis reprise du récit : chronologie, un récit simple qui se voit à travers des marqueurs temporels tels que « dès », « le premier », « le second », « en huit ».
« tout essoufflé » : illusion de mourir.
« moins fatigué », « dormir mieux » : deux adverbes qui s’opposent.
« retrouvera » : réintègre sa forme d’origine, retour à l’état premier qui était sain.
« retrouva » : sa force, la légèreté, la santé, la gaieté.
? ce sont des caractéristiques physiques qui sont aussi d’ordre moral.

Le merveilleux

Un conte, Zadig (qui sait tout, connaît tout), le basilic : on est dans le merveilleux oriental.

Techniques de l’écriture

Alternance entre le récit et le dialogue, ce qui donne de l’intérêt à ce court texte.
Le texte s’ouvre sur du récit : passé simple, émetteur = héros, destinataire = autre protagoniste, ce qui donne des éléments de compréhension du récit.
Puis bascule au discours direct : présent, discours rapporté exactement, délimité au point de vue typographie (par des «  ») : il y a une rupture au point de vue des temps.
Le récit reprend ensuite, pour revenir au discours direct.

Mise en abîme de l’apologue

Dans le premier discours direct : proposition d’un apologue (recette expérimentale proposée = apologue proposé à Ogul) : l’excès de plaisir conduit à la faiblesse, l’apathie, la tristesse, la lassitude, la monotonie, le replis sur soi…

Morale (lien)

Parle avec un ton d’autorité. Elle est suivie de la critique qui porte sur des illusions.

II. L’esprit des Lumières

La leçon

Elle est déployée sous forme de morale, qui est exprimée à travers Zadig au discours direct.
Elle gagne en efficacité parce qu’elle vient du conte, du merveilleux, et le lecteur ne quitte pas la fiction.
Elle commence par « apprenez » : impératif (registre didactique).
? Sobriété + exercice = santé + gaieté.

Caractéristiques de l’esprit des Lumières

Il s’agit de quelque chose d’expérimental, une vérification par soi-même qui conduit à la découverte par Ogul de la vérité confirmée par Zadig.
La leçon tendrait à prouver que la meilleure médecine est à la portée de chacun et non pas dans des remèdes miracles.
Elle rend le combat des Lumières : combat pour la raison, combat contre les fictions, recherche du bonheur et du bien-être.
Au XVIIIème siècle en effet, critique radicale des superstitions, et c’est dans cette ligne d’esprit que s’inscrit l’expérience d’Ogul qui le mènera à une vérité simple.
Par rapport aux mensonges premiers de Zadig la vérité est dite par l’expérience (démarche expérimentale, qui prône l’esprit d’observation, qui lutte contre les superstitions).
On peut y voir une critique de la médecine qui abuse de la crédulité des gens en prescrivant des remèdes trop coûteux.
La généralisation de la fin du texte est suspecte car « pierre philosophale » et « astrologie judiciaire » n’ont pas de rapport avec l’histoire, avec Zadig. Voltaire profite de cette morale pour verbaliser les luttes qui l’habitent (un règlement de compte ?).

Conclusion

Il s’agit d’une démonstration par l’exemple ? persuasion. Voltaire joue sur la raison du lecteur et sur son imaginaire qui va adhérer à ce qu’il dit.
On est dans un conte où Voltaire manie le merveilleux, un apologue où l’auteur atteint sa cible (arrive à persuader) car il propose une fiction transposable.
L’écriture est vive, rapide, efficace, incisive.

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