Victor Hugo

Hugo, Ruy Blas, Acte III, Scène 2

Introduction

Au XIXème siècle, le romantisme est un courant artistique et littéraire qui se développe. Il est en rupture avec les règles du classicisme. Victor Hugo, dramaturge et écrivain engagé, est considéré comme le créateur du drame romantique. Ce genre théâtral se traduit essentiellement par le mélange des genres et des registres et à la volonté de peindre la réalité et la vérité de l’être humain. Hugo est l’auteur de Ruy Blas, un drame romantique écrit en 1838, où il fait le portrait de la société espagnole au XVIIème siècle. Dans cette scène, Ruy Blas en tant que premier ministre s’adresse aux conseillers d’Espagne ; à travers cette tirade, il fait le bilan des problèmes du pays et se présente comme un héros romantique.

I. Ruy Blas met en accusation la noblesse espagnole

A. Ruy Blas en appelle à Charles Quint

Appel à Charles Quint : grâce à l’impératif et l’interjection.

La puissance de Charles Quint est marquée par le champ lexical de l’emblêsme, les attributs impériaux « ton globe, ton aigle … », l’hyperbole « géant » et la myotonie « tombera ».

Elle rayonnait sur l’Espagne : Lexique de la lumière et du rayonnement = immense et puissant comme si au-dessus de tout « éblouissant, soleil ». Emploi du passé simple et de l’imparfait pour montrer l’appartenance au passé.

B. Pour jeter l’opprobre sur la noblesse

Les nobles sont déchus. Ils sont nommés par « vous », sont qualifiés de « nains difformes » qui montrent la dégénérescence, la petitesse de la noblesse. L’utilisation des superlatifs « les bons font place aux mauvais » montrent qu’ils sont indignes de leur ancien empereur (toute la noblesse est désignée).

De véritables prédateurs : les participes passés « mangé, rangé » renvoient à une bestialité ; Les termes « en proie, leur marmite, plumé » renvoient à la cuisine : Les nobles sont comparés à des bêtes.

Anime la cupidité : Terme péjoratif « lapre » (désir de richesse), utilisation du lexique du commerce « piastre, vendeur » et notons le participe passé « s’est ruiné » qui montre qu’ils sont les propres artisans de leur ruine. Allusion à la corruption vers 1155 « on les souille ».

C. Qui conduit l’Espagne à sa perte

Grandeur de l’Espagne et de son peuple : image du « lion » « puissant » = immensité, « un amas d’empires » = grandeur + enjambement au vers 1146 « monde, Madrid » + allitération en [m] qui vient renforcer l’agrandissement ; Les termes « lune, astre, soleil » donnent une dimension, un pays cosmique.

L’Espagne mise à mal : opposition passé « jadis »/présent « maintenant » ; Les verbes tels que « s’amoindrit, n’est plus que » montrent un processus en train de se passer. La grandeur est opposée à la diminution ce qui montre une déliquescence de l’Espagne.

Présage la chute de l’Empire : Opposition de la lumière et de l’ombre « soleil, lune » ; motif de la mort « se meurt » ; « s’éteint » marque une redondance ; « ta tombe » = chute.

Au final, dénonciation politique violente.

II. Et se relève comme une figure exemplaire du drame romantique

A. Un homme du peuple aspirant aux régions élevées

Élevé au plus haut rang : s’adresse aux ministres avec mépris et indignation « vous vous disputez, vermines, nains » + écart entre le tutoiement de Charles Quint et le vouvoiement des nobles : Il se situe entre les deux, la prise de parole est audacieuse pour un laquais. Notons de plus la longueur et la teneur du discours.

Ruy Blas exprime son idéal politique : Il exalte le passé, la grandeur impériale, réclame l’empire. Il glorifie le pouvoir impérial avec les emblèmes ; nostalgie dans l’appel à Charles Quint ; démonstratifs et termes mélioratifs.

… et se fait la voix du peuple : dénonciation de la classe dominante. Il condamne la corruption (véritable cuisine qui mine l’état) ; Il jette l’anathème sur son époque (démonstratif, allitération en [r], pluriel, « funeste ») ; Il manifeste son honnêteté, se fait la voix du peuple opprimé = ascension sociale inespérée. Le but de cette ascension est de dénoncer la noblesse au delà de l’amour de la reine.

B. A la fois héros romantique…

Un héros solitaire : « je » seul contre toute une caste « vous » qu’il rejette et dénonce ; égoïsme des grands/grandeur de l’Espagne ; Il appelle un mort comme seul soutient ; Il vit dans un monde dans lequel il est en total désaccord ; Il s’élève au nom du peuple.

En quête de sens : Dans l’histoire de l’Espagne, il cherche un sens qui est à la hauteur de ses aspirations (interrogatives « que fais-tu … ? »), il désire vivre au plus haut, égaler les grands à travers le tutoiement ; Métaphore filée du déclin avec la nostalgie du passé ; Volonté de faire revivre les morts = nostalgie romantique de l’époque napoléonienne.

Et mû par l’énergie du désespoir : force de son discours (exclamative, hyperbole, inversion oratoire « tes splendeurs, on les souille » mise en relief) + pour peindre la destruction de l’Espagne (image de l’astre mort, de la décomposition du lion, opposition passé/présent).

Ruy Blas concrétise ses aspirations d’un destin au dessus de sa condition dans ce discours inspiré qui laisse transparaître son impuissance.

C. …Et figure exemplaire du drame

Figure tragique : Décalage entre ses aspirations et la réalité de son origine, le déclin et la mort de l’Espagne apparaissent comme la métamorphose de son propre destin (ombre = masque, la chute = ce qui est programmé par Salluste, la mort = celle de Ruy Blas) ? Dans l’histoire, l’humble laquais sera malgré lui broyé par l’histoire.

Personnage sublime dans un monde grotesque : dimension tragique que donnent le désespoir et la nostalgie.

Caractère produit de la nature : Un humble qu’une passion amoureuse l’emmènera dans les régions élevées (aspiration au dessus de ses possibilités).

Caractère produit de l’art : Contexte historique et social, déclin de la monarchie à travers la noblesse, accentuation des contrastes (laquais/grands d’Espagne ; cupidité des grands/grandeur de Ruy Blas), Ruy Blas prêche l’honnêteté alors qu’il vit dans le mensonge.

Conclusion

Cette tirade est un morceau de bravoure où Ruy Blas jusqu’alors apparu comme un laquais soumis et pris d’amour pour la reine est pris dans l’engrange de la machination de Salluste. Il se révèle un homme différent, lucide et pris de justice. Il se présente comme un homme du peuple capable par son jugement, sa conscience politique, sa moralité, de s’élever au dessus des plus grands. Sa chute sera d’autant plus brutale et inhumaine qu’il est animé par une passion violente. Hugo joue sur les contradictions ; l’opposition est forte pour construire un héros dont l’énergie se libère afin de mieux consumer son être.

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