Honoré de Balzac

Balzac, Lettre à Madame Hanska

Texte étudié

Si tu savais combien de superstitions tu me donnes. Dès que je travaille, je mets à mon doigt le talisman, cet anneau sera à mon doigt pendant toutes mes heures de travail, je le mets au premier doigt de la main gauche, avec lequel je tiens mon papier, en sorte que ta pensée m’étreint, tu es là avec moi, maintenant au lieu de chercher en l’air mes mots et mes idées je les demande à cette délicieuse bague et j’y ai trouvé tout Séraphita. Amour céleste, que de choses j’ai à te dire, et pour lesquelles il faudrait les saintes heures pendant lesquelles le cœur sent le besoin de se mettre à nu. Les adorables plaisirs de l’amour ne sont que les moyens d’arriver à cette union, cette fusion des âmes. Chère, avec quelle joie, je vois mes fortunes de cœur, et le sort de mon âme assurés. Oui, je t’aimerai, seule et unique dans toute ma vie. Tu as tout ce qui me plaît. Tu exhales pour moi, le parfum le plus enivrant qu’une femme puisse avoir, cela seul est un trésor d’amour. Je t’aime avec un fanatisme qui n’exclut pas cette ravissante quiétude d’un amour sans orages possibles. Oui, dis-toi bien que je respire par l’air que tu aspires, que je ne puis jamais avoir d’autre pensée que toi. Tu es la fin de tout pour moi. Tu seras La Dilecta jeune, et déjà je te nomme La Prédilecta, ne murmure pas de cette alliance de deux sentiments, je voudrais croire que je t’aimais en elle, et que les nobles qualités qui m’ont attendri, qui m’ont fait meilleur que je n’étais, sont toutes en toi.

Je t’aime, mon ange de la terre, comme on aimait au Moyen-âge, avec la plus entière des fidélités, et mon amour sera toujours plus grand, sans tache, je suis fier de mon amour. C’est le principe d’une nouvelle vie. De là, le nouveau courage que je me sens contre mes dernières adversités. Je voudrais être plus grand, être quelque chose de glorieux pour que la couronne à poser sur ta tête fût la plus feuillue, la plus fleurie, de toutes celles qu’ont noblement gagnées les grands hommes. N’aie donc jamais ni défiance, ni crainte; il n’y a pas d’abymes dans les cieux. Mille baisers pleins de caresses, mille caresses pleines de baisers. Mon Dieu, ne pourrais-je donc jamais te faire bien voir combien je t’aime, toi, mon Ève.

Balzac, Lettres à Madame Hanska

Introduction

La correspondance de Balzac avec Madame Hanska est un exemple célèbre d’une relation amoureuse née d’une relation épistolaire. A 33 ans, en 1832, Balzac est un auteur connu, lorsqu’il reçoit de Russie, la lettre d’une admiratrice qui signe « l’Étrangère ». II s’agit d’Ève Hanska, comtesse polonaise mariée à un riche propriétaire terrien russe. S’engage une longue correspondance, entrecoupée de brèves rencontres, en Suisse…

I. La volonté et la sensation de fusionner avec la femme aimée

Balzac évoque avec la plus grande exaltation son désir et son impression de faire corps avec Eve Hanska, cette rencontre n’étant pas seulement corporelle mais aussi intellectuelle et spirituelle. Cette imbrication des dimensions de l’homme est parfaitement exprimée dans l’évocation de la bague, « talisman », que Balzac porte à son doigt comme une trace de l’aimée, et qui le guide dans l’écriture de son dernier roman. Par cette bague et par l’entremise du doigt qui la porte, la pensée de Mme Hanska l’« étreint » (pensée = intellectuel, étreindre = physique). Balzac chérit la bague qui incarne sa propriétaire, « tu es là avec moi ». Il est tellement dépendant de cette femme que son oxygène, condition vitale, dépend d’elle (« je respire par l’air que tu aspires »). Le vocabulaire de l’union des corps (se mettre à nu, plaisirs de l’amour, union, le parfum, baisers, caresses) côtoie en permanence le vocabulaire des sentiments et de la raison (idées, fusion des âmes, coeur, âme, pensée, alliance de deux sentiments, fidélités, fier, courage). Balzac, l’homme et l’écrivain, caresse avec délice l’idée de vivre un amour total, accompli, qui le comble dans toutes ses dimensions. La femme l’inspire, le rassure, l’envahit dans tous ses sens : la vue, le toucher (étreinte, caresses), l’odorat (parfum), l’ouïe (murmures). Elle le fait renaître (« une nouvelle vie », « le nouveau courage »). Enivré, il est désinhibé.

II. Le culte de la déesse

La femme est placée sur un piédestal par les qualités qu’il lui reconnaît, par l’influence qu’elle a sur lui, et par sa supériorité par rapport à toutes les autres femmes. Chaque phrase est écrite pour louer ses mérites, sa beauté, sa perfection, et pour exprimer l’amour fou qu’elle lui inspire. L’auteur s’adresse directement à elle, l’interpelle (« si tu savais », « amour céleste », usage de l’impératif « n’aie donc jamais », tutoiement). Cette femme est au dessus de tout, des contingences matérielles puisqu’elle est là par sa bague, et des autres femmes, puisqu’elle est la « prédilecta », donc supérieure et antérieure à l’ancienne maîtresse de Balzac, Mme de Berny, alors même que leur rencontre est postérieure à la rupture entre Mme de Berny et l’auteur. Elle est donc intemporelle et rend toute comparaison inutile puisqu’elle est d’emblée supérieure en tout, et égale même « les grands hommes » dont Balzac estime qu’elle mérite la couronne de lauriers. Usage de superlatifs : « le parfum le plus enivrant qu’une femme puisse avoir », « la plus feuillue, la plus fleurie ». Elle est « céleste », dans « les cieux », presque divine, vocabulaire de la religion (« saintes heures », « mon âme », « mon ange », « mon Dieu », « mon Eve » : référence à l’ancien testament). Balzac lui voue un culte, elle est son idole, sa reine (« la couronne à poser sur ta tête »), il l’aime avec « fanatisme ». Elle est « la fin de tout » pour lui, c’est-à-dire l’objectif ultime de toute sa vie, elle le comble tant qu’elle ne laisse aucun espace libre à la frustration ou à la critique.

III. Le mythe d’un amour pur et sans nuages

Balzac est exalté, ne rationalise pas, jette tout son amour sans réserves, et répète à plusieurs reprises la plénitude qu’il éprouve dans cette relation. Fusionnelle, idéale et idéalisée, elle est parée de toutes les qualités et le moindre bémol en est exclu. Cet amour lui apparaît absolu, immortel, indéniable. Il affirme avec vigueur, en mettant « oui » en exergue par la virgule, « je t’aimerai, seule et unique dans toute ma vie ». « Ravissante quiétude d’un amour sans orages possibles ». Termes absolus, « toujours », « jamais », présent de vérité générale et de certitude, futur simple. Il y a eu des amours passés, qu’elle éclipse tous par ses qualités, rassemblant même toutes les femmes précédemment aimées en elle, mais il n’y aura qu’elle dans le futur. Elle est le point de départ « d’une nouvelle vie », l’amour qu’elle suscite en sera le « principe », le fil conducteur.

Conclusion

Un amour fou, bercé par l’espoir qu’il sera éternel. Naïveté et aveuglement de l’amour ? Le mythe de la fusion des amants, de la complémentarité parfaite, de l’union idéale ? De la perfection féminine, qui aide l’homme à atteindre sa propre perfection ?

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