Victor Hugo

Hugo, Hernani, Acte III, Scène 4, Tirade de Hernani a Dona Sol

Texte étudié

Hernani

Monts d’Aragon ! Galice ! Estramadoure !
– Oh ! je porte malheur à tout ce qui m’entoure ! –
J’ai pris vos meilleurs fils, pour mes droits, sans remords ;
Je les ai fait combattre, et voilà qu’ils sont morts !
C’étaient les plus vaillants de la vaillante Espagne.
Ils sont morts ! ils sont tous tombés dans la montagne,
Tous sur le dos couchés, en braves, devant Dieu,
Et, si leurs yeux s’ouvraient, ils verraient le ciel bleu !
Voilà ce que je fais de tout ce qui m’épouse !
Est-ce une destinée à te rendre jalouse ?
Dona Sol, prends le duc, prends l’enfer, prends le roi !
C’est bien. Tout ce qui n’est pas moi vaut mieux que moi !
Je n’ai plus un ami qui de moi se souvienne,
Tout me quitte, il est temps qu’à la fin ton tour vienne,
Car je dois être seul. Fuis ma contagion.
Ne te fais pas d’aimer une religion!
Oh ! par pitié pour toi, fuis ! – Tu me crois, peut-être,
Un homme comme sont tous les autres, un être
Intelligent, qui court droit au but qu’il rêva.
Détrompe-toi. Je suis une force qui va !
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé
D’un souffle impétueux, d’un destin insensé.
Je descends, je descends, et jamais ne m’arrête.
Si parfois, haletant, j’ose tourner la tête,
Une voix me dit: Marche! et l’abîme est profond,
Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fond !
Cependant, à l’entour de ma course farouche,
Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche !
Oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal,
Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal !

Hugo, Hernani

Introduction

Victor Hugo est un auteur du XIXème siècle, le siècle du progrès, grand écrivain romantique (dont il est chef de file) et engagé.

En 1830 a lieu la première représentation de « Hernani » (nom d’une ville espagnole que Hugo affectait avec le « H » de Hugo), pièce de théâtre en vers et drame romantique éponyme qui provoquera une bataille car la pièce sera rejetée, ne répondant pas aux critères classiques.

L’extrait étudié est une tirade de l’acte III scène 4 où Hernani s’adresse à Doña Sol, la femme qu’il aime, en lui demandant de renoncer à cet amour.

I. Une tirade théâtrale

J’observe : – Alexandrins.
J’analyse : Ils donnent un aspect plus solennel au texte.

J’observe : – Rimes plates.
⇒  J’analyse : Accentuent l’aspect solennel et donnent une musicalité au texte.

J’observe : – Points d’exclamation tout au long du texte.
⇒  J’analyse : Registre lyrique.

J’observe : – Phrases courtes ou nominales + impératif + anaphore en « prend ».
J’analyse : Pour faire vivre le texte, le rendre vivant.

J’observe : – Césures.
J’analyse : Donnent une allure théâtrale au texte, créent des ruptures dans le rythme.

J’observe : – Beaucoup d’anaphores et de figures d’insistance.
J’analyse : Donnent un aspect théâtral.

J’observe : – « je », « tu », « vous », « Doña Sol ».
J’analyse : Il s’adresse à quelqu’un, il s’agit donc d’une tirade.

II. Une tirade argumentative

J’observe : – « fuis-moi », périphrase + « malheur à qui me touche ! oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal ! hélas sans le vouloir je te ferai du mal ! ».
⇒  J’analyse : Il commence par donner la cause : la fuite.

J’observe : – Tout le reste du texte.
J’analyse : Arguments.

J’observe : – « pitié », « malheur ».
⇒  J’analyse : Il joue sur les sentiments, il tente de la persuader.

J’observe : – Vers 3 et 4 : « j’ai… je… ».
J’analyse : Il utilise des arguments personnels.

J’observe : – « voilà ce que je fais ».
J’analyse : C’est le premier argument, il se culpabilise, il est responsable de la mort des gens.

J’observe : – « tout ce qui n’est pas de moi vaut mieux que moi ».
J’analyse : C’est le second argument, il se dévalorise.

J’observe : – « fuis ma contagion ».
J’analyse : C’est le troisième argument, il l’incite à la fuite, il se dit dangereux, il veut faire peur, il se compare à une maladie.

J’observe : – « monts d’Aragon ! Galice ! Estramadoure ! » + « une vois me dit ».
J’analyse : Exemples.

J’observe : – Vers 6, 10 et 23.
J’analyse : Questions oratoires.

J’observe : -« si, mais, car, si, cependant ».
J’analyse : Indicateurs logiques.

J’observe : – Figures d’insistance, anaphores et répétitions.
J’analyse : Illustrations.

III. Une tirade tragique

J’observe : – « malheur, mort, ténèbres… »
J’analyse : Champ lexical de la mort.

J’observe : – Vers 2 : « oh ! je porte malheur à tout ce qui m’entoure ».
J’analyse : Fatalité.

J’observe : – Vers 11, 15, 30, 31.
J’analyse : Il ne lutte pas pour garder l’amour de Doña Sol.

J’observe : – Vers 25 : « je descends, je descends et jamais ne m’arrête » : métaphore de l’abîme.
J’analyse : Il est perdu dans cette bataille, il n’a pas d’espoir.
J’analyse : Opposition entre le héros et l’homme perdu face à cette fatalité.

J’observe : – « cependant à l’entour de ma course farouche ».
J’analyse : Il est résigné.

J’observe : – « hélas ! » à la fin de la tirade.
J’analyse : Montre que sa vie est associée au malheur.

Du même auteur Hugo, Le Drame romantique Hugo, Les Contemplations, Résumé Hugo, Châtiments, Chanson Hugo, Hernani, Résumé Hugo, Demain dès l'Aube Hugo, Les Misérables, Résumé Hugo, Les voix intérieures, Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir Hugo, Ô jeunes gens ! Élus ! Fleurs du monde vivant Hugo, Les Feuilles d'Automne, Le soleil s'est couché... Hugo, Les Contemplations, Le Mendiant

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