Gustave Flaubert

Flaubert, Hérodias, Résumé

Ce conte de Flaubert est publié dans un recueil intitulé Trois contes en avril 1877 mais chacun des contes a préalablement été publié dans un journal comme c’était le cas de nombreuses œuvres romanesques au 19ème siècle. L’oeuvre est une réécriture d’un épisode biblique mettant en scène Hérodias et sa fille Salomé. Il se compose de trois parties.

Première partie

Le conte commence par une description de la citadelle de Machaerous située « à l’orient de la mer morte ». Le Tétraque Antipas a répudié la fille du roi des Arabes pour épouser Hérodias. Des troupes arabes occupent la plaine en vue de réparer cette offense et Antipas reste dans l’attente du secours de l’armée romaine qui doit venir lui apporter son appui.

Au prétexte de fêter son anniversaire, Antipas a organisé un festin en vue de sceller des alliances. Il détient dans ses cachots le juif Iaokanann (que les latins appellent Jean-Basptiste). Hérodias fait son apparition alors qu’il contemple la plaine du Jourdain et se perd dans ses pensées. La femme a dû abandonner sa fille pour vivre auprès d’Antipas. Leur amour s’est fané et une forme d’inimitié règne entre eux.

On appelle Antipas et Phanuel qui fait cette révélation : « Le Très-Haut envoie par moment un de ses fils. Iaokanann en est un. Si tu l’opprimes, tu seras châtié. » Antipas n’en tient guère compte et la première partie du conte s’achève par l’annonce de l’arrivée de de Vitellius, gouverneur romain de la province de Syrie.

La première partie du conte plante le décor en Orient avec de longues descriptions des paysages de la plaine du Jourdain. Flaubert emprunte, avec l’ancrage spatio-temporel de ce conte, les caractéristiques de la veine orientaliste chère au 19ème siècle. Il place d’emblée le personnage d’Antipas au centre du récit. Sa contemplation est l’occasion de présenter les dilemmes et questionnements auxquels il fait face. Le personnage d’Hérodias est valorisé au plan physique et la relation du couple paraît source de rancoeurs et de conflits. La situation de Iaokanann est évoquée en termes problématiques même si la question religieuse ne transparaît qu’à la fin de la première partie. Un personnage discret, mais bien présent, est évoqué à plusieurs reprises : Mannaeï, le bourreau.

Deuxième partie

Antipas fait un accueil majestueux à Vitellius et Hérodias paraît dès les premières lignes de cette deuxième partie inspirant à l’illustre romain un sentiment de danger. Les invités au festin d’anniversaire arrivent les uns après les autres. Flaubert mêle soigneusement les descriptions aux accents orientalistes et la mise en évidence des enjeux stratégiques, guerriers et politiques qui sous-tendent les relations entre les différents personnages.

Vitellius, le Proconsul, est sollicité de toutes parts et Antipas lui explique que la foule se presse en raison de son festin d’anniversaire. Vitellius demande alors à accéder aux « chambres souterraines de la forteresse ». Il y découvre du matériel de guerre et continue à parcourir avec Antipas les entrailles de la forteresse. Il reste « muet d’admiration » devant la centaine de chevaux blancs magnifiques que Flaubert décrit en détail.

Ils remontent dans la cour et Vitellius finit pas découvrir la cache du prisonnier Iaokanann. S’en suit le portrait du captif et sa voix finit pas résonner dans toutes la forteresse : « Malheur à vous, Pharisiens et Sadducéens, race de vipères, outres gonflées, cymbales retentissantes ! » Sa parole se prolonge longuement en prophéties funèbres à l’encontre de ceux qui le retiennent. Puis sa voix se radoucit pour prononcer une prophétie plus heureuse « Quand viendras-tu, toi que j’espère ? D’avance, tous les peuples s’agenouillent, et ta domination sera éternelle, fils de David ! ». Iaokanann s’en prend finalement à Hérodias en lui prédisant des châtiments infâmes pour « lapider l’adultère ». « L’Éternel exècre la puanteur de tes crimes ! Maudite ! maudite ! Crève comme une chienne ! »

La trappe se referme finalement et le récit laisse la place aux commentaires des personnages présents. On blâme ou on défend le mariage d’Antipas et Hérodias. Phanuel formule alors un présage funeste : un homme mourra ce soir même au sein de la citadelle. Le Tétraque Antipas prend cette prophétie pour lui. Il a alors l’idée de se servir d’Hérodias en dépit de la haine qu’il ressent pour elle. Les dernières lignes de la deuxième partie sont marquées par l’apparition d’une jeune femme qu’Antipas prend pour une esclave d’Hérodias.

La complexité narrative de la deuxième partie du conte fait une large place aux prophéties de Iaokanann. L’intrigue reste principalement centrée sur l’introduction du personnage de Vitellius et sur les enjeux stratégiques et guerriers de son arrivée. Hérodias demeure énigmatique et ambiguë. Le dernier paragraphe amplifie le mystère et laisse le lecteur en haleine dans l’attente de la troisième partie.

Troisième partie

la troisième partie du conte se consacre au festin et développe en cela plus spécifiquement l’épisode biblique qui inspire Flaubert. La salle du festin est ainsi largement décrite et met, une fois encore, l’accent sur la dimension orientaliste du récit. « Elle avait trois nefs, comme une basilique, et que séparaient des colonnes en bois d’algumin, avec des chapiteaux de bronze couverts de sculptures », « des candélabres, brûlant sur les tables alignées dans toute la longueur du vaisseau, faisaient des buissons de feux ». Le lexique met en avant les formes, les matières, les couleurs pour créer une atmosphère à la fois exotique et angoissante. Le champ lexical du feu est notamment très présent pour alimenter la dimension oppressante de la scène.

La description de la salle s’enrichit des portraits des convives les plus majestueux. Le regard du narrateur embrasse ensuite l’ensemble de la table et des invités en s’arrêtant sur certains groupes voire des individualités. Les dialogues transcrits portent sur le prisonnier Iaokannan. Un homme (Jacob) surgit alors pour dire « Jésus fait des miracles! » et il raconte la guérison de sa propre fille. Il désigne alors Jésus comme le « Messie », excitant, par ce terme inconnu de tous, la curiosité des convives.

Jacob révèle alors que Iaokanann est Elie, annonciateur de la venue du « libérateur qui leur apporterait la jouissance de tous les biens et la domination de tous les peuples ». Flaubert alterne alors la description des mets du festin et la retranscription des conversations sur la résurrection. C’est alors que des coups retentissent contre la porte du château. C’est Iaokanann qui se manifeste. Les différents groupes d’invités entrent en conflit, sous différents prétextes. Le désordre règne désormais dans la salle du festin.

Hérodias apparaît alors en s’écriant « Longue vie à César! ». Le récit bascule ensuite avec l’entrée en scène d’un ultime personnage : « il arriva du fond de la salle un bourdonnement de surprise et d’admiration. Une jeune fille venait d’entrer ». Elle entame une danse envoûtante longuement détaillée dans le récit. Elle attire tous les regards et fait taire le désordre qui s’était répandu dans la salle. La narration nous dévoile qu’il s’agit de Salomé, la fille d’Hérodias. Sans cesser de danser, la jeune fille s’approche d’Antipas qui lui crie « Viens! Viens! ». Le Tétraque Antipas est subjugué, il promet à la danseuse monts et merveilles. Elle s’interrompt alors pour s’adresser à lui « Je veux que tu me donnes sur un plat la tête de Iaokanann ».

Antipas est pris au piège des promesses qu’il vient de faire à Salomé. Le peuple le guette. Le bourreau finit par revenir avec la tête de Iaokanann entre les mains, il la met alors sur un plat et l’offre à Salomé. La salle du festin se vide, Antipas reste seul face à la tête coupée. Deux hommes emportent la tête de celui que les latins appelaient Jean-Baptiste en disant à Phanuel « Console-toi, il est descendu chez les morts pour annoncer le Christ ».

La troisième partie du conte est centré sur Salomé et Antipas. La danseuse apparaît comme une émanation de sa mère qui manipule la chair faible de son époux pour obtenir la tête de celui qui l’a injuriée. La réécriture de l’épisode biblique donne lieu à une confrontation entre le corps et l’esprit. La danse de Salomé est en outre un passage d’anthologie de la littérature du 19ème siècle. L’orient est omniprésent mais va bien au-delà de l’exotisme. C’est une image de la femme tentatrice qui surgit dans le récit pour corrompre la morale.

Ce conte de Flaubert est exigeant tant en ce qui concerne la construction narrative qu’au niveau stylistique. L’orient n’est pas un simple décor. L’épisode biblique se mêle aux fantasmes occidentaux de la femme orientale pour proposer un récit aux ambiguïtés multiples.

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