Voltaire

Voltaire, Candide, Chapitre 12, Le récit de la vieille

Introduction

Candide qui a retrouvé Cunégonde est à nouveau sur un navire, il s’est embarqué à Cadix en direction du Paraguay, en compagnie de celle qu’il aime et d’une vieille. Pendant la traversée, la vieille relate sa propre histoire depuis sa naissance, histoire riche en événements, tous plus romanesques et horribles les uns que les autres. Elle devient la propriété d’un Turc qui part faire la guerre contre les Russes. Prisonnière d’un Russe, elle change une fois de plus de maître et de pays. Nous avons ici la fin de son récit. Le récit de ses aventures et de ses errances à travers l’Europe qu’elle entremêle de réflexion morale.

I. Reprise parodique d’éléments romanesques

Dans ce récit, Voltaire concentre un grand nombre de termes et procédés de romans d’aventures. Ces aventures horribles contribuent à dresser l’inventaire des malheurs possibles de l’humanité, elles font un tableau atrocement sombre de l’existence humaine. On peut se demander si les réflexions morales que la vieille ajoute à son récit ne sont pas celles de Voltaire lui-même. Il y a une reprise parodique d’éléments romanesques. Voltaire réutilise consciemment pour les détourner à un usage de procédés et des termes de certains types de romans. Il s’agit du récit dans le récit, il était d’usage dans le roman d’aventures du XVIIIème siècle quand les personnages voyagent. La vieille fait même une allusion à ce procédé. Il y a aussi des aventures et mésaventures en cascade, on y retrouve ici la fuite de la vieille, la servitude, le changement brutal, radical de conditions… typiquement romanesque. Il y a aussi des errances qui sont imposées par le voyage et la nécessité. Tous ces éléments se rattachent à la vie de la vieille qui est une parodie.

II. Une contestation de la croyance au Bien

Le récit de la vieille collectionne de nombreuses forces du mal (physiques et morales). De ce fait, le récit constitue une contestation de la croyance que tout est bien, en présentant la vie comme une suite de malheurs. N’oublions pas que ce récit est la suite du récit de Cunégonde et fait suite aux premières mésaventures de Candide. Il y a même un côté répétitif et une sorte de concours entre Cunégonde et la vieille par rapport à tous les malheurs qu’elles ont vécus. La vieille n’est pas qu’un tissu d’aventures terribles, le personnage est mutilé, battu, déclassé, prisonnier… Ces aventures terribles sont présentées relativement comme ordinaires sur un rythme rapide, absence de mots de liaison, les événements s’enchaînent très rapidement, et on ne s’attache pas sur eux comme si c’était des éléments ordinaires. Des aventures où le hasard joue un grand rôle, les personnages ne sont pas maîtres de leur destin, et lorsqu’elle se retrouve libre, sa situation n’est pas considérablement améliorée. Mais le sort de la vieille ne parait pas extraordinaire, comme si le monde entier baignait dans une atmosphère de barbarie générale, universalité de l’horreur (chez les Turcs, Russes etc.).

Ce récit autobiographique est entrecoupé de réflexions morales et on peut se demander si derrière le personnage de la vieille, ce n’est pas Voltaire lui-même.

III. La vieille porte-parole d’un Voltaire moraliste ?

Dans ce passage, on trouve la tonalité presque gaie (« gaieté infernale de Voltaire »). Il y a une certaine gravité dans les propos de la vieille, dans le contenu, dans le style, la forme : « cette faiblesse […] mangé le coeur ». La vieille cherche à tirer une leçon de morale à toutes ses aventures. Elle utilise le présent de vérité générale et la première personne du pluriel. Elle parle en moraliste, elle développe un thème traditionnel de la morale, de la philosophie qu’est celui de l’attachement qu’on porte à la vie coûte que coûte, quelques soient les conditions. Voltaire glisse dans ce chapitre une allusion à un personnage réel : « Robeck ». C’est un allemand qui a fait une apologie, une défense du suicide et s’est suicidé en se noyant volontairement.

Conclusion

Ce pessimisme domine dans le récit de la vieille : « l’homme supporte le pire ». Ce récit présente un caractère répétitif (une avalanche de malheurs), c’est l’illustration d’une manière générale de la triste condition humaine.

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